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A l’encre russe et à la truelle

samedi 18 mai 2013, par Pierre Pelot

Mais pourquoi tant de succès pour le dernier Tatiana de Rosnay ?

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Voici l’histoire de Nicolas Kolt, une partie, l’histoire de sa vie de jeune homme et plus jeune écrivain encore. Sur la couverture du roman, sous le bandeau rouge avec portrait de l’auteuse au sourire esquissé, ces quelques mots en accroche ( c’est une marque éditoriale ) : «  Trois jours au soleil » . Trois jours au soleil d’une île italienne, dans un super hôtel de luxe réservé au monde des célébrités et des comptes en banque vertigineux, où nous en apprendrons donc un bout sur la vie de cet homme. Car depuis quelques années, c’est son lot, le fric et la célébrité. Depuis la publication et le succès phénoménal, mondial, de son seul et unique roman, accouché dans l’urgence et racontant l’histoire occultée de son ascendance depuis une arrière-arrière génération. Ce qu’on appelle communément un secret de famille. Une sorte de pan mystérieux de sa préhistoire familiale découvert le jour où un changement de passeport l’a conduit à prouver sa nationalité française.

C’est une galerie vaguement mouvante de personnages clichés, peuplant ce monde convenu haut-bourgeois, dont la description n’omet surtout pas la marque de la montre qu’il porte au poignet

Après enquête, Nicolas résoudra donc le mystère et en pondra un roman qui deviendra, of course, best-seller planétaire et fera de lui, pour ce coup d’essai, l’écrivain français le plus célèbre, le plus lu, le plus tout, au monde. Film à la clef, traductions à la pelle. ( L’auteuse sait de quoi elle parle, il lui est arrivé ce genre de mésaventures – le passeport à renouveler, les ennuis qui en découlent, la renommée littéraire… ) Franchement, on se demande un peu pour quelles raisons ce succès du roman de Nicolas, car le mystérieux secret familial ne casse pas trois pattes à n’importe quel bipède, ni ne pisse bien haut. Des secrets de la sorte, il en existe sans aucun doute des milliers, dans des milieux sociaux qui n’en feraient pas des romans, s’ils étaient divulgués, à peine des procès, même pas des règlements de comptes, certainement ni honte ni scandale. Sauf que dans le cas Nikolaï ( oui, y a des racines soviétiques sous l’arbre, ce qui nous vaut quelques promenades saint-pétersbourgiennes, avec un guide qui pourrait s’appeler Nathalie…), c’est dans la bourgeoisie, la haute, que ça rissole, où les écarts quels qu’ils soient se vivent en coulisse, se cachent, ne montent pas sur scène. Or donc, après avoir divulgué la chose, en avoir fait un livre mondialement célèbre, Nicolas l’adulé se repose sur son île pour friqués célèbres, un tantinet fatigué. Ce qui nous vaut un portrait d’écrivain avec souvenir d’une compagne délaissée, maîtresse du moment qui n’a rien de mieux à faire que se retrouver enceinte, l’andouille, second roman à écrire alors qu’on n’a (déjà) plus rien à dire, et pressions de son éditrice aux abois.
Des personnages, virtuels ou bien réels — la différence ? ­— tournent autour de notre Nicolas qui passe le reste de sa vie, quand il ne s’occupe pas à faire le malin ou se plaindre intérieurement des duretés de l’existence d’un écrivain, à tweeter, facebooker, blackberryser ( il a abandonné l’iphone, moins discret que blackberry, sachez-le, pour ce qui est de l’anonymat des messages et photos de correspondantes un peu putes.) C’est une galerie vaguement mouvante de personnages clichés, peuplant ce monde convenu haut-bourgeois, dont la description n’omet surtout pas la marque de la montre qu’il porte au poignet . Des artistes invités passent pour égayer le paysage… L’ennui, c’est qu’on se fout des affres de ce con de Nicolas, qu’on ne l’aime pas, qu’il est juste un peu puant sous sa couche de célébrité et de droits d’auteur, que de la compassion pour sa pauvre vie creuse n’est pas pour demain.

Au bout de l’histoire, vlan, voilà qu’un grand bateau de plaisance s’échoue sur la plage italienne – ça ne vous rappelle rien ? Que Nicolas en compagnie d’une ivrognesse de rencontre arrachée à sa surboum saute dans une chaloupe pour aller sauvetager du naufragé. Sic. Et ce faisant, sauvé lui-même, car il fera sans doute enfin de cette péripétie plate et lissée, sans la moindre tache de fuel, le très attendu nouveau roman dramatico-chico-cool pour des madames à boucles bleues, et jeunes filles nunuches chics qui se teindront un jour.

Sauf que, pauvre Nic, Tatiana l’a écrit avant lui !


Repères :

- A l’encre russe, de Tatiana de Rosnay – ed. Heloise d’Ormesson


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