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Apocalypse Beigbeder

vendredi 16 septembre 2011, par Arnaud Viviant

Concernant « Premier bilan après l’Apocalypse » de Frédéric Beigbeder (Grasset), on pourrait s’en sortir vite fait par une jolie formule : écrire par exemple que le livre est écrit à l’imparfait du subjectif. On pourrait même faire une citation pour étayer. Par exemple, une phrase à propos de Georges Bataille que l’auteur de « L’amour dure trois ans  » a découvert lorsque Gallimard — avoue-t-il avec cette franchise désarmante, au sens commercial du terme, qui est la sienne — lui a offert la Pléiade en service de presse, et qu’il a lu à Budapest et non au Buddha Bar comme de mauvaises langues le prétendent. « Enfin un bouquin de la Pléiade qui fait durcir le kiki  » écrit l’auteur de « Dernier inventaire avant liquidation », livre jumeau de celui-ci. Voilà qui laisse tous les grands commentateurs de Bataille, de Michel Surya à Francis Marmande, loin, loin derrière lui. Et on pourrait clore ce paragraphe, à la Patrick Besson ou à la Eric Neuhoff, en lançant : « Mon dieu, que le subjectif est sympathique, surtout par rapport à l’objectif !  ». Et encore, je suis gentil.

On pourrait aussi la jouer post moderne et gloser sur l’esthétique de la liste. Les listes, cela fait un moment que l’humanité sait que ce n’est pas bien d’en faire, qu’il n’en sort jamais rien de bon, et pourtant l’humanité n’y résiste pas, c’est plus fort qu’elle, elle ne cesse d’en faire. Il semblerait que le symptôme ait été encore aggravé par les nouvelles technologies informatiques par lesquelles nous consommons désormais la musique en « listes de lecture » tandis que sur les réseaux sociaux, nous fomentons des « listes d’amis ». On pourrait indiquer, en incidente, comment la piste, beaucoup plus intéressante en soi, s’est lentement dérobée devant la liste — une incidente plus à la Azoury qu’à la Lançon, tout de même. On pourrait affiner en proclamant qu’il existe désormais une esthétique, et on chercherait rapidement, pour ne lasser personne, à en définir les contours.

Tout d’abord, l’esthétique de la liste doit contenir quelque chose hors liste : ici, chez Beigbeder, c’est par exemple le premier album du groupe Téléphone, perdu au milieu de Gide et Sollers. Cela montre le jeu, la dérision non exempte de sérieux il va de soi, l’impertinence du diablotin sage qui s’arrange toujours quand même pour avoir de bonnes notes au troisième trimestre. C’est pour ça qu’on l’aime, Frédéric : il patauge dans la vie comme il patauge dans les livres. L’esthétique de la liste, c’est aussi un art de l’équilibre digne du fil de feriste entre deux buildings, la droite et la gauche quand on est français comme l’auteur d’un « Roman français  », ou bien l’ancien et le moderne, ces catégories pour le coup universelles. A charge au lecteur, bien sûr, de s’extasier sur ce sens de l’équilibre avec des oh ! et des ah ! des « comment fait-il », des « pour ma part, je n’oserais jamais » … Sauf qu’on ne tombe jamais d’un livre, pas plus que de son piédestal. C’est des conneries, tout ça. Faudrait commencer à s’en rendre compte.

C’est « La littérature pour les nuls » qui comptent bien, à raison, le rester.

Bref, on pourrait dire tout ça, ce serait marrant. On rigolerait en petit comité. On en ferait des gorges chaudes contre tous ceux qui en font des gorges profondes. Sauf que le livre de Beigbeder (mis à part son introduction d’une démagogie rare, à l’intention des libraires, contre le livre numérique, alors que c’est de toute évidence notre seule chance de lutter contre le poids des cartables qui provoquent chaque année d’atroces scolioses chez les enfants, et en outre de libérer la littérature, la vraie, du joug du marché, comme cela vient de se passer pour la musique) est formidable. C’est « La littérature pour les nuls » qui comptent bien, à raison, le rester. Et ça, un philosophe à la Ruwen Ogien vous le dirait, c’est un excellent concept.


Repères :

Premier bilan après l’Apocalypse, de Frédéric Beigbeder, Grasset, Paris, 430 pages. Sortie : le 14 septembre 2011.

www.grasset.fr


Aurélie,  le 19 septembre 2011 : Apocalypse Beigbeder

Vous n’avez rien compris : il faut désacraliser la littérature pour qu’elle ait une chance de survivre en dehors des petits cercles d’étriqués hautains dont, il me semble, vous faites partie.

Moi, "faire durcir le kiki", ça me donne envie de (re)lire Bataille (même si je suis une fille) et le classement de l’auteur me donne envie de (re)lire des pépites de la littérature du XXe siècle.
Sachez, monsieur, qu’on a fait du chemin depuis les Largarde et Michard poussiéreux.

"La littérature pour les nuls qui veulent le rester", c’est une jolie formule qui pue à la fois le réac’ et la démagogie. Odeur de rillettes mêlée de Nutella... charmant !

Personnellement (désolée de tout ramener à moi-moi-moi), j’ai une maîtrise de lettres modernes et cette "liste" (vous semblez réduire l’ouvrage à ceci, soit) m’enchante au plus haut point !

Allez, détendez-vous un peu, sinon, bientôt, vous n’aurez plus rien à critiquer !


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