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Craig Venter, bricoleur d’ADN pour les médias

mercredi 2 juin 2010, par Rémi Sussan

Sa société qui a été la première à effectuer le séquençage du génome humain, aurait créé la première forme de vie artificielle. Derrière le conte médiatique, se profile surtout l’intention d’un monopole dans le domaine de la biologie synthétique en plein boom.

Ce n’est pas la première fois que Craig Venter fait parler de lui. Classé parmi les 100 personnalités les plus influentes selon Time en 2007 et 2008, il avait gagné sa célébrité en 2000 lorsqu’avec la société Celera il avait été le premier à effectuer le séquençage du génome humain, coiffant au poteau le puissant et international "projet génome humain", soutenu par les universités du monde entier.
La semaine dernière, Venter a encore créé l’évènement, suscitant autant d’espoir irraisonné que de peurs incontrôlées : "nouveaux médicaments, nouvelles sources d’énergie", affirment les uns, "boite de pandore, fabrication de virus en série" pour les autres. Mais que s’est il réellement passé ces derniers jours ? Venter a-t-il vraiment créé la "première forme de vie artificielle" ?

En fait, c’est l’aboutissement d’un processus qui a demandé plusieurs années et qui a consisté en trois phases. A noter qu’à chacune de ces étapes, la presse a titré : "Craig Venter a créé la première forme de vie artificielle", ce qui fait tout de même beaucoup de premières fois...

Dans un premier temps, les chercheurs du Craig Venter Institute ont pris le génome d’une bactérie et l’ont placé dans une cellule d’une autre espèce de bactérie.

Dans la seconde phase, à l’aide d’un ordinateur, ils ont construit un génome synthétique, assemblé molécules par molécules. Synthétique, mais pas original puisqu’il s’agissait de celui d’une créature déjà existante, la Mycoplasma genitalium.

La troisième phase consiste en un retour à la première expérience : les chercheurs ont recréé un génome synthétique, plus important que le précédent,celui de la Mycoplasma Mycoides ; et l’ont collé dans une cellule.

L’avancée technologique est importante , un ADN plus grand a été synthétisé, et une multitude de problèmes techniques résolus. Mais il ne s’agit pas d’une avancée conceptuelle, et on peut difficilement parler de "création de la vie".

Plus troublant est cet autre projet de Venter, une hypothétique bactérie qui serait un "être vivant minimum". Autrement dit, la créature possédant le génome le plus court possible et dans le même temps capable de survivre et se reproduire. Selon les chercheurs de l’institut, 381 gènes seraient suffisant pour fabriquer un tel organisme. Pour procéder, il va falloir prendre un génome d’une créature existante et essayer de "jeter" les gènes les uns après les autres, pour ne garder que ceux qui sont vraiment indispensables. Cette bactérie n’existe pas encore, mais ça n’a pas empêche ce malin de venter de déposer dès 2006 un brevet la concernant (les voies de la propriété intellectuelle sont impénétrables).

Le jour où cet être vivant minimum verra le jour, on pourra peut être parler de "première forme de vie artificielle" (et encore : les puristes remarqueront qu’on ne sait toujours pas créer la machinerie d’une cellule, on est obligé d’en emprunter une à la nature) mais surtout, cela définira un standard de fait pour la biologie synthétique à venir : la plupart des créatures artificielles qui suivront seront probablement basée sur cette structure. Ennuyeux, si Venter dispose de tous les brevets...Ce qui pose la question, fondamentale, de la mise en place de l’ open source en biologie synthétique.


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