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Chérie, j’ai rétréci le peuple

samedi 22 octobre 2011, par Christophe Guilluy

Comment les think tanks libéraux de gauche et de droite participent à l’invisibilité des classes populaires.

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Christophe Guilluy

Dans l’espace médiatique et politique, certains think tanks pèsent plus que d’autres. C’est le cas, dans la période récente, de la fondation progressisteTerra nova et de l’Institut Montaigne. Si l’un est classé à gauche et l’autre plutôt à droite, les deux sont libéraux et donc en phase avec les choix économiques de la classe dirigeante ce qui n’est pas vraiment surprenant puisque, de gauche ou de droite, ces laboratoires d’idées sont financés par les mêmes donateurs, pour l’essentiel, on retrouve des entreprises du CAC 40.

Le problème est que ces cercles de réflexions ne se contentent pas de faire la promotion du libre-échangisme. Ils produisent aussi de « la représentation sociale ». Et, force est de constater, que, en la matière, ils ont été plutôt efficaces. Les analyses sociales de la fondation Terra Nova ont ainsi très largement été adoptées par le parti socialiste. L’idée que la gauche devrait se concentrer sur un nouvel électorat constitué par des couches supérieures et les minorités, en abandonnant au passage la classe ouvrière, imprègne déjà le PS d’en haut. De la même manière, l’institut Montaigne contribue à imposer l’idée que l’avenir des classes populaires et de la jeunesse se joue désormais en banlieue. L’ennui est que l’essentiel des classes populaires et de la jeunesse populaire ne vit pas sur ces territoires.
De gauche à droite, les think tanks libéraux diffusent ainsi une vision très restrictive des classes populaires. Le problème est que cette représentation est désormais adoptée par une majorité des classes dirigeantes.

L’invisibilité des classes populaires majoritaires à l’écart des grandes métropoles

Il faut dire que l’idée d’une société divisée entre des classes supérieures et moyennes et des catégories populaires issues de l’immigration a un grand mérite : elle permet de mettre en avant des catégories sociales en phase avec la mondialisation. Cette sociologie est d’ailleurs précisément celle des grandes métropoles c’est-à-dire des territoires qui ont le plus bénéficié de la mondialisation. Dans cette représentation, les catégories populaires, pourtant majoritaire, et qui vivent à l’écart des métropoles dans des espaces périurbains, ruraux et industriels, disparaissent, avec elles, la question sociale. Cette dernière laisse alors la place à une question sociétale, celle de la place des minorités ; soit une thématique bien peu subversive pour les tenants du libre-échange mondialisé.

Exit la question sociale, exit aussi la recomposition sociale sans précédent à laquelle on assiste avec l‘implosion de la classe moyenne et l’émergence d’une nouvelle classe populaire. S’il n’existe pas de conscience de classe, l’employé du lotissement pavillonnaire, l’ouvrier rural, l’indépendant, le chômeur du bassin minier mais aussi le petit paysan se reconnaissent dans une perception commune de la mondialisation et de ses effets. Cet ensemble forme désormais un ensemble socio-culturel cohérent et définit les contours d’une nouvelle « classe populaire ». Une classe populaire qui s’abstient beaucoup pour les élections, à l’exception notable des Présidentielles.


le 18 décembre 2011 : Chérie, j’ai rétréci le peuple

Merci. Excellent rappel à la réalité.


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Par JeffRenaultle 23 octobre 2011 : Chérie, j’ai rétréci le peuple

Votre billet est intéressant dans la mesure où il montre bien le désintérêt de ce que vous appelez "la classe supérieure" pour "les classes populaires", que je reformulerais volontiers en désintérêt de l’élite pour le Peuple.

Le découpage en classes m’a toujours dérangé en cela qu’il induit une logique de fracture naturelle, d’opposition intrinsèque et de conflit inévitable. En soi, cela signifie qu’on est dans le rapport de force et qu’in fine, l’un doit l’emporter sur l’autre, l’un doit dominer l’autre.

Toute la bipolarisation de la vie politique entre deux courants (la gauche et la droite) tend à refléter cette logique, et l’élection n’en est que la mise en scène.

Ce que votre article illustre, c’est que finalement le bipartisme ne couvrirait plus le découpage sociétal naturel. Vous avez raison : les élites, nos prétendus représentants, les élus, se préoccupent beaucoup de choses d’en haut, tellement compliquées qu’elles en deviennent incompréhensibles, et peu voire pas des choses d’en bas, pourtant si essentielles pour les 99% que nous sommes.

Mais vous semblez réclamer un retour au découpage "naturel" que serait celui des classes supérieures et populaires. Je pense que cette structuration sociale de la société est archaïque, car elle sous-tend une organisation pyramidale, hiérarchique, autour d’un chef suprême.

Aujourd’hui, le Peuple (notamment les jeunes que vous citez) veut décider de ce qui le concerne. Il veut participer au pouvoir, l’exercer. Il ne veut plus se le faire confisquer par les 1%.

De cette exigence nouvelle doit sortir une nouvelle organisation politique, en réseau, où toute décision sera construite par le Peuple, et mise en œuvre par l’Exécutif qui portera alors finalement bien son nom.

Dans ce modèle, le tirage au sort viendra rééquilibrer la vraie représentativité de Peuple que l’élection lui confisque. Le revenu de vie inconditionnel permettra de sortir d’une dépendance injustifiée au travail (qui manque et continuera de manquer) pour couvrir ses besoins fondamentaux : se nourrir, se loger, s’éduquer, se soigner...

Ce nouveau modèle de société me paraît avoir un avantage sur l’ancien modèle basé sur la lutte des classes. Il promeut le vivre-ensemble plutôt que le vivre-contre.

Sincèrement,

Jeff

- Mon pays c’est la Terre

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