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A quoi sert Frédéric Mitterrand ?

lundi 24 août 2009

Soit à rien, soit à se grimer sous les traits d’un Malraux sans moyens. Du moins, si on relit le texte de la sociologue Nathalie Heinich publié dans la revue Le Débat sur la réforme ou la suppression du ministère de la Culture.

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Frédéric Mitterand (Gabriel pour l’Agence Idea)

Du ministère de la Culture sous Sarkozy. On aurait pu s’attendre à sa suppression en ce 50ème anniversaire de sa création, que de nombreux observateurs (Maryvonne de Saint-Pulgent et Frédéric Martel en tête) constatent en mort clinique depuis quelques années déjà. Mais la droite à son héritage Malraux quant la gauche, elle, a déserté la réflexion, tétanisé par l’héritage Jack Lang.

Il aurait pu être logiquement remplacé par un ministère du Tabloid et de la Communication, si l’on veut coller au style présidentiel. Mais le Président en a décidé tout autrement. Frédéric Mitterrand fait merveilleusement le job. Il n’y a peut être plus de ministère rue de Valois, mais il y a bien un ministre. Et si l’on en croit les journaux et les communiqués de presse : qui a le verbe haut, le verbe qu’il faut, le timing et le sens du récit, et remet la Droite francaise aux anges malraciens.

Pour l’instant, les débats sur la pertinence réformiste d’un tel ministère sont figés sous le vernis médiatique. Les questions remuantes avaient pourtant commencé à émerger à la toute fin de l’année 2008. Il n’est pas inutile de relire quelques mois plus tard le texte de la sociologue Nathalie Heinich qui amorcait la pompe dans la revue Le Débat (n°152, novembre-décembre 2008, Gallimard).

« Une forme élégante de clientélisme »

"Ce serait tout à l’honneur des artistes et de leurs soutiens chez les "intellectuels" que de reconnaitre ce problème, en tirer les conséquences, plutôt que de continuer à prôner la fuite en avant dans une politique de subventions qui n’est plus, dans bien des cas qu’une forme élégante de clientélisme", écrivait-elle au canon.

La crise dans la culture est patente, rappelle la sociologue, et porte de vilains mots comme celui de "corporatisme", de "démagogie" ou encore plus cruel, de "désintérêt" et de manque de curiosité. Un ministère qui est parvenu à gagner ses galons de service public de la culture, mais s’est perdu peu à peu dans ses missions, et n’est jamais concurrencée dans cette perspective que par treize ministères.

Les solutions proposées par Nathalie Heinich sont à discuter. Elles reposent selon elle sur l’économie de marché (les musées), ou encore le tri des établissements publics -exception faites des missions patrimoniales- entre ceux qui doivent rester de statut public et les privatisables. "L’opposition public/privé recouvre largement, aujourd’hui, l’opposition gauche/droite" remarque t-elle.

En attendant une politique culturelle à peu près lisible à l’heure de la mondialisation et d’Internet, on peut compter sur un talentueux ministre pour animer le grand vide-grenier nostalgique de la politique culturelle de la France, dont l’exception est une énigme, et l’avenir, un mystère.


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