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Barbe Noire Inc.

jeudi 6 janvier 2011, par Christophe Boutrou

Thèse de "L’Organisation pirate" : Le hacker moderne n’est pas si éloigné du flibustier qui écumait les mers chaudes des Caraïbes. Car au-delà du nom de pirate, ces deux archétypes partagent une forme originale d’organisation et de revendication dans l’espace politico-économique.

En lisant le titre, on pense d’abord à un manifeste. L’organisation pirate, ingénieux essai de Rodolphe Durand et Jean-Philippe Vergne, a en effet de quoi troubler à l’heure où pirates du vivant, partis pirates et autres groupements comme WikiLeaks enchaînent les coups d’éclat et perturbent le « système ». Selon les auteurs, ces événements ne seraient pas un simple hasard de l’histoire : le capitalisme produirait en fait ses propres organisations pirates.

Le pirate, producteur d’innovation

La dynamique du capitalisme, c’est l’augmentation des flux financiers, commerciaux et humains. C’est aussi la consolidation du modèle politique de l’Etat-souverain et la normalisation des espaces physiques ou virtuels. Or, « à mesure qu’un Etat renforce ses prérogatives, le nombre des individus qu’il considère comme des pirates a tendance à augmenter ». Le pirate est donc celui qui se trouve exclu du maillage légal, en marge des frontières tracées et retracées par l’Etat, toujours en quête de légitimité et de contrôle. Mais il se distingue aussi du simple brigand, ennemi irrespectueux de la cité, parce qu’il défend en permanence une certaine cause publique (la dénonciation des travers du capitalisme entre autres), et propose un contre-modèle, ou plus précisément un ensemble de valeurs en rupture avec les discours des Etats ou des grandes entreprises.

Surtout, qu’il soit des mers, des ondes, du génome ou du Net, le pirate est un formidable moteur d’innovation. D’abord dans son mode d’organisation politique. En l’absence d’autorité extérieure, la bonne entente du groupe n’est garantie que par le respect des règles et l’égalité stricte. Pas de privilèges, le capitaine sur son navire partage la même nourriture que les matelots. On décide et on élit par vote, et voilà une organisation démocratique qui naît avant l’heure... Ensuite, dans ses projets sociaux et économiques. Il est vrai que le commerce, du XVIIe au XXe siècle, bien avant l’invention du libre-échange, a été tenu en premier lieu par les Etats et les grands monopoles européens. Les pirates, dès lors, ont défendu – à leur façon – le droit de se lancer dans des entreprises risquées, à leur compte.

En toute licence

A l’ère informatique encore, les projets pirates se traduisent par des logiciels libres (par opposition à la logique de propriété), la libre circulation des idées et de l’information (on pense à WikiLeaks), le partage des données (Napster et ses émules), etc. Ainsi, le pirate redéfinit, en marge, les frontières du possible et conteste sans cesse la légitimité des puissants. Loin d’être contre le capitalisme, il est en réalité l’un des premiers vecteurs de son renouvellement.
La thèse est dépaysante, mais tout à fait dans l’air du temps. La revendication en ligne s’organise, et celle-ci a besoin de ses théoriciens. Alors, L’organisation pirate, un manifeste ? Pas vraiment. Plutôt un étonnant traité, qui croise sociologie des organisations, histoire économique et philosophie politique. Et pour joindre la parole à l’action, les auteurs annoncent d’entrée de jeu que leurs droits d’auteur sur cet ouvrage seront reversés à un groupe de rock (Chevreuil) qui a conçu une musique d’accompagnement de l’essai, et dont les créations sont sous licence Creative Commons... Nous sommes tous des pirates.


Repères :

Pour en savoir plus :

www.editionsbdl.com
www.organisationpirate.com


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