Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama

Bookmark and Share

Abandon (angoisse d’)

lundi 26 novembre 2012, par Audrey Minart

N. masc. (XIIe siècle ) et selon le psychanalyste Jean-Charles Bouchoux, en 2012, une insécurité de plus en plus en grandissante pour les "personnalités abandonniques"

Imaginée ou bien réelle, l’angoisse d’abandon est susceptible de concerner nombre d’entre nous. Elle peut d’ailleurs être à la base de ces attachements toxiques pouvant conduire des individus à tomber sous l’emprise de ces fameux « pervers narcissiques », dont on ne cesse d’entendre parler... Ceux-ci étant eux mêmes des « personnalités abandonniques ». Mais d’où vient cette angoisse d’abandon ?

Selon le psychanalyste Jean-Charles Bouchoux, qui vient d’y consacrer un ouvrage pour le grand public, elle « est en lien avec une faille dans l’élaboration de notre image ». Quand celle-ci se forme-t-elle ? Petit retour vers les bases de la psychanalyse…

GIF - 3.2 ko

La majeure partie de notre structure psychique se construit entre la naissance et l’âge d’à peu près 6 ans. Cette structuration se fait en trois phases : phase de la découverte des objets, quand l’enfant sort de la relation fusionnelle avec sa mère et prend conscience de son individualité, puis phase narcissique et enfin, phase oedipienne. C’est durant la seconde que naît l’angoisse d’abandon, lorsque l’enfant commence à interagir avec le monde et qu’il prend ainsi conscience de son pouvoir sur autrui. Autant de réactions, en réponses à ses faits et gestes, qui façonnent sa propre image de lui-même.

« Rester digne de l’amour de l’autre »

Ainsi, l’individu qui n’aura pas trouvé les appuis nécessaires au bon développement de son narcissisme durant cette phase, risquera de voir perdurer une angoisse d’abandon à l’âge adulte. C’est notamment lors de la phase narcissique que naît une autre instance psychique après le « Moi » : « l’Idéal du Moi », autrement dit « ce que l’individu croit devoir être pour rester digne de l’amour de l’autre. »

De fait, ce que l’on appelle la « personnalité narcissique », et notamment dans les cas les plus extrêmes, a l’angoisse permanente de ne pas être la bonne personne. Sa « faille narcissique » l’amène à devoir plaire absolument, sous peine de sombrer dans cette angoisse d’abandon. « Cette structure psychique abrite une image floue, sinon négative d’elle même  », explique l’auteur. Mais « à trop se chercher dans le regard des autres, on risque de devenir le jouet de certains. » Notamment des pervers narcissiques, « aux frontières de la folie », eux-mêmes dépendant de l’image que leur renvoient leurs victimes.

La phase narcissique, durant laquelle nous élaborons notre image de nous-mêmes, est donc un passage obligé, « un cours à traverser sous peine d’être sans cesse tenté de faire marche arrière et d’entrer dans le courant des pulsions de mort  ». Traverser ? « Découvrir que nous ne sommes pas seuls, que nous influençons le monde mais que nous ne sommes pas tout-puissants  ». Accepter que nous ne serons jamais l’enfant idéal, que nous avons des défauts… des qualités aussi. Que tout n’est pas soit noir, soit blanc, car paradoxalement, les personnalités narcissiques ont à la fois un sentiment de toute-puissance, et un sentiment d’impuissance. Chaque échec risque de les ramener « dans les limbes de l’abandon avec son cortège d’angoisses  ».

Structures abandonniques précoces et tardives

Il existe plusieurs « degrés » de structures abandonniques. L’auteur distingue en effet les « précoces », nées alors que le Moi n’est pas encore tout à fait constitué, l’enfant ne s’étant pas encore tout à fait distingué de la figure maternelle. On retrouve alors chez le sujet adulte un désir de fusion, voire une agressivité quand il craint de se perdre dans l’autre, ou une dépression s’il retourne cette agressivité contre lui-même. « L’abandonnique alterne fréquemment des phases de séduction et des phases de rejet ou de dépression. » Les « structures abandonniques tardives », plus proches de la phase de l’Œdipe, sont la fois « sous le joug d’un Surmoi précaire  » puisqu’encore en structuration, et « sous le joug de (leur) Idéal du Moi ». Elles vivent dans « une sorte de pseudo-culpabilité » liée à leur sentiment de non-valeur. Incapables d’atteindre cet « Idéal du Moi », c’est à dire ce qu’elles croient devoir être pour être aimées, perdre l’amour les renvoie à leur propre impuissance. Une impuissance, une non-valorisation, qui les fait alors douter de leur propre existence.

Mais dans tous les cas, précise l’auteur, « prédomine un sentiment d’insécurité permanent  ». L’angoisse d’abandon s’exprime par une demande affective démesurée, plongeant ainsi l’individu à ne se fier qu’au jugement d’autrui. «  Dites-lui qu’il est une bonne personne et il se sent une bonne personne, dites-lui qu’il est mauvais et il se pense mauvais. L’abandonnique est tel un enfant dans un monde d’adultes, proie potentielle du jugement et de l’attitude des autres.  » Il peut être celui qui exhibe sa fortune, son succès, un beau compagnon, ce ou cette prétentieux(se) qui ne tente en réalité que d’échapper à l’angoisse d’abandon en cherchant à se revaloriser par les objets. Il peut être celui ou celle qui idéalise systématiquement l’autre, et qui maintient cette illusion en ne choisissant que des compagnons inaccessibles (déjà mariés, en prison, etc.)

Et si cette théorie psychanalytique ne date pas d’hier, elle n’en est pas moins d’actualité. Car dans un monde fortement axé sur l’image, la compétition, et de moins en moins sécurisant, les problématiques narcissiques et l’angoisse d’abandon ne sont jamais tout à fait loin.


Repères :

Pourquoi m’as-tu abandonné(e) ? Sortir de l’angoisse d’abandon, cesser d’être victime, Jean-Charles Bouchoux, Editions Payot (Paris), 160p, 15,50 euros. Sortie : le 10 octobre 2012.


Poster un nouveau commentaire

idees numero 1

La revue papier.
Soutenez-nous, commandez-le
à votre libraire, faites-le connaître,
ou abonnez-vous en cliquant ici.

Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.