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Ajumas, la fin des Desperate Housewives de Séoul ?

vendredi 18 novembre 2011, par Arnaud Vojinovic

Prises dans le carcan d’une morale confucéenne trop rigoriste, les jeunes femmes coréennes se rebiffent.

Dès l’accession au pouvoir, la dynastie Yi (1392-1910) a imposé aux Coréennes, une morale oppressante. Elles ne vivent plus qu’au bon vouloir des hommes, tout d’abord le père, par la suite le mari et pour finir leur premier fils. La femme ne peut plus sortir dans la rue, elle représente l’élément intérieur du couple. Cette conception patriarcale, même si elle a été réduite par législation au cours des cinquante dernières années, influence profondément la mentalité coréenne et son modèle de société.

A charge au mari de garantir un niveau de vie à la famille multi-générationnelle partageant le même toit, à charge pour l’épouse de gérer l’économie du foyer, de veiller aux tâches domestiques et à l’éducation des enfants. Pendant très longtemps la femme n’a pas eu d’existence légale. Enfant, la jeune fille était toujours inscrite sur le livret de famille de son père. Lors du mariage son nom était transféré à celui de son mari [1]. Le viol n’était presque pas un délit. Au milieu des années 1980 une femme dont la plainte pour viol n’avait pas été enregistrée - elle n’avait pas à être dans la rue seule en pleine nuit - est attaquée en justice par la famille d’un des violeurs et déclarée coupable car elle lui avait mordu et sectionné la langue lors de l’agression. Le film « Only Because You Are A Woman » (단지 그대가 여자라는 이유만으) de KIM Yu-Jin, sorti en 1990, retrace ce procès kafkaïen que l’on aurait cru d’une autre époque et marque profondément l’opinion. Cette affaire est typique des prises de conscience par à-coups de l’opinion publique coréenne.

Former à être une bonne épouse

Même si cela fait plus d’un siècle que les femmes ont accès à l’éducation, c’est dans les années 1980 que les jeunes filles se lancent corps et âmes dans des études au long cours. L’objectif est surtout de trouver un bon parti à épouser sur les bancs de l’université. D’ailleurs les programmes universitaires de Seoul Woman University constituaient il y a encore peu de temps une source d’étonnement pour un occidental. A l’université, les cours de chinois classiques et les disciplines scientifiques côtoyaient les cours de cuisines et les leçons pour bien apprendre à entretenir une maison. A la fin de leurs études, abandonnant tout espoir d’avenir professionnel ces femmes n’existaient plus qu’à travers leur mariage. Elles alimentent aujourd’hui ces cohortes de femmes, ces desperates housewives coréennes qui passent leur journée dans les grands magasins séoulites, les ajumas. Femmes de plus de 40 ans ; elles ont sacrifié tout avenir à leur mari et leurs enfants.

Mais toutes ces jeunes filles n’ont pas forcément suivi ce parcours et certaines sont entrées dans la vie active. Un séjour à l’étranger a souvent été le révélateur de l’existence d’une alternative. Pharmaciennes, médecins, enseignantes, celles qui ont opté pour des professions intellectuelles repoussent la date fatidique du mariage, préférant privilégier leur carrière. Si au début des années 2000, seulement 4,3% des femmes de 35-39 ans n’étaient pas mariées, elles sont aujourd’hui plus de 12,6% à avoir repoussé cet engagement. Quand on les questionne sur leur choix, celui-ci est souvent double : continuer une activité professionnelle souvent jugée enrichissante mais aussi continuer à s’amuser et sortir avec des ami(e)s sans avoir la contrainte des enfants et d’un mari. Une liberté de choix et donc un mode de vie qui commence à se payer cher puisque la Corée du Sud affiche un des taux de natalité les plus bas au monde (217ème sur 222 pays). La moyenne est de 1,2 enfants par femme (C’est l’âge de procréation qui est pris en compte : 15-49 ans), une véritable catastrophe démographique qui se traduira à terme par une crise économique majeure pour ce pays à la population vieillissante.

Un rapport d’études publié le 16 novembre dernier par le Korean Developement Institut du chercheur KIM Young-Chul alerte sur la crise à venir et propose des pistes de réflexions sur les causes de ce taux si faible. Alors que les initiatives du gouvernement coréen pour favoriser la natalité n’ont jamais porté leur fruit, les recommandations du chercheur pour répondre à cette crise démographique pointe du doigt l’héritage confucéen. Pour lui il faut s’attaquer aux nombreux tabous qui en découlent dont :

Pour KIM Young-Chul, le modèle vers lequel doit s’engager la Corée du Sud est celui des grands pays européens, notamment la France. Un véritable pavé dans la mare pour les défenseurs d’une vision conservatrice de la société.


[1Dans les faits par exemple il y a encore une vingtaine d’années, nombre de femmes dissimulaient leur mariage avec un étranger car sinon elles étaient déchues de leur nationalité coréenne


Armand,  le 19 novembre 2011 : Ajumas, la fin des Desperate Housewives de Séoul ?

En effet, je me disais aussi !


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Armand,  le 19 novembre 2011 : Ajumas, la fin des Desperate Housewives de Séoul ?

Passionnant article, stupéfiant vus de nos yeux d’occidentaux.
Juste une question concernant cette phrase
"La natalité hors mariage, celui-ci est normalement considéré comme un pré requis pour avoir des enfants,"
Faut-il comprendre qu’il faut avoir des des enfants en-dehors du mariage ? Cela ne me semble pas bien clair.


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    Par Arnaudle 19 novembre 2011 : Ajumas, la fin des Desperate Housewives de Séoul ?

    Merci. J’ai précisé.

    Arnaud

    Répondre a ce message
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