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Benny Levy et l’agonie post-soixante-huitarde

samedi 2 novembre 2013, par Christian Harbulot

Quand un intellectuel oublie de faire son travail, le mensonge prend le dessus

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Dans l’émission Répliques du 19 octobre 2013 sur France Culture, Leo Levy revenait sur l’itinéraire de Benny Levy, l’ancien dirigeant de la Gauche Prolétarienne (GP). Un passage noyé dans les souvenirs de son épouse mérite quelques commentaires. Quand Benny Levy a dissout son mouvement, il a essayé de comprendre avec Jean- Paul Sartre pourquoi il avait échoué dans sa démarche révolutionnaire. Tous deux se plongèrent dans des textes pour comprendre les causes de défaites antérieures comme la Commune de Paris. La logique voudrait que l’on commence une expérience révolutionnaire en partant du bilan des précédentes et non l’inverse. L’intelligence de ces deux hommes était-elle à ce point appauvrie pour en arriver à cette caricature de réflexion ?

L’engagement tardif de Sartre pouvait expliquer cette carence. Mais pour Benny Levy l’excuse n’est pas valable. A la différence de Sartre, cet homme s’est construit dans la politique. D’abord dans une posture qui se voulait critique au sein de l’Union des Etudiants Communistes puis, après 1968, en tentant d’édifier les bases d’un mouvement maoïste en France. Ce cheminement politique aurait dû l’amener à s’interroger sur les limites atteintes par les différents pays dits socialistes. Il n’en a rien été. Le chef de la GP, Benny Levy, a estimé qu’il était capable de faire la Révolution dans la France des années 60/70. Et lorsque les choses ont commencé à mal tourner (mort de Pierre Overney, débat sur l’attentat de Munich, perte d’influence au sein des jeunes de banlieue et des militants immigrés déçus par les prises de position de la direction mao lors de ces deux moments-clés), il a jugé bon d’arrêter sous le prétexte que les ouvriers de Lip inventaient une nouvelle forme de libération. C’est court comme bilan d’échec.

Il n’est pas digne d’un leader d’opinion (aussi minoritaire soit-elle) de faire croire à une jeunesse révoltée que son combat est juste si on n’assume pas jusqu’au bout la voie sans issue dans laquelle ont conduit ses jugements.

Benny Levy n’échappe pas à la relecture de l’Histoire. Si Alain Finkielkraut, l’animateur de Répliques, est plus fasciné par l’homme que par le résultat de son engagement, il appartient à d’autres de ne pas faire l’impasse sur l’immense gâchis humain qu’a été cette expérience révolutionnaire et surtout sur l’incapacité de ses meneurs à assumer leurs carences et parfois leur mauvaise foi. La GP avait mis le doigt sur des choses justes (faillite du modèle idéologique soviétique, sclérose du PCF, exploitation des immigrés) mais n’avait aucune chance d’inventer une solution crédible. Dès la naissance du mouvement, les têtes pensantes se sont réfugiées dans les clapotis d’une idéologie dont les compagnons de route Michel Foucault, Gilles Deleuze et consorts s’échapperont plus tard par le biais de d’une philosophie postmoderne encensée par le microcosme parisien et certaines universités nord-américaines.

Contrairement au romancier Morgan Sportes qui dit tout et n’importe quoi sur le sujet, il serait utile de faire l’inventaire de cette époque. Lucidement. Non pas pour ressusciter un mouvement qui est mort avec son chef mais pour ne pas reproduire ce type d’erreur. Il n’est pas digne d’un leader d’opinion (aussi minoritaire soit-elle) de faire croire à une jeunesse révoltée que son combat est juste si on n’assume pas jusqu’au bout la voie sans issue dans laquelle ont conduit ses jugements. Et sur ce point précis, Benny Levy n’est pas l’intellectuel avisé, ni l’être moral sauvé par sa démarche religieuse que certains rescapés de mai 1968 essaient de nous faire croire.


Repères :

- Léo Levy, À la vie, Editions Verdier, 176 pages, 15 euros. Parution : octobre 2013

- Morgan Sportes Maos, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, 2006 (Prix Renaudot des lycéens 2006).

Morgan Sportes, Ils ont tué Pierre Overney, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, 2008.

Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr


Par Benle 19 novembre 2013 : Benny Levy et l’agonie post-soixante-huitarde

Bonjour,
Je précise à toute fin utile que si Morgan Sportès dit tout et n’importe quoi sur le sujet, il ne le fait pas dans les mêmes livres.
Comme indiqué en annexe, il en a écrit deux à ce propos ; l’un (Maos) est une pure fiction mais pas l’autre (Ils ont tué Pierre Overney), qui tient plus de l’enquête.


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