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Ce que le ministre Vincent Peillon doit savoir

vendredi 16 novembre 2012, par Christian Harbulot

Pourquoi l’Education nationale se doit de garder la maitrise de la technologie dans la bataille mondiale du savoir et de la connaissance

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La société de l’information a été intronisée comme une opportunité majeure du développement humain. Elle est aussi à l’origine d’une nouvelle forme de rapports de force que le simple citoyen a encore le plus grand mal à cerner. Mais le discours lénifiant qui a marqué la naissance d’Internet (c’est globalement gratuit et tout le monde peut s’exprimer) a pour un temps enterré toute velléité de grille de lecture sur l’éventualité d’une guerre de la connaissance entre Etats, firmes multinationales et sociétés civiles.

Depuis quelque temps, les signaux faibles d’un début de prise de conscience se manifestent ici et là. Des professeurs de lycée refusent de mettre en ligne les notes qu’ils donnent à leurs élèves sous le prétexte totalement justifié qu’ils ne savent pas ce que va devenir le stockage de cette information si le système informatique de leur établissement est un jour externalisé. La question de la confidentialité de la notation n’est pas anodine. Une information de ce type stockée hors du cadre de l’Education Nationale peut donner lieu à des exploitations opportunistes qui sont antagoniques avec les principes de démocratisation de l’enseignement en France. Le traçage du parcours éducatif d’un élève est un risque non futuriste à ne pas négliger, compte tenu des progrès accomplis dans le traitement de masses de plus en plus importantes d’information. L’Etat peut-il garantir la maîtrise de ce processus s’il est sous-traité à des intérêts privés ? Le suivi en amont des futures élites de la nation apporte quelque avantage en termes de cartographie d’acteurs, de débauchage de matière grise et de pénétration éventuelle des milieux décisionnaires. La menace n’est pas circonscrite aux appétits des cabinets chasseurs de tête. Certaines puissances étrangères seraient très intéressées d’obtenir par ce biais de l’information ciblée comme par exemple les profils des candidats aux classes préparatoires. Sur ce point précis, la défense des libertés individuelles croise la préservation de l’émergence d’un patrimoine intellectuel à travers la constitution des forces vives d’un pays. Il n’est pas possible d’abandonner une telle problématique au laisser faire des innovations technologiques et encore moins au marketing trompeur des firmes les plus en vogue sur le marché mondial.

Ce signal d’alerte est le fil qui déroule l’ensemble de la pelote de laine. Le passage de l’Education Nationale au numérique est considéré à juste titre comme un progrès dans l’évolution de la pédagogie mais cette étape cruciale est parsemée d’enjeux de tous ordres. L’un des plus importants est la finalité culturelle de la production de connaissance ainsi que sa diffusion. Pour faire simple, il est difficile d’imaginer qu’une technologie conditionne le processus de modernisation du système. Autrement dit, il faut prendre le problème à l’envers.

L’Education Nationale doit garder le contrôle des programmes et ne pas devenir dépendante d’une solution technologique impérialiste. En s’imposant sur le marché de l’édition numérique à vocation éducative, le fournisseur de la technologie devient un des éléments décisifs d’orientation de la production de connaissances notamment par le choix des auteurs qui s’adaptent à la technologie et à la langue dominante véhiculée par cette technologie. C’est encore plus vrai quand le fournisseur a un système fermé. N’oublions pas que l’application iTunes U d’Apple renvoie dès à présent à une écrasante majorité d’universités anglo-saxonnes et donc à des sources essentiellement en anglais.


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