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FIBD Angoulême 2015, côté coulisses

vendredi 28 novembre 2014, par Evariste Blanchet

Le compte à rebours du lancement du 42e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (29 janvier - 1er février 2015) vient d’être déclenché à la Maison du Japon à Paris où se tenait, jeudi 27 novembre, une conférence de presse de présentation des programmes.


Traditionnellement, c’est le moment où les organisateurs s’emploient à convaincre les journalistes de la magnificence de la manifestation à venir, dans l’espoir que ces derniers susciteront auprès de leur lectorat respectif l’envie irrépressible de se rendre en Charente en plein milieu de l’hiver prochain. Exercice de communication par excellence, où les sponsors ne manquent pas de venir faire l’article. Si certaines interventions sont plutôt convenues, les temps de parole sont plutôt assez bien calibrés pour éviter que l’ennui ne gagne l’assemblée. Une seule règle semble prévaloir : se concentrer sur les plaisirs à venir en laissant de côté les sujets qui fâchent, pas nécessairement nombreux mais récurrents. Il faut dire que la machinerie festivalière est particulièrement complexe et les relations entre les différentes instances souvent problématiques. Entre l’Association du FIBD qui représente en quelque sorte le noyau originel du Festival, la société 9eArt+ qui l’organise matériellement et la Cité de la Bande dessinée et de l’Image (à laquelle sont rattachés notamment le Musée et la Maison des Auteurs) qui propose de multiples expositions et colloques de grande qualité, le courant ne passe pas toujours très bien. En outre, il faut encore compter avec les autres acteurs (éditeurs, auteurs, sponsors privés et publics) dont il faut parfois savoir apaiser les ardeurs revendicatives.
Le contenu des principales expositions avait déjà été dévoilé depuis plusieurs semaines, mettant particulièrement à l’honneur le Grand Prix 2014, Bill Watterson (Calvin et Hobbes), Jirô Taniguchi (Quartier lointain) assurément le mangaka le plus connu des non-lecteurs de manga, et Jack Kirby (Fantastic Four, X-Men) alias « The King ». Ils seront accompagnés d’une multitude d’autres, en particulier Fabien Nury (scénariste de W.E.S.T., Il était une fois en France, L’Or et le Sang) et Mezzo, rendant hommage au bluesman Robert Johnson, sans oublier Alex Barbier, Tove Jansson et ses Moomins, Anouk Ricard, etc. Plus encore qu’à son habitude, l’objectif est de couvrir un champ le plus vaste possible, au niveau des auteurs, des nationalités, des genres, des publics visés.
Le dévoilement des sélections de livres qui vont tenter de décrocher l’un des nombreux prix officiels (meilleur album, prix spécial du jury, meilleure série, révélation, prix du public, jeunesse, patrimoine, polar) constitue le moment le plus attendu. Au vu des résultats, comme les années précédentes, la diversité s’affirme et accorde une place de choix aux petites structures. Pour s’en tenir à la sélection officielle, Cornélius parvient à aligner 3 livres, de même qu’Actes Sud, faisant jeu égal avec Casterman, Dargaud et Delcourt. L’éditeur désormais bordelais en est assurément le grand vainqueur si l’on rapporte le nombre de titres honorés au nombre de titres produits par chaque structure. A l’inverse, Dupuis n’en aligne aucun et doit se contenter d’une seule mention pour la sélection polar, avec Fatale, de Max Cabanes et Doug Headline, d’après Manchette. Il faut donc s’attendre aux habituelles récriminations sur l’élitisme de la sélection, et l’on pourra peut-être lire encore, ici ou là, que les livres les plus méritants sont ceux qui se vendent le plus, ce qui relève quand même de l’imbécillité la plus totale. Bien qu’il soit parfaitement légitime de critiquer les titres élus, le point de vue du comité de sélection, tel que me le résuma l’année dernière l’un de ses membres, Stéphane Beaujean, m’apparaît assez défendable : les livres sont choisis en fonction de leur qualité, indépendamment de leur éditeur et de tout autre considération.
http://www.bdangouleme.com/medias/2015/documents/2015_SELECTION_OFFICIELLE

La seule surprise de cette conférence de presse, mais elle fut de taille, fut qu’après le dernier exposé, les invités furent immédiatement conviés à rejoindre le buffet sans avoir la possibilité de poser des questions. Même s’il fut bien précisé que les organisateurs se tenaient à la disposition des journalistes, l’annonce était pour le moins incongrue. Heureusement, un échange public eut finalement lieu, après que la salle se fut vidée des 4/5e d’un public dont il faut préciser qu’il était en partie constitué de professionnels non journalistes. Fabrice Piault (Livres Hebdo, publication de référence des professionnels du livre), dont je partageais la stupéfaction et le mécontentement, s’éleva contre l’utilisation du terme « conférence de presse » puis lança une bordée de questions à Franck Bondoux sur le nouveau contrat de délégation de l’organisation du Festival à sa société 9e Art+, ses projets, les rapports avec la Cité et, ce qui avait fait polémique il y a quelques semaines, le dépôt de la marque « Festival de la bande dessinée d’Angoulême ». Questions attendues au point qu’avait déjà été préparé un communiqué intitulé « 6 idées reçues - et fausses - sur 9eArt+ et son principal dirigeant », répondant aux accusations d’opacité des comptes, d’enrichissement personnel, d’irrégularité dans les procédures d’appels d’offres et autres joyeusetés.
Globalement, les réponses de Franck Bondoux furent plutôt convaincantes, encore que dans le détail, il y ait beaucoup à dire. Concernant plus précisément le dépôt de marque (« ce qui ressemble à une tentative d’appropriation privée d’une manifestation majoritairement financée par des fonds publics » selon La Charente Libre trois semaines plus tôt), le délégué général expliqua que l’objectif avait été de « provoquer un choc » et, pour reprendre les termes du communiqué, d’aider à renouer un dialogue « délibérément évité depuis des semaines » par certains des membres de l’association. Il précisa enfin que le transfert de la marque au profit de l’association était en cours.
Si les problèmes ne sont pas entièrement résolus, il semble néanmoins que les relations sont bien meilleures, en particulier avec la Cité, surtout depuis que son responsable, Gilles Ciment, en a été évincé, dans des conditions qui ont par ailleurs fait polémique. Quant à l’association, son représentant a été plutôt discret, tout en ayant le mérite, au moment des présentations du programme, de parler des « querelles intestines » qu’il souhaitait voir dépasser.

Mais les polémiques concernant le Festival ne se limitent pas aux aspects économiques et financiers. Elles portent bien plus encore sur la désignation des jurys et le rôle des anciens Grands Prix. Cette année, le président du principal jury, Gwen de Bonneval (Messire Guillaume) n’a pas été élu mais désigné. Un choix, là encore, assez bien défendu par Stéphane Beaujean et Nicolas Finet qui ont mis en avant un acteur de qualité, fédérateur, toujours actif et sous des casquettes multiples, et ayant la capacité de pouvoir juger les livres sélectionnés, ce qu’un président étranger ne maîtrisant pas la langue française n’est pas en mesure de faire.

Dans deux mois, ce qui se passe en coulisses importera moins que ce qui aura lieu sur les nombreuses scènes d’Angoulême. Il ne sera alors question que d’art, de dessin, de spectacle, d’exposition, de conférence. Encore que le feu des projecteurs pourrait également se tourner vers les auteurs. Suite à la forte augmentation de leurs prélèvements sociaux et à la chute de leurs revenus provoquée par la surproduction du nombre d’albums et la baisse des ventes de chaque titre, ils y organiseront des Etats Généraux pour dresser un état des lieux et tenter d’envisager un avenir meilleur. Benoît Peeters (Les Cités obscures) et Denis Bajram (Universal War One + Two), qui font partie du bureau de l’association organisatrice avec Valérie Mangin (Alix Senator), ont profité de cette conférence de presse pour annoncer la date (le vendredi matin 30 janvier) et le lieu (le Théâtre d’Angoulême) de la manifestation, à l’évidence fortement soutenue par la direction du Festival.

http://www.etatsgenerauxbd.org/


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