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Biographie du tigre blanc

vendredi 6 janvier 2012, par Emmanuel Amar

Le journaliste John Vaillant a suivi la trace du tigre de Sibérie qui est aussi celle de l’ex-URSS et de la mondialisation économique à l’oeuvre

Au Primorié, on surnomme le tigre de Sibérie, Toyota. C’est l’une des trouvailles d’un journaliste, John Vaillant, qui a produit un livre d’enquête fouillé et formidable sur le destin de ce tigre.
Cet étrange sobriquet n’a rien d’affectueux. Dans cette région de l’Extrême Orient russe aux confins de la Sibérie, de la Chine et de la Corée du Nord, déshéritée entre toutes, la capture d’un tigre représente pour les habitants, tous plus ou moins braconniers, une telle manne, que la vente d’une seule carcasse, permet de s’offrir un de ces rutilants 4x4 japonais.
A l’instar du cochon, dans le tigre tout est bon : l’animal est un des « musts » de la pharmacopée chinoise : une véritable panacée sur pattes ! Des os broyés ou macérés dans l’alcool, censés guérir toutes sortes de maux, en passant par les yeux, les moustaches et le pénis, tout est utilisé. La viande, parait-il fort goûteuse, n’est pas négligée et la somptueuse fourrure suscite bien des convoitises.
Pourchassés, victimes de la destruction de son habitat et de la raréfaction de leurs proies de prédilection - cerfs et sangliers - les effectifs sauvages de Panthera tigris altaica, le plus grand félin du monde, se réduisent drastiquement, ne dépassant pas probablement à l’heure actuelle, la barre des 400 individus.

En décembre 1997, la situation s’inverse : de proie, un tigre devient amateur de chair humaine

Les temps ont bien changé depuis les années 1900 lorsque Vladimir Arseniev et son guide Dersou Ouzala parcouraient ces mêmes forêts. Le Tigre était alors élevé par les indigènes au rang de quasi-divinité et unanimement respecté. Après une période de relative prospérité, ses populations ont connu un déclin rapide entraîné par la chute de l’URSS. De demi-dieu, le félin est devenu un moyen de gagner beaucoup d’argent et vite, d’autant qu’en dépit de l’interdiction théorique, en 1993, de son commerce en Chine, la demande est florissante et les frontières bien poreuses.
Or en décembre 1997, au Primorié, la situation s’inverse. De proie, un tigre devient amateur de chair humaine. La découverte des restes atrocement mutilés de Vladimir Markov, un coureur de bois, braconnier à ses heures, puis d’Andreï Potchepnia, vétéran de la guerre de Tchétchénie, parti en forêt relever ses lignes de trappe, panique la population. Pour Iouri Trouch et son équipe de « l’inspection Tigre » commence une traque digne d’une véritable
enquête policière : comment expliquer un tel comportement chez un animal qui n’attaque pour ainsi dire jamais l’homme et semble ici au contraire prendre un certain plaisir à le détruire, juqu’à s’acharner sur ses biens ? Comment identifier l’animal, remonter sa piste et le mettre hors d’état de nuire ?

L’auteur entraine le lecteur sur la trace de ces hommes intrépides et du fauve insaisissable dans l’immensité blanche de la taïga et démontre une fois de plus la difficulté de la cohabitation entre l’homme et la vie sauvage. Les espaces infinis de la Sibérie, comme les savanes africaines ou les forêts tropicales subissent une agression humaine permanente. La croissance démographique, la conquête de nouvelles terres agricoles, la déforestation réduisent comme peau de chagrin les territoires dévolus à la vie sauvage, augmentent les conflits entre l’homme et la faune, au détriment toujours de cette dernière. Le récit magnifique de John Vaillant se lit d’une traite comme le meilleur des romans d’aventures, tout en posant une question fondamentale : quelle place l’humanité souhaite-t-elle et compte-t-elle laisser à l’animal sur notre planète ?


Repères :

Lire :
Le Tigre, Une histoire de survie dans la taïga, de John Vaillant (traduit de l’anglais par Valérie Dariot), Préface de Guillermo Arriaga, Editions Noir sur Blanc, Paris, 446 pages – 22 euros (Sortie : octobre 2011)


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