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A la queue… (Part : 1.)

Où l’Ours se lance dans un feuilleton estival sur ses amis les animaux.

vendredi 15 juillet 2016, par Pierre Pelot

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Les noms

Déjà sans doute ces animaux debout sur deux pattes qui s’appelleraient les hommes avaient distribué des noms autour d’eux. Ils tournaient les sons dans leur bouche, ils les posaient sur les choses. C’est ainsi que les hommes désignaient les endroits, les territoires, en les nommant pour se les approprier.
Nous étions là, déjà, nous aussi.
Avec ceux qui marchent debout, et parmi tous les autres de nos frères vivant, à quatre pattes ou non, parmi tous, les marchant, volant, nageant. Nous étions là.
Il est à peu près certain que dés qu’ils en eurent la possibilité, les hommes nous nommèrent. A peu près certain qu’en même temps ils nous lancèrent des pierres et des noms.
Il y avait sur ces époques-là des odeurs à foison, planant et pesant, roulant sur les pentes des grands vents descendus des cieux. Des odeurs qui s’interpénétraient, se mêlaient, se mélangeaient. De chaleur et de pluie, de froid, c’était selon. Les odeurs du jour n’étaient pas semblables, évidemment, à celles de la nuit. Elles glissaient comme des caresses, elles nous saoulaient, nos yeux entrouverts brillaient dans la pénombre et nous pouvions sourire sans que l’on y mît de la méchanceté.
Les terres n’avaient pas de commencements, et la vie ne suffisait pas pour qu’elles finissent. Il y avait toujours une montagne à traverser. Une rivière à nager. Les forêts regorgeaient d’oiseaux balancés dans leurs chants, les grands prés étaient sillonnés de milliers de petits rongeurs vifs…
Le soleil était plus chaud, la lune plus ronde, je crois.

Ils nous ont lancé des pierres, d’abord, avant leurs javelots, leurs flèches. Et des noms. Dans leur premier langage, ils nous ont appelés ce qui deviendrait plus tard et sous plusieurs formes : « loups ».

Clan

La louve menait la harde.
Ce n’était ni la plus vieille ni la plus forte, mais tous avaient compris que les territoires qu’elle avait parcourus, dont elle se souvenait, étaient les plus vastes et les plus riches en proies. C’était elle qui le mieux savait et trouvait les plus belles traces.
La plus âgée avait quatre saisons de plus qu’elle. La plus vieille était celle qui lui avait donné la vie, et jamais la louve n’avait quitté sa mère, de qui, certainement, elle avait appris beaucoup. Elle avait grandi derrière elle, avec ses frères et sœurs. Ils étaient au moins sept, derrière le couple formé par sa mère et le vieux gris à l’oreille cassée. Du plus loin que portait son souvenir, la louve se rappelait un nombre important d’odeurs amies, autour d’elle. Et puis le vieux gris aux oreilles inégales s’était pattu avec le grand cerf des neiges, et les bois de ce dernier lui avaient ouvert le ventre. Voilà comment la mère de la louve meneuse de la harde s’était retrouvée seule. Elle était toujours là, et c’était la plus vieille.
Aujourd’hui, la louve avait un compagnon, elle aussi. Ils s’étaient choisis alors qu’ils n’avaient pas vécu chacun dix saisons différentes les unes au bout des autres.
La louve était assise sur la crête du coteau. Les autres couchés derrière elle. Ses fils, ses filles, ses petits maintenant grandis et adultes, avec eux-mêmes des petits. Et deux autres familles, pareilles, que les froidures de l’hiver avaient poussées sous son autorité. La harde.

Naissance

D’abord, au-dessus des arbres lointains, le fond du ciel qui semblait tracer comme une déchirure noire s’est éclairci. Graduellement la lumière grise a fondu. Depuis un moment déjà les oiseaux dans les branches avaient commencé leurs ramages. Avec le jour venu et installé, les gazoillis et les chants déferlaient d’un bord à l’aure des nuages.
A ce moment, le premier petit vint au monde, au fond du nid d’herbes et de feuilles, dans la faille de roche au flanc de la montagne. Sur tout le territoire de la harde, il y avait un certain nombre de gîtes semblables, prévus pour la naissance, selon que la bande se trouverait ici ou là au moment venu. Mais c’était celui-là que le loup préférait. C’était un bon endroit protégé et tranquille.
Les autres membres de la harde se tenaient rassemblés sous les arbrisseaux maigres, à quelques mètres. Certains avaient chassé, pendant la nuit, et ils étaient revenus au bord de la forêt un peu avant le jour. L’odeur de la viande était sur eux, mais d’autres effluves venaient caresser les narines du loup, debout et nerveux à proximité du gîte. Les odeurs de feuilles nouvelles, qui commençaient de s’accrocher aux ramures, depuis quelques temps. Les odeurs du froid qui s’enfonçait dans le sol, après l’hiver et la neige, sur les heutes herbes brisées recouvrant les grandes étendues. Et les odeurs de tendre et de chaud qui s’élevaient de ses fils, sortis du ventre de sa compagne.
( à suivre )

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