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Corée pop-rock

vendredi 22 février 2013, par Arnaud Vojinovic

En quelques années, Séoul est devenu un haut lieu asiatique de la création musicale. Les rock bands sont nombreux et se font connaître sur le Web, mais les structures pour jouer sont quasi inexistantes.

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Le show vient de se finir. Son cœur s’étreint, la voie tremble. L’émotion est sensible, "Merci à tous ... je reviendrai". Le public est conquis, une légende du rock coréen est face à eux et a tout donné à son public pendant 1h30. Ce 5 décembre 2012 à Paris, le Divan du Monde fait salle comble. Expats, couples, ados fan de K-pop ont répondu présent pour fêter les 20 ans de carrière de Kang San-eh (강산에). Hors de toute reconnaissance médiatique dans son pays d’origine et ce malgré 8 albums à son actif et inconnu à l’étranger, c’est l’implication de nombreux mécènes et sponsors qui a permis de financer sa venue pour la première fois en Europe, pour une seule date à Paris.

Pourtant les années 70 est un âge d’or pour la musique en Corée. De nombreux groupes voient le jour autour des bases américaines et gagnent la faveur du public. Décapitée par la dictature, cette scène riche et foisonnante disparait pour laisser place à une chanson sirupeuse et sans âme. La K-pop est née, pur produit business, elle domine le marché et s’exporte. Seul à résister à la tourmente un groupe de rock psychédélique, Sanulrim (산울림 parfois transcrit Sanullim). Fondé par trois frères en 1977, le groupe marque les esprits par un premier passage à la télé en 1978. C’est un choc pour les téléspectateurs, la première fois que le public coréen entend un groupe de rock psychédélique, des vrais Sex Pistols d’une certaine façon. Etonnant par sa longévité, le groupe se sépare en 2008 à la mort d’un des trois frères. Malgré le deuil, Kim Chang-wan continue une carrière solo et sort un album en 2012, Pink Excavator : 12 titres enregistrés en 12h. Au 35 ans de Sanulrim une dizaine d’artistes ont été réunie pour un album de reprise, un hommage à trente années d’influence musicale : Reborn Sanullim.

Ces dinosaures sont des "bêtes de scène". Sans reconnaissance auprès d’un public peu averti, ils enchaînent concert sur concert. Et si parfois les albums sont trop bien produits, voire y perdent leur âme, les concerts s’avèrent par contre une expression brutale d’émotions et de prouesses musicales comme on a pu le constater le 5 décembre dernier au Divan du monde. Aujourd’hui, Kim Chang-wan ou Kang San-eh ne sont plus seuls. La traversée du désert des années 80/90 est finie. En ce début de millénaire, la scène rock coréenne renait et les groupes foisonnent. Les salles de concerts sont concentrées à Séoul et peuvent malheureusement se compter sur les doigts d’une main. Ainsi avec une guitare et un micro, la rue, les galeries marchandes du métro, des cafés ou des librairies sont investis le temps d’une soirée. Un public fidèle ne rate pas ces rendez vous. Vingt, 50 ou 200 personnes pour les concerts les plus importants. Peu importe, on expérimente (de la fusion avec des instruments traditionnels, de la guitare jouée avec un archet etc ...), on partage et on se donne entièrement le temps d’une session. Les expats sont les premiers à soutenir cette scène naissante via le web qui est le vecteur principal de diffusion dont le bouillon de culture commence à déborder attirant l’intérêt des grands de la musique coréenne. Comme Dalpalan, compositeur émérite de musique de film, qui produit Mukimukimanmansu (무키무키만만수), une musique minimaliste à base d’une guitare et d’un tambour traditionnel sur lequel elles tapent si forts qu’il ne manque jamais de tomber à chacun des concerts, les deux artistes se confondant d’excuses. Mukimukimanmansu sous un style au premier abord brouillon a au contraire bénéficié d’une production de qualité qui a su préserver l’innocence apparente de la musique.

Autre groupe minimaliste, We dance (위댄스). Créé en 2011, il n’a pas encore sorti d’album. Seuls le web, la participation à des festivals et le support d’expats leur permettent de gagner en notoriété.

Tous les courants musicaux sont représentés. De nombreux groupes revendiquent leurs influences : rap pour Drunken Tiger, hard FM pour Broken Valentine, Heavy Metal pour Au Revoir Michelle, Metal pour Sahon, punk 77 pour The Koxx, Oh !Brothers et son univers délicieusement sixties, ou encore la folk pour Standing Egg.

Mais beaucoup explorent de nouvelles voies où émotion et sincérité s’expriment pleinement comme le punk electro de Smacksoft,

ou le désespoir de Jeong Cha Sik (정차식),

, associent les instruments traditionnels et le Metal comme l’étonnant groupe Jambinai (잠비나이).

, ou se jouent des noms comme Vidulgi OoyoO (비둘기우유) qui veut dire littéralement Lait de pigeon. Avec déjà deux albums à leur actif, Vidulgi OoyoO vient de lancer une souscription afin de financer la réalisation du troisième album (Officially Pronounced Alive).

3rd Line Butterfly (3호선 버터플라이) avec la sortie de son sixième et dernier album, Dreamtalk, a su s’imposer comme la référence de la musique indépendante coréenne. A la fin du mois, le 28 février, se tient à Séoul le 10ième Korean Music Awards. 3rd Line Butterfly est nominé dans 5 catégories sur 24 : meilleur album, meilleure chanson, meilleur artiste, meilleur album Modern rock et meilleure chanson Modern rock. Déjà en soi un joli palmarès, mais se concrétisera t il face à la déferlante Psy ?

EDIT du 1er mars 2013 : 3rd Line Butterfly a remporté l’album de l’année (et aussi meilleur album Modern rock et meilleure chanson Modern rock).
Psy remporte deux prix : Musicien et chanson de l’année.


Repères :

Pour s’informer :

Quatre festivals :


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