Chantal Delsol

Les "libéraux-conservateurs" votent le 7 juin pour une Europe chrétienne et décomplexée

Le 21 mai 2009

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Gabriel pour L’Agence Idea

Le 15 mai dernier, la philosophe présidait à la Sorbonne un colloque sur le thème de l’ identité européenne. Organisé avec le soutien de l’institut Hannah Arendt, qu’elle dirige à l’université Paris-Est, l’événement était co-présidé par son ami le philosophe Jean-François Mattéi. Chantal Delsol avait rassemblé pour l’occasion quelques autres grandes figures du camp libéral-conservateur, parmi lesquelles Pierre Manent, Alain Besançon, ou encore le sulfureux Philippe Némo.

L’Europe constitue depuis longtemps l’un des sujets de prédilection de l’universitaire. Philosophe du politique, elle doit notamment sa notoriété à d’importants travaux menés dans les années 1990 sur le principe de subsidiarité [1]. A l’approche des élections du 7 juin prochain, on pouvait donc s’attendre à ce que la question européenne figure sur son agenda.

D’autant que Chantal Delsol aime particulièrement nourrir sa réflexion de l’actualité la plus immédiate. Essayiste talentueuse, elle s’invitait encore il y a quelques jours dans les colonnes du Figaro en publiant un article intitulé « L’identité du Vieux Continent en question » juste avant la tenue de son colloque (édition du 05/05/2009).

"Je voudrais une Europe qui n’ait pas peur de son ombre, insistait- t-elle déjà en 2005 dans une autre tribune du quotidien. Où est son ombre ? Dans son passé, qui la suit et l’habite comme il habite toute chose humaine, mais dont elle aimerait se débarrasser : l’Europe rêve de ressembler à ce héros qui avait perdu son ombre, et marchait sur le vide vertigineux de son absence de définition. L’Europe a des caractéristiques. Elle est grecque et romaine, elle est chrétienne, elle est moderne. Tout cela forme un monde. L’Europe n’est pas ce personnage sans qualité qu’elle croit être, elle n’est pas l’universel en marche auquel toutes les cultures devraient s’identifier.

Elle porte sa particularité, elle aussi, c’est une gloire et une croix, elle est incarnée, donc pesante, donc tentée par les conflits. Elle n’est pas, comme l’a dit un de nos gouvernants, « aussi musulmane que chrétienne », rhétorique nauséeuse où l’on veut nous faire croire que nous ne serions, finalement, rien. Une Europe qui craint de se nommer ne m’intéresse pas. L’anonyme c’est le bandit caché, la bête qui fait l’ange, l’imposteur. Seul Dieu peut conserver l’anonymat sans s’y perdre. L’Europe n’est pas un dieu. Mais un groupe de peuples liés par un destin qui se décrit." (Le Figaro, 11 avril 2005)

Auteur ces dernières années de nombreuses tribunes remarquées dans la presse, en parallèle de ses ouvrages, elle s’est imposée comme une actrice majeure du débat sur des thèmes aussi variés que la religion, l’autorité, l’université, la mondialisation, le patriotisme, et bien évidemment, l’Europe. Elue à l’Académie des sciences morales et politiques en 2008, son dernier essai, Qu’est-ce que l’homme ? (Cerf, 2008), devrait convaincre les derniers sceptiques de la qualité de ses travaux.



[1L’État subsidiaire : ingérence et non-ingérence de l’État, le principe de subsidiarité aux fondements de l’histoire européenne, PUF, 1992.



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