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Bijoutier de Nice : le clic des mal entendus

lundi 16 septembre 2013, par Christian Harbulot

De influence d’une nouvelle forme d’expression anonyme de masse dans un paysage politique instable

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"L’affaire du bijoutier de Nice" prend un tournant pour le moins inattendu car il est en train de devenir un événement sur le web. Le nombre de clic « j’aime » sur la page Facebook qui parle de ce bijoutier a atteint un score inégalé en France dans ce type de circonstances. Une réactivité aussi massive (plus de 1,5 millions en début de journée le 16 septembre) n’a jamais été constatée en un si court laps de temps et à partir d’une même zone géographique (contrairement aux rumeurs, la plupart des clics sont émis par des profils situés en France). Si aucun bug ou piratage ne vient expliquer cette anomalie, il va falloir en tirer quelques enseignements.

Le premier enseignement est l’interprétation à donner à cet évènement. C’est l’exercice le plus difficile car un clic n’est pas un vote mais il exprime malgré tout un sentiment émotionnel. Les faits : un braquage violent qui tourne mal. La victime, un bijoutier, tire dans le dos d’un des braqueurs et le tue. Les gens qui s’expriment en sa faveur par ce clic sur Facebook prennent partie pour une personne dont le cas judiciaire ne relève pas de la légitime défense.

Le second enseignement est le côté « hors système » de la réaction. Aucun parti politique n’a les moyens militants pour aboutir à un tel résultat sur le net. Les actions militantes menées dans le cadre de la Manif pour tous n’ont jamais atteint une telle résonance alors que leur activisme sur les réseaux sociaux était très important et se manifestait par le biais de nombreux sites et blogs.

Certains pourraient y voir l’envie d’exprimer un sentiment de révolte de nature quasi insurrectionnelle dans l’expression symbolique

Le troisième enseignement est la dimension sociétale de l’affaire en cours. Le côté massif de cette réaction fait penser à un phénomène de ras-le-bol qui ne peut s’expliquer par de multiples raisons dépassant le cadre de ce fait divers. Nous assistons à la manifestation d’une lame de fond qui ne cherchait qu’un prétexte pour se faire voir. Certains pourraient y voir l’envie d’exprimer un sentiment de révolte de nature quasi insurrectionnelle dans l’expression symbolique. Pour le pouvoir en place, il s’agit d’un signal fort de mouvement d’opinion spontané dont il aurait bien tort de sous-estimer la portée.

La légitimité d’un gouvernement et d’un président de la République ne se mesure pas par des sondages. En revanche, personne ne sait aujourd’hui quelle influence cette nouvelle forme d’expression anonyme aura dans un paysage politique de plus en plus instable que ce soit à gauche comme à droite.


Repères :

Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr


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