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Cahuzac ou l’art du mensonge

mercredi 3 avril 2013, par Philippe-Joseph Salazar

Ci-dessous, sans commentaires, un décryptage de l’art de mentir selon M. Cahuzac. Il s’agit du blog pompeux où il annonce qu’il a menti, enfin, sans dire qu’il a menti, et en accumulant des sophismes qu’en philosophie on nommerait simplement…des mensonges [1].

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Par lettre du 26 mars 2013 : son annonce est du 2 avril, question : pourquoi ce retard ? Que s’est-il passé durant ce laps de temps où le mensonge a duré, connu des juges (ou d’autres), caché au public ? Ce délai est-il le résultat d’un calcul ?Lequel ? Pour aider qui ? Mensonge par omission.

j’ai demandé à Messieurs les juges d’instruction Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke de bien vouloir me recevoir afin que, délivré des obligations de ma fonction : question : au sujet de sa démission, on note “délivré des obligations”, mélodramatique : ces obligations incluaient donc le devoir de mentir ? Sophisme.

je puisse enfin : question, pourquoi “enfin” ? “Enfin” est la butée d’une chronologie : c’est-à-dire, qui a provoqué cet “enfin” ? la police ? Les amis ? Les ennemis ? Sophisme.

donner les explications qui s’imposent : question, si elles s’imposent elles ne s’imposaient pas, donc depuis quand sont elles devenues “imposantes” ? Sophisme.

au regard de la détention à l’étranger d’un compte bancaire dont je suis le bénéficiaire depuis une vingtaine d’années : aveu. Notez “bénéficiaire”, pas “titulaire”… qu’en termes choisis ces choses-là sont dites.

J’ai rencontré les deux juges aujourd’hui. Je leur ai confirmé l’existence de ce compte et je les ai informés de ce que j’avais d’ores et déjà donné les instructions nécessaires pour que l’intégralité des actifs déposés sur ce compte, qui n’a pas été abondé depuis une douzaine d’années, soit environ 600.000 €, soient rapatriés sur mon compte bancaire à Paris : question, puisque il est dans la confession, pourquoi ne pas dire que “les juges” ont procédé du même coup à son inculpation ? Mensonge par omission.

A Monsieur le Président de la République, au Premier Ministre, à mes anciens collègues du gouvernement, je demande pardon du dommage que je leur ai causé. A mes collègues parlementaires, à mes électeurs, aux Françaises et aux Français j’exprime mes sincères et plus profonds regrets. Je pense aussi à mes collaborateurs, à mes amis et à ma famille que j’ai tant déçus : question, pourquoi ne pas aller un peu plus loin et faire ce que le vrai repentir exige, une réparation publique, par exemple verser une part de l’argent au Trésor public ? Aveu sans effet moral.Sophisme.

J’ai mené une lutte intérieure taraudante pour tenter de résoudre le conflit entre le devoir de vérité auquel j’ai manqué et le souci de remplir les missions qui m’ont été confiées et notamment la dernière que je n’ai pu mener à bien : question, il a donc menti mais n’a jamais conclu ce que tout homme honnête doit conclure, que le devoir de vérité ne se sectionne pas quand on est ministre entre les actes de la fonction et les actes qui entourent la fonction ; comment aussi remplir sa mission s’il a été “taraudé” par un conflit et n’a pas pu soutenir ce “conflit” qu’en mentant, toujours plus ? Sophisme carabiné.

J’ai été pris dans une spirale du mensonge : question, sur l’usage de la voix passive : il devrait dire, à la voix active, “je me suis pris moi-même dans une spirale et j’y ai entraîné tout le monde”. Donc, sophisme par passe passe grammatical.

et m’y suis fourvoyé : question, pourquoi ne pas dire simplement : “Je vous ai menti à tous, je vous ai fourvoyés”. Mensonge par périphrase.

Je suis dévasté par le remords : question, le remords de quoi ? D’avoir dû avouer ? Faute de qualifier ce remords, sophisme.

Penser que je pourrais éviter d’affronter un passé que je voulais considérer comme révolu : question, pourquoi “que je voulais” ? Le vouloir certainement il le voulait, et c’est bien cela le ressort du mensonge : il a voulu l’affronter en montant une fiction que le passé n’existait plus. Mais, en outre, ce passé est une réalité tangible, 600.000 €, cela ne peut pas être “ considéré comme révolu”. Sophisme, mensonge.

était une faute inqualifiable : mais non, monsieur, elle est qualifiable votre faute : la qualification est “mensonge” au fisc, aux Français, au public, à vos maîtres. Mensonge, encore.

J’affronterai désormais cette réalité en toute transparence : seul le temps dira si cela est aussi un mensonge.Nous verrons si le futur fait mentir le contentieux. Si le future est “transparent”, ce sera alors la première vérité à sortir du puits de ce qu’il convient de nommer, corruption.

CQFD



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