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Big bisous à celui qui lira cet article

vendredi 12 novembre 2010, par Laurent Firdion

Lecture obligatoire en ce 13 novembre, journée mondiale de la gentillesse : Emmanuel Jaffelin, auteur de « Éloge de la gentillesse » (François Bourin éditeur), démontre comment la gentillesse, en tant que morale à hauteur d’homme accessible à tous, peut améliorer le monde plus efficacement que n’importe quelle décision politique.

Le 13 novembre est la journée Mondiale de la gentillesse, inaugurée en 2009. Cette journée a été créée par le Mouvement mondial de la gentillesse et concerne désormais 19 pays dont la France. Pourtant la gentillesse est une des valeurs les plus critiquées aujourd’hui. Dans notre monde à la concurrence effrénée, la gentillesse ne semble plus avoir sa place. Elle est même suspecte, elle serait une marque de faiblesse ou de mièvrerie, sinon de naïveté. Thomas d’Ansembourg, thérapeute et conférencier, exhorte même à « cesser d’être gentil » dans son livre Cessez d’être gentil, soyez vrai ! Être avec les autres en restant soi-même (Les Éditions de l’Homme, 2001). La gentillesse ne serait selon lui qu’une soumission à l’autre ou un manque de caractère.

Emmanuel Jaffelin veut, lui, réhabiliter la gentillesse. Son livre n’est pas utopique, c’est une construction rigoureuse qui démontre les bienfaits cachés de cette « petite vertu ». Il a une approche à la fois historique et philosophique de la gentillesse. En se plongeant dans les racines de cette vertu remontant à l’Antiquité romaine, il explique comment la gentillesse a été discréditée au fil des ans, notamment par le christianisme qui désignait par le terme « gentil » le païen, le non croyant, le barbare. Dans sa définition, Emmanuel Jaffelin ne fait pas de la gentillesse une vertu cardinale : « La gentillesse est toujours une réponse que nous donnons à quelqu’un qui nous sollicite. La réponse que nous apportons à cette sollicitation dépend ainsi moins de notre haut degré de moralité que de l’évaluation que nous faisons de la situation, en pesant notamment le pour et le contre. […] Au fond, nous ne sommes gentils que parce que nous y trouvons un intérêt.  »

Mais c’est justement parce qu’elle est faite de petits gestes, parce qu’elle ne s’impose pas à soi et parce qu’elle n’est pas inaccessible comme peut l’être l’idéal de sainteté que la gentillesse est une vraie force. « L’homme gentil sème des germes d’humanité pouvant polliniser la nature humaine. Son action constitue un levier pour redonner le moral à l’humanité  », écrit l’auteur. Loin de la morale de Kant trop contraignante, la gentillesse théorisée par Jaffelin est «  un pouvoir qui affleure, un geste sans prétention, mais capable de renverser tous les pouvoirs  ». Dans l’acte de gentillesse, l’homme ne consume pas toutes ses forces, il reste libre d’être gentil ou non et, par ce geste, invite implicitement autrui à en faire de même. La gentillesse peut être vue comme un virus se propageant de petits services en petites consolations à travers la société.
Le livre d’Emmanuel Jaffelin est une analyse passionnante de la gentillesse autant qu’un guide pour un meilleur monde, sans jamais être moralisateur.


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