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BHL : le B.A.BA du bashing

samedi 8 octobre 2011, par Emmanuel Lemieux

"The impostor" : l’éditeur et militant altermondialiste Tareq Ali publie aux Etats-Unis, un livre anti-Bernard-Henri Lévy.

En novembre, sort chez Grasset, un ouvrage de Bernard-Henri Lévy consacré à son témoignage actif sur la Guerre de Libye, soit Le Journal d’un écrivain au temps de la Guerre en Libye. Un livre attendu pour son actualité et qui a une autre visée : restaurer l’image de l’intellectuel, très abimée par "l’affaire Botul" (un emprunt à une source bidon pour étayer son essai De la Guerre en philosophie). Las, cet homme-là qui a sapé le régime Kadhafi, ne connait pas le super-repos des lauriers. Il attire autant les admirateurs que le franc mépris : "The impostor", tel est le titre au canon du livre qui sera publié aux Etats-Unis en janvier 2012.

On dira ce que l’on voudra mais Bernard-Henri constitue un excellent produit d’exportation culturelle. Y compris pour ses adversaires. A l’origine de cette initiative : Tareq Ali, 68 ans, un intellectuel d’origine pakistanaise, et qui a un rond de serviette dans le PIB (paysage intellectuel britannique). Militant altermondialiste, il est aussi directeur éditorial de la maison d’édition londonienne Verso. S’il n’a pas vraiment senti un marché anglais, Tareq Ali lance son offensive anti-BHL aux Etats-Unis. Verso a retenu son attention sur l’essai publié en 2004, intitulé "Le B.A.BA du BHL, Enquête sur le plus grand intellectuel français", signée Jade Lindgaard et Xavier de La Porte. Les deux auteurs en ont profité pour rafraîchir leur enquête. Leur livre s’ouvre désormais sur son Fouquet’s à lui, c’est-à-dire la soirée du 30 novembre 2010 organisée pour les vingt ans de sa revue, La Règle du jeu, au Café de Flore. "Le Pape de Saint-Germain-des-prés" y déploie toute puissance d’ influence auprès d’une vaste cour d’"obligés", élites bigarrées de la politique et de l’économie, de l’édition et des médias, extrêmement variées du moment qu’elles détiennent elles-mêmes une miette de pouvoir.

"Des Américains voient en lui, le symbole de l’intellectuel européen décadent, frivole et ridicule"

"J’ignore s’il nous surnomme encore "les puceaux" " s’amuse la journaliste Jade Lindgaard, co-auteure avec Xavier de La Porte du "Nouveau B.A.BA du BHL" (La découverte) qui sort en parallèle du marché étasunien. Plutôt qu’une enquête de personnalité au plus près de l’individu -qui de toute façon a refusé de recevoir ces journalistes- le livre fouille, voire fouaille la production du philosophe, ou plutôt selon les auteurs, "d’un excellent publiciste et une star des médias".

Mais reste tout de même une petite énigme culturelle, comme une gêne lorsque l’on referme ce livre : d’où vient, malgré ces vents contraires et les réquisitoires solides, le petit succès de Bernard-Henri Lévy, et qui plus est aux Etats-Unis ? Analyse de la journaliste de Mediapart : Depuis son livre Qui a tué Daniel Pearl ? (2003), et plus méthodiquement avec American Vertigo (2006), BHL a fourni un gros travail de représentation et de visibilité aux Etats-Unis. Ses conférences rencontrent un vif succès, et se déroulent le plus souvent à guichets fermés. Mais, et c’est beaucoup moins flatteur, il intrigue également une autre partie du public américain qui raffole du frensh bashing (éreintement/Ndlr). On voit en lui le symbole de l’intellectuel européen décadent, frivole et ridicule. C’est ce personnage médiatique exotique qui retient aussi l’attention du public américain."
De leur complément d’enquête, Jade Lindgaard garde "le sentiment d’une droitisation de Bernard-Henri Lévy depuis un quinquennat, le renforcement de son atlantisme et le grand retour avec l’apothéose lybienne, de sa thématique des grandes interventions militaires pour les droits de l’homme". En France, les chiffres ne sont pas fracassants : la première enquête s’était vendue aux alentours de 6000 exemplaires, la seconde version a été tirée à 5000. Tareq Ali, lui, conçoit son geste comme un acte militant afin d’attirer l’attention de l’opinion américaine. Quitte à déclencher l’effet inverse et augmenter toujours plus la notoriété de ce formidable produit d’exportation dans la mondialisation intellectuelle.


Repères :

A lire :
Le nouveau B.A.BA du BHL, de Jade lindgaard et Xavier de La Porte, La Découverte, 271 pages, 18 euros. Sortie : septembre 2011.

www.bibliosurf.com/local/cache-vignettes/L185xH300/arton27017-18612.jpg
www.versobooks.com/books/1023-the-impostor
www.laregledujeu.org

Sur notre site, lire aussi :
Le phénomène montant du bashing intellectuel

Le portrait d’Olivier Roller, photographe de la jaquette du livre en anglais


Par surmely alainle 3 décembre 2011 : BHL : le B.A.BA du bashing

Ma guerre en Libye serait un peu le bréviaire du nouvel intellectuel décomplexé et définitivement affranchi de ses obligations morales vis-à-vis des peuples,des causes universelles,de l’égalité...etc.L’intellectuel de guerre est devenu le nouveau prototype de l’homme "éclairé" par le copinage avec les puissants,les féodalités économiques et les lobbies de toutes sortes.L’intellectuel de guerre auquel Mme Canto-Sperber-thuriféraire de la « guerre juste »- rend hommage à sa façon est un nouveau genre d’individu prompt à se soumettre aux modes et aux sirènes de la gloire acquise à peu de frais(enfin…. avec l’argent du contribuable).Nous savons aujourd’hui que le grand écrivain Emile Zola(qui n’était pas bachelier….)à la plume si sûre et si juste a donné sa vie pour la cause qu’il défendit alors et qui ne faisait guère recette,à savoir l’Affaire Dreyfus.Cela n’est pratiquement jamais dit comme s’il allait de soi qu’un « intellectuel » serve les intérêts des puissants et les causes gagnées d’avance.Le contraste entre les réalités présentes et certaines réalités passées est saisissant.Les exemples d’intellectuels courageux-de Jean Cavaillès à Marc Bloch en passant par Gabriel Péri-qui ont réellement éclairé les enjeux de leur temps ne manquent pas dans notre histoire passée et plus récente.Pourtant,force est de constater que la figure de l’intellectuel est quasiment devenue synonyme d’obscurantisme,de faire-valoir,de corruption et de servilité.Il y a là un paradoxe qui laisse songeur dans le pays qui a précisément vu naître la figure de l’intellectuel.

- L’intellectuel de guerre

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