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Avis rhétorique de Marx aux polichinelles

jeudi 8 septembre 2011, par Philippe-Joseph Salazar

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(Source Klincksieck)

« A un moment où la bourgeoisie elle-même jouait la comédie la plus achevée, mais le plus sérieusement du monde, sans enfreindre aucune des exigences les plus pédantesques de l’étiquette dramatique française, alors qu’elle était elle-même à demi roulée, à demi convaincue par la solennité de ses propres actions d’Etat, c’était l’aventurier qui devait l’emporter, lui qui prenait la comédie tout simplement pour une comédie. C’est seulement quand il s’est débarrassé de son solennel adversaire, quand il prend lui-même son rôle impérial au sérieux et s’imagine, parce qu’il arbore le masque napoléonien, représenter le véritable Napoléon, qu’il devient lui-même la victime de sa propre conception du monde, le grave polichinelle qui ne prend plus l’histoire pour une comédie, mais sa propre comédie pour l’histoire » [1].

Bien sûr, comme notre Constitution n’est plus véritablement souveraine, assujettie aux traités européens et subjuguée par la finance des fonds internationaux justement dits « souverains », le temps des coups d’Etat a passé.

Donc ce qui importe, dans la philippique de Marx contre le second Bonaparte, c’est la technique rhétorique de prise du pouvoir à l’approche, en France et aux Etats-Unis, les deux sister republics, des zélectionprésidentielles (en un mot).

Remplacez « bourgeoisie » par « establishment » ou « les riches », substituez à « étiquette dramatique » le terme « communication », permutez « aventurier » avec « candidat à sa propre succession », et vous voyez que le montage rhétorique mis à plat par Marx est toujours valable : les 1% qui contrôlent la France ou l’Amérique [2] se jouent et nous jouent la comédie de la dignité personnelle et de l’élévation morale (même pris le museau dans le sac d’avoine ou les pieds en Suisse), de ce respect dû à ceux qui « ont des responsabilités » et qui « savent ». Au premier coup le gonfalonier de leur choix, candidat à la presidency, sait qu’il tente un coup, un vrai coup, et sa tentative d’OPA sur le pouvoir est sympathique, moliéresque, humaine dans sa appétence (Obama et Sarkozy, la première fois) : « Yes, I can ». Bref : comique, pas tragique.

C’était Obama, Royal, Sarkozy, Hollande, et naguère Le Pen et jadis Chirac.
Mais voilà, au deuxième passage, le polichinelle se fait grave, sentencieux, le cheveu grisonnant et le regard poché. Il, elle, prend sa propre comédie pour de l’Histoire. Du coup, au deuxième coup, le candidat en place, qui veut y rester, va évoquer des images du passé, comme M. Obama toujours lève le spectre tutélaire de Roosevelt, et M. Sarkozy…tiens, je me demande quel Grand Spectre ou Grand Moment Historique sa com’ va tenter d’évoquer afin d’assurer que cette troisième élection au quinquennat ait l’allure de l’Histoire en marche.

Je ne sais pas encore mais voici un élément de réponse par lequel, matois, Marx dans cette revue publiée à New York renchérit et nous éclaire : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ».

C’est la farce qu’il vaut éviter en 2012, et tout va y conspirer ; et voilà pourquoi l’affaire libyenne, répétant sur le mode théâtral la comédie diplomatique de l’affaire tunisienne, a eu pour effet de créer du tragique. Il suffit d’écouter les caniches à l’embouchoir sur France-24 pour comprendre cette propagande d’Etat : écarter la farce qui menace. Le candidat à lui-même a voulu insuffler un peu de tragique et un chouia de grandeur dans ce qui pourrait bien, ajouté à d’autres petits effets rhétoriques, éviter qu’une candidature à soi-même paraisse farcesque, et pour faire basculer la petite minorité [3] qui, règle de fer des démocraties sans vertu, décidera du sort de la majorité.


[1Karl Marx, Le Dix-Huit Brumaire de Louis Bonaparte, 1852 (http://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum.htm).

[2Dans Paroles de Leaders, j’ai calculé que nos « gouvernants » représentent O,8% de la population. Et je ne parle pas des détenteurs de la richesse…

[31 million de voix.


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