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Branlette intellectuelle

jeudi 17 mai 2012, par Benjamin Coderc

La société pornographique, de Jean-Paul Brighelli, François Bourin Editeur : Comme le porno qu’il dénonce, l’auteur montre tout mais ne dit rien

Avant de se décider à prendre pour cible cette fameuse « société pornographique », Jean-Paul Brighelli avec La Fabrique du crétin (2005), s’en prenait jusqu’ici avec un certain talent et une réelle vigueur aux responsables multiples du crash le plus retentissant de ces quarante dernières années, celui du fleuron de la France (bien) pensante, celui du Jumbo Jet « Education Nationale », mastodonte affrété par la florissante compagnie Hippy Airlines.
L’auteur s’était ainsi d’abord fait connaître en s’offrant à maintes reprises les scalps respectifs des parangons du relativisme culturel, des médias de masse, des apôtres de la crétinerie cognitivo-éducative, ou autres hystériques de la déculturation radieuse. Reçu 5/5 !

Après s’être donc longtemps borné à un défonçage brutal et minutieux du mal par son fondement douillet, Brighelli s’offre maintenant une embardée par le petit bout de la lorgnette. A l’assaut de ce qui pourrait ne représenter qu’un symptôme mineur de l’affaissement civilisationnel. Une pustule de vulgarité qu’il combat de toutes ses forces, maladie vénérienne de nos psychés défaillantes : La pornographie.

Seulement, quand le réac’ libertaire, l’érudit grinçant, quitte ses habits d’iconoclaste pour se laisser sombrer en toute sincérité dans un florilège de poncifs ripolinés, il se métamorphose bien vite en défonceur de portes ouvertes :
« L’érotisme et l’amour font peur : on a inventé la pornographie moderne pour les museler.  »… « Ce qui chez Sade ou Nabokov est transgression suprême se vend désormais dans toutes les boutiques, s’exhibe dans les magazines, déferle sur la publicité. »… « A force de baiser des images, il y a bien des chances que les femmes réelles fassent peur.  »… « La pornographie n’est pas liberté, mais esclavage, servitude volontaire aux images.  »… « Regardez un film des années 70 ou du début des années 80. Il y a une situation, des dialogues, une raison.  »… Ou pour finir « La pornographie a dégradé le sexe, en jouant sur la confusion avec l’érotisme, qui de tout temps a été une force de contestation et dont il ne reste aujourd’hui pas grand-chose [1]. »… N’en jetez plus !

Des arguments tristement résignées

Louable démarche que celle-ci, si singulière et pourtant déjà fanée, à mi-chemin entre activistes de la désobéissance civique et Familles de France. Malheureusement, si tout cela ne devait aboutir qu’aux cinglants constats que, primo, le porno c’est de la merde, tout juste bonne à dégorger des post-ados en costumes Celio, et que, deuxio, un bon coït reste un coït filmé en plan large dans des draps de satin rouge fleurant bon l’Eau de Patou, Brighelli n’avait peut-être pas à forcer ses talents d’oracle.

La société pornographique repose en effet sur deux positions bien identifiables. L’une est idéologique : l’éxécration de l’incarnation libérale. L’autre est plus personnelle, forgée dans un fétichisme personnel affirmé et sans doute teinté d’un soupçon bien légitime de corporatisme : La sacralisation de l’érotisme.
Parce qu’ «  en montrant tout, le porno ne dit rien  »… Parce qu’une pin-up vaut cent bimbos… Parce que la seule liberté qu’aura offert la démocratisation du X aura été celle de raquer pour du vent, pour un assouvissement bêtement bestial de pulsions préfabriquées… Parce que la pornographie a tué l’imaginaire et les fantasmes, avec pour seul but de faire cracher au péquenaud son liquide et son fluide, préférablement dans cet ordre… Parce que c’était mieux avant, CQFD…

Moralité (si le terme était approprié) : En matière d’imaginaire sexuel comme en matière d’orientations culturelles ou esthétiques, il semble toujours en aller de cette dichotomie : Esthète ou péquenaud. Sur-mesure ou prêt-à-branler. Déesse ou pétasse. Backroom ou Youporn. Bas de soie ou piercing ventral. Artisanat ou industrie. Suggestion ou frustration. Libéralisme ou libertarisme. Transcendance ou surenchère. Second ou premier degré. Matière ou vide. Erotisme ou pornographie.

En somme, un doux parfum de rébellion flotte sur ces pages expertes, vieillottes, et si tristement résignées. Pages qui pourraient en appeler d’autres, à l’orée d’un grand mouvement de réhabilitation passéiste prenant la forme d’autant d’appels nostalgiques à la sauvegarde de ce qu’il resterait du Jazz, du Communisme, de la Montre à gousset ou, pourquoi pas, de la libre Pilosité féminine (parce que l’intégrale, c’est carrément porno pas chic…).


Repères :

[1Comprendre dans ce « pas grand-chose » ses propres ouvrages érotiques publiés sous divers pseudonymes ou encore sa très vraisemblable collection personnelle de supports masturbatoires d’arrière garde.


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