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Arnaud Montebourg se jette des roses et des résédas

lundi 6 février 2012, par Emmanuel Lemieux, Nathalie Krikorian-Duronsoy

Un mouvement, une école de formation politique, un think tank : le député entend peser sur la campagne présidentielle de François Hollande

« Le Mouvement Rose Réséda marque la fin de l’impuissance en politique ». C’est peut être la seule formule un peu lyrique qu’ait prononcé Arnaud Montebourg. Samedi 4 février, à Paris, le député PS de Saône-et-Loire à lancé son « Mouvement Rose Réséda », à la Bellevilloise, cette coopérative syndicale ouvrière des années trente devenue lieu culturel bobo du 20e arrondissement. De cet endroit où il était venu fêter avec ses partisans, les 17,2% des voix récoltés au premier tour des primaires socialistes, il s’agirait plus exactement d’une relance.
Dans la salle s’étaient réunis les « coordinateurs » de toute la France, dans une ambiance conviviale. Entre messe et brainstorming. Chauffée par Christiane Taubira et Malek Boutih (on passera sur l’appel, saugrenu pour un démocrate de gauche, à souhaiter que Marine Le Pen n’ait pas ses 500 signatures...), la salle de près de 900 invités, semblait tout acquise au programme du jour. A savoir : « aller vers les gens tout en développant des idées et une nouvelle pratique  » par la création d’une université itinérante d’éducation populaire, une école de formation politique et un think tank. Le secrétaire à la rénovation du PS voit grand aussi pour sa chapelle.

Renouer avec les classes populaires

Fort de son petit capital d’élection, « Rose Réséda », inspiré du poème de combat d’Aragon, appelant, (après le pacte germanosoviétique), au « réveil des Français » tous unis pour la résistance, veut s’offrir comme un soutien dans la campagne présidentielle de François Hollande. Devant un projet sans vraiment d’allant, Montebourg qui fut le meilleur ennemi du secrétaire général du PS Hollande, estime qu’il a une autre partition à jouer. Renouer avec les classes populaires est devenu le challenge. Alors qu’il n’y a pas si longtemps encore du côté du think tank Terra Nova, on ne parlait que de les verser dans les ornières de la réal-politik électorale.
C’est bien parce qu’elle parle de la vie quotidienne de millions de gens oubliés par la gauche depuis les années 80, que Marine Le Pen séduit.
Sans accent lyrique donc et sans cravate, Arnaud Montebourg a indiqué le but de son nouveau mouvement : « il faut se lever, s’organiser et agir dans sa vie personnelle pour assurer la reconstruction de notre pays ».

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Arnaud Montebourg, Paris, janvier 2011. (Olivier Roller pour Lesinfluences.fr)

Théories de Jérémy Rifkin et stand-up de campagne

Sur son atelier, s’impose la réflexion de la désindustrialisation. Depuis le 24 janvier, il a entamé un « tour de France des usines », scandant les territoires désertés par l’emploi. En ce domaine, sa référence du moment est « la troisième révolution industrielle » de Jérémy Rifkin. Prospectiviste américain, et conseiller personnel de Romano Prodi alors premier ministre, Rifkin avait déjà annoncé en 1995, la fin du travail. Depuis, il s’attache, en théoricien d’une « civilisation de l’empathie », à penser les nouveaux modèles économiques et d’organisation des entreprises comme des sociétés qui devront affronter l’aléatoire et la fin des énergies fossiles.

A l’instar d’un Jean-Pierre Chevènement et son CERES des années 1970, Montebourg a présenté son projet d’une école de formation comme une forme de « combat politique » afin qu’« émerge de la société, de nouveaux cadres politiques ». Il veut « faire survivre l’esprit des primaires, faire sauter les barrières à l’engagement, » en allant « vers les gens qui se sentent oubliés par la politique » puis développer une nouvelle manière d’en faire. Son université itinérante compte déjà quelques enseignants bénévoles tels que Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Régis Debray, ou Laurent Bouvet.

Avec cet étrange mélange de fidèles du député qui incarna les espoirs d’une 6e république, d’anciens francs-tireurs du NPS, mais aussi d’orphelins du chevènementisme et du séguinisme, sans oublier de solitaires singuliers, le « Mouvement Rose Réséda » –qui juré craché ne se veut pas un courant du PS-, veut persévérer dans ce qu’Arnaud Montebourg cherche à transformer depuis trente ans : le parti socialiste lui-même.

En attendant, le « Mouvement Rose Réséda » entend placer son influence culturelle dans la campagne présidentielle. Arnaud Montebourg tout comme Ségolène Royal ne figurent pas dans l’organigrame officiel, mais ils espèrent bien faire sonner quelque différence. Ainsi, devrait réapparaître, en collaboration avec l’équipe de campagne du candidat, la petite troupe des « stand-up » (petit meeting aux allures d’improvisation) qui suivit Montebourg partout en France durant les primaires, mais cette fois au service du produit « FH2012 » D’Hollande et de Montebourg, qui fait la rose qui fait le réséda ?


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