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Corée du Sud, mode d’emploi

mardi 12 mars 2013, par Christian Harbulot

Les leçons universelles d’ un petit pays qui se bat pour son avenir

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Coincé entre une droite minée par ses contradictions et une gauche aphone, le peuple français redoute le pire. Il existe pourtant des pays qui ne passent pas leur temps à tourner en rond à la recherche du petit point de croissance ou à créer des comités Théodule pour plancher sur une « économie positive » (dernier avatar de Jacques Attali). Contrairement à nous, certains ont ce qu’il faut bien appeler une stratégie de développement. Un pays plus petit que la France se dépense comme un beau diable pour exister dans la mondialisation des échanges. Il s’agit de la Corée du Sud qui, rappelons-nous, est partie de très loin.

Dans les années 50, cette nation meurtrie par la guerre était plus pauvre que la Corée du Nord. Mais en 60 ans, le faible est devenu fort en usant de tous les stratagèmes. A commencer par celui que nos économistes hexagonaux omettent régulièrement de citer (dogmatisme idéologique oblige) : Séoul use avec habileté du prolongement de la guerre froide à cause de l’agressivité latente de la Corée du Nord. En vertu de ce statut de pays à « protéger » des griffes de la menace communiste, la Corée du Sud se voit accorder des marges de manœuvre commerciales aux Etats-Unis et en Europe.

Un pays plus petit que la France se dépense comme un beau diable pour exister dans la mondialisation des échanges. Il s’agit de la Corée du Sud qui, rappelons-nous, est partie de très loin

La Corée du Sud est aujourd’hui une des rares économies émergentes à afficher clairement une démarche constructive d’accroissement de puissance par l’économie. Elle rivalise avec les pays occidentaux dans les hautes technologies de l’industrie de défense (en particulier dans le domaine maritime). Les forces vives de la Corée du Sud ont aussi cette particularité d’avoir su copier aussi bien que les Chinois les techniques de guerre économique inventées depuis l’ère Meiji par les défenseurs de l’Empire du Soleil Levant. La captation d’information, les transferts de technologie, le recours à ce que certains concurrents qualifient de dumping déguisé ainsi que les rachats de savoir faire industriel (celui des méthaniers français par exemple) sont à l’origine de la réussite de son industrie des chantiers navals qui est aujourd’hui une des premières du monde. Mais la Corée du Sud ne se contente pas de copier les modèles conquérants, elle innove à son tour en dépassant le modèle gaulliste de politique industrielle. Pour réduire sa dépendance énergétique, le gouvernement coréen compte bien financer son plan de déploiement territorial des réseaux électriques intelligents en conquérant des parts de marché à l’extérieur, y compris dans les pays qui présentent la concurrence la plus menaçante.

La Corée du Sud sait aussi se mettre en ordre de marche en créant une fluidité stratégique entre l’Etat et les entreprises qui travaillent en bonne intelligence pour l’avenir du pays

A l’Ecole de Guerre Economique, on observe comment ce petit pays se bat sur tous les fronts : que ce soit le plus artisanal comme celui de la relance de leur industrie du sel (envoi de plusieurs missions d’étude chez les producteurs du sel de Guérande) au plus immatériel. Le soft power sud coréen est très entreprenant : chaque somme d’argent investi dans un centre de recherche étranger implique la contrepartie du droit de regard que les Coréens du Sud revendiquent sur la production locale de connaissances. La Corée du Sud sait aussi se mettre en ordre de marche en créant une fluidité stratégique entre l’Etat et les entreprises qui travaillent en bonne intelligence pour l’avenir du pays. Cet esprit de connivence qui fait tant défaut au tissu économique français lorsqu’il se déploie sur les marchés extérieurs, inquiète le Japon qui accueille depuis des décennies une très forte communauté de Coréens japonisés et de moins en mois identifiable. Or les autorités nippones constatent régulièrement que bon nombre de ces citoyens japonais d’origine coréenne continuent à servir les intérêts de leur patrie d’origine. Les fuites d’information sont nombreuses et sont très utiles pour « armer » les progrès technologiques des entreprises sud coréennes. Un pays qui se bat et qui le démontre sans faire de vague : voilà une leçon de choses que François Hollande ne trouvera pas dans son jeu de patience.


Repères :

Sur notre site, lire aussi les articles du blog Notes Coréennes :
http://www.lesinfluences.fr/-Notes-coreennes-.html


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