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Culture Marx sous la crise

Le 20 septembre 2011, par Arnaud Viviant

#Karl Marx #Marx et la culture #Michael Löwi #Pierre Bergounioux #revue Europe

Faisons pour une fois comme nos ennemis, commençons par parler chiffres : le nouveau numéro de la revue « Europe » consacré à « Marx et la culture », sous la direction du grand marxiste, sociologue et philosophe, qu’est Michael Löwi, vaut 18, 50 euros. Evidemment, cela n’est pas rien, en ces temps de dette et de dupes qui vont encore une fois réparer la crise systémique avec leurs petites mains. Et pourtant, on peut vous assurer qu’entre sa valeur d’échange et sa valeur d’usage, 18,50 euros, ça les vaut. Rien que les quatre pages que le romancier Pierre Bergounioux a écrites sous le titre « Et maintenant ?  » valent à elles seules, de notre avis, la moitié de ce prix. Bien sûr, on aimerait bien les citer ici in extenso, mais pour le coup, on n’en a pas les moyens...

En tout cas, dans ces quatre pages bien serrées comme un expresso transalpin, Bergounioux synthétise l’histoire depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui, de ce que Badiou appellerait « l’idée du communisme  ». Mais l’écrivain n’utilise, lui, jamais ce mot.

Il écrit plutôt : « Sous la seule réserve d’admettre que nos pensées ne sourdent pas mystérieusement, comme par génération spontanée, des ténébreux replis de notre cerveau, mais reflètent, fût-ce en les diffractant, les structures de la vie matérielle, une chose s’impose à l’évidence : le marxisme est vivant, valide, en raison même du fait que le capitalisme demeure le mode de production régnant. Il constitue, comme du temps de Sartre, déjà, l’horizon indépassable de notre temps.  »

On saura qu’Eisenstein voulait filmer « Le Capital » (juste après avoir songé à filmer « Ulysse » de Joyce.)

Le texte est d’un radicalisme doux, à la fois sec et étrange. Il est moins dans la sphère des idées pures que d’une réalité et d’une condition humaine dont l’écrivain se fait garant. Il brosse l’aspiration d’égalité, toujours présente tant que le monde sera divisé entre exploités et exploiteurs. Il constate la faillite du système soviétique : « Ceux auxquels la tâche sacrée d’édifier une société sans classe ont failli  » et Bergougnioux les traite d’imbéciles. Dans le reste du dossier, on apprend tout du soubassement littéraire du « Capital {} », de l’innutrition par Shakespeare et Dickens de ce texte théorique, du vouloir devenir écrivain du jeune Marx, ce qui lui fera relativement vite, par chance, une dépression à 24 ans durant laquelle il découvrit Hegel par chance. On saura qu’Eisenstein voulait filmer « Le Capital » (juste après avoir songé à filmer « Ulysse » de Joyce, c’est marrant).
Et on se réjouira en se rappelant que Karl Marx, en montrant les livres de sa bibliothèque, disait : « Ce sont mes esclaves ».



Repères :

www.europe-revue.net



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