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à Elie During, philosophe et co-animateur de la collection Métaphysiques aux PUF.

(1) Que peut dire la métaphysique sur ces temps de crise ?

vendredi 5 février 2010

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Bio-express. Né en 1972. Philosophe français. Ancien élève de l’ENS-Ulm. maitre de conférence en philosophie à l’Université Paris-Ouest-Nanterre La Défense. Co-anime aux PUF depuis 2009, la collection Métaphysiques.

Nous ne croyons pas beaucoup aux révélations de la philosophie, surtout si cette philosophie se contente de "spéculer", c’est-à-dire de penser à vide, par simple réflexion sur ses opérations et ses concepts. Par contre, nous croyons aux vertus d’un travail de formalisation à partir de contextes ou d’objets singuliers. La métaphysique en ce sens est forcément abstraite, mais c’est la condition de son efficacité, et ça ne l’empêche pas de trouver des applications aux objets et aux questions les plus concrètes. L’intérêt des situations de crise ou d’incertitude — mais crise et incertitude caractérisent peut-être toute époque qui réfléchit sur ses propres conditions —, c’est que les "grands discours", les grandes formations idéologiques ont du mal à se formuler et occupent un peu moins la place. Pendant ce temps, les sciences continuent à travailler, elles essaient de nouveaux paradigmes et ne sont pas moins créatives. La philosophie également. Mais la métaphysique a, dans un tel contexte, plus de travail que jamais : elle a pour fonction de construire des voies de passages entre les discours pour que les "grandes questions" réactivées du côté de la philosophie, des sciences, mais aussi des pratiques artistiques ou politiques, puissent se formuler autrement qu’en termes idéologiques (c’est-à-dire à partir de présupposés ou de catégories non interrogées).

La métaphysique n’est pas là pour nous pourvoir en certitudes ou en intuitions premières, elle n’a pas pour vocation d’apporter des réponses à des questions éternelles : elle doit reconstruire les questions en s’attaquant à l’infrastructure de notre pensée, aux catégories qui cadrent ordinairement les discours. Par exemple, à l’heure où les Français s’interrogent (nous dit-on) sur leur "identité", où se multiplient des débats généralement confus sur l"’identité nationale", un travail de fond sur les conditions d’une pensée de l’identité ne serait pas mal venu. Il nous faut une métaphysique de l’étranger, qui reconstruise cette catégorie en la distinguant, par exemple, des notions d’altérité ou de différence, et qui nous conduise finalement à nous interroger l’idée même d’identité… Du côté des sciences, on s’aperçoit aujourd’hui qu’un certain nombre de physiciens (je pense à Lee Smolin, qui travaille en gravité quantique) en appellent à une réflexion de type fondamental — métaphysique — sur les catégories d’espace et de temps pour lever certains blocages au sein même de la théorie physique. La métaphysique a du pain sur la planche.


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