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BRGM : la nouvelle pépite scientifique et politique de la république

samedi 28 novembre 2009, par Emmanuel Lemieux

Nommé le 25 novembre en Conseil des ministres, sur instruction de l’Elysée, Jean-François Rocchi occupe désormais le poste de PDG du Bureau de recherche des ressources géologiques et minières (BRGM), après le vidage rocambolesque de Philippe Vesseron au mois d’octobre.

Jean-François Rocchi est l’ancien président du CDR qui dans l’affaire opposant le Crédit Lyonnais à Bernard Tapie a préféré renoncer à poursuivre en justice le litige avec l’homme d’affaires.

Le BRGM plombé dans les années 1990 par la présidence nonchalante de Claude Allègre et, surtout, le scandale du bradage des mines d’or péruviennes, reprend du poil de la bête politique et stratégique : sécurité énergétique du pays oblige.

Branle-bas politique à la tête du Bureau de recherches minières et géologiques. Le dernier PDG (2003-2009) du BRGM, Phillipe Vesseron, a fait de la résistance à sa tutelle, le ministère de la Recherche et de l’enseignement supérieur, mais également le ministère de l’Industrie et le ministère de l’Environnement. Frappé par la limite d’âge depuis septembre, et se voyant signifier son éviction au mois d’octobre, il a décidé de faire fort Chabrol, refusant durant quelques jours de quitter son poste et sans que personne au ministère ne réagisse. "La bande des énarques du ministère n’osaient pas s’attaquer à un X, de peur qu’il y ait un retour de manivelle de la bande des polytechniciens", s’amuse un collaborateur de la direction. Selon nos informations, il a fallu la convocation de l’impétrant chez Valérie Pécresse, alertée par un conseiller de l’Elysée, pour que celui-ci obtempère. Et encore à moitié. L’ancien expert socialiste négocie ferme pour conserver un bout de bureau au siège social à Paris avec tous les honneurs matériels dûs à son rang, ainsi qu’une vague mission sur la géothermie.

Des énarques tétanisés et un camouflet pour les X

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Bio-express : Jean-François Rocchi. Débutant à l’inspection générale de l’administration du Ministère de l’intérieur puis au Commissariat général du plan (1981-85), il a varié entre des fonctions de dir-cab et la direction d’un certain nombre d’organismes tels Sofirem, les implantations industrielles et le développement local des Charbonnages de France (1997-2002), du Consortium de Réalisation chargé de la défaisance des actifs transférés par le Crédit Lyonnais (2006-08), et l’Erafp (2008), avant de devenir PDG du BRGM en novembre 2009. Il a également été directeur des études du groupe UDF à l’Assemblée nationale (1991).

Jean-François Rocchi succède à Philippe Vesseron. Et c’est Nicolas Sarkozy qui l’a voulu.
Une sorte de camouflet pour les X qui traditionnellement dirigent ce type d’institution : le nouveau PDG vient de l’Inspection générale de l’Administration, alors que Phillipe Vesseron, lui,est un ingénieur cyndinicien (science des risques industriels), alignant dans sa carrière des responsabilités dans des institutions comme l’Andra, l’Institut de sûreté et de protection nucléaire, ou encore au ministère de l’environnement. Le nouveau PDG est un techno pur sucre, et de surcroit un haut-fonctionnaire très arrangeant. Fait d’armes connu : sa présidence en 2007 du Consortium de réalisation (CDR), l’organisme privé sous tutelle de l’Etat, chargé de liquider les actifs pourris du Crédit Lyonnais.

Sous son égide, succédant à Jean-Pierre Aubert, alors très hostile à un quelconque arrangement dans l’affaire opposant la banque à Bernard Tapie dans les conditions de revente d’Adidas en 1993, le président Rocchi n’avait pas jugé utile de pourvoir le CDR en appel, alors que la cour de cassation lui avait donné raison . "La victoire en cassation n’était que momentané" dira t-il pour sa défense, devant la commission d’enquête des Finances, car enquête il y eût. Au grand dam de députés UMP comme François Goulard ou encore l’ancien ministre de la justice Pascal Clément, mais aussi des membres de la commission des Finances. Quoique il en soit, il a été cruellement incompris par les parlementaires. Un François Bayrou verra également dans les agissements du CDR un scandale d’Etat. Jean-François Rocchi sera celui qui aura laissé l’impression de concéder dans ce litige complexe, à Bernard Tapie, quelque 285 millions d’euros d’indemnités.

Indéniablement, Jean-François Rocchi a le sens du rebond, et se voit confier le destin du Bureau de Recherches Géologiques et minières, redevenu très stratégique depuis le Grenelle de l’Environnement, et plus que jamais à l’occasion du sommet de Copenhague. Sa nomination a d’ailleurs été pilotée par l’Elysée, et non les ministères de tutelle.

Du scandale de l’or péruvien aux enjeux des géo-sciences

Chut ! Depuis quelques années, ne plus dire « Bureau de recherches géologiques et minières », mais communiquer sur son acronyme, « BRGM ». La marque est accompagnée du slogan « géosciences pour une terre durable ». Ce qui fait ricaner les ingénieurs de l’entreprise publique, sachant que le charbon est tout sauf durable. Pourquoi changer un titre institutionnel plus que centenaire ? Un traumatisme interne a provoqué la faille : l’affaire des mines d’or françaises du Pérou. En 1994, le filon très rentable de Yanacocha a été honteusement bradé par l’Etat français via l’établissement public alors sous la présidence pour le moins nonchalante de Claude Allègre. Enquête judiciaire, brigade financière et brûlot best-seller du journaliste Jean Montaldo ont créé l’ambiance d’un feuilleton d’Etat à rebondissements. Le BRGM est devenu une verroterie encombrante de la république, invitée à se faire oublier.

Tout ce qui est sous-sol n’est pas étranger au 850 collaborateurs, dont 600 chercheurs, du BRGM – à l’exception de l’uranium, chasse gardée du titan Areva. Depuis 1978, basé à Orléans, à l’époque où l’on faisait miroiter la vitesse de l’aéro-train aux collaborateurs pour regagner au plus vite Paris, le BRGM s’est vu assigner de nouvelles missions stratégiques dans le domaine de la recherche, de l’expertise et de la coopération internationale. Il développe de nombreuses missions scientifiques, selon un contrat d’objectifs : cartographie géologique, eaux, risques naturels, environnements pollués, métrologie, modélisation “ Terre virtuelle ”... A celà, il faut ajouter la nouvelle cartographie en chantier de la sécurisation énergétique, le très sensible enjeu géopolitique de l’eau, et le nouveau business de capture du CO2. Les tensions actuelles sur les pierres précieuses et les métaux rares, comme le tantale, donnent également du grain à moudre aux économistes et prospectivistes du BRGM. Par ailleurs, l’entreprise ouvre officiellement son école à la fin de cette année, l’Ecole nationale d’applications des géosciences (Enag).


Repères :

www.brgm.fr
www.enag-brgm.fr


Par Dominiquele 12 décembre 2009 : BRGM : la nouvelle pépite scientifique et politique de la république

Bonjour,
Pauvre Vesseron, il n’avait pas compris : recevoir les félicitations de Borloo et de Pécresse et se faire virer le mois d’après. C’est quand même étonnant, une telle candeur, pour quelqu’un qui avait grandi dans les ministères et administrations.
Au fait, était-il vraiment fait pour diriger une entreprise ? Pauvre bonhomme, il a pas toujours été a son aise à ce poste. Même si ce n’est pas mal payé, il y a des situations pénibles : faire croire à tout le monde qu’il avait perdu son passeport pour ne pas aller signer un contrat en Arabie. Rassurez-vous, un sous-fifre a été le signer. Faut pas croire, le BRGM, ça marche très très bien ... grace aux sous-fifres.
J’ai envoyé le papier à mes anciens collègues, ils n’avaient pas eu les détails du départ de Vesseron. Une telle lacune dans leur culture générale aurait été dommage.
Salutations
D


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