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Dany Cohn-Bendit, think-tanker post-national

vendredi 7 décembre 2012, par Emmanuel Lemieux

Il lance son think-tank Ecolo Europa, et vient de publier avec l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, un manifeste appelant à la refondation de l’Union européenne. Pour se sortir de la crise de l’euro, du bourbier des égoïsmes nationaux et gagner les élections de 2014

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La bougeotte le reprend. Dany Cohn-Bendit en tant que président d’honneur lance officiellement son think tank, Ecolo Europa, ce vendredi 7 décembre. Sur la page Facebook de la formation intellectuelle, il y est précisé que son but est "de promouvoir la construction d’une Europe fédérale, écologique, sociale, solidaire et démocratique. Pour cela, Ecolo Europa produit de la réflexion, contribue à l’animation du débat démocratique, valorise la diversité et la richesse des idées et points de vue européens sur l’Europe. L’association est un lieu ouvert de réflexion, de débat, de concertation et de communication indépendant de tout parti politique en France et en Europe". A Paris, une première réunion sera consacrée au thème des "perspectives d’un partenariat entre l’Union européenne et l’Algérie et, au-delà, avec la rive Sud de la Méditerranée". Modérée par l’eurodéputé Yannick Jadot, elle rassemblera, Dany, l’historien Benjamin Stora, le représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’homme Stravros Lambrinidis et Mélissa Rhamouni, co-fondatrice du site ArabsTink.com et ancienne présidente de Sciences Po Monde Arabe. Vaste programme de réflexion en salle de conférence Jean Dame (17, rue Léopold-Bellan, 2e arrondissement). Ecolo Europa veut donner le signal d’une grande réflexion déclenchée par le bouillant artisan des succès électoraux de la coalition EE-LV de 2009.

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Quasiment en marge depuis la présidentielle de mai, de la formation qu’il a pourtant créée, Daniel Cohn-Bendit cherche maintenant à insuffler un grand air frais et de l’esprit européen. Cette année, il ne sera pas parvenu à provoquer de miracle politique et éditorial, pas plus qu’un sursaut intellectuel, mais il s’en est donné les moyens : deux co-auteurs écoutés, respectés et complémentaires, une parution en six langues simultanée chez Mondadori (Italie), Biblioteca Nuvea (Espagne), Mac Millan (Grande-Bretagne), Bezige Bji (Pays-Bas), Hansel Verlag (Allemagne), André Versaille et Actes Sud (Belgique et France). Debout l’Europe ! réclament de concert Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts/Alliance libre européenne, et Guy Verhofstadt, ancien Premier ministre belge et président du groupe de l’ADLE au Parlement européen. C’est un manifeste qui appelle à se sortir vigoureusement des divisions des 27 Etats-membres et du bourbier de la crise et de l’euro en péril. Car le drame actuel selon ces deux politiques réside dans l’opinion massivement partagée selon laquelle l’Union européenne serait la grande responsable et grande coupable de cette situation. Paradoxe cruel, une opinion européenne se constituerait donc sur l’aversion pour l’Union européenne. "Seule une attaque frontale peut encore nous sauver. Une attaque ciblée visant la cause véritable de cette crise : la réticence des Etats-nations à choisir la voie de l’Europe unie et à donner davantage de pouvoirs à une entité européenne de type fédéral" explicitent-ils. L’ancien libertaire et l’ex-néolibéral, devenus comme sages et modérés, s’accordent sur bien des points. Et de réclamer la constitution d’un véritable esprit européen, qui troquerait les figures nationales contre d’autres, méta-européennes. Et de réclamer un Panthéon et des billets en euros représentant plutôt que des bâtisses touristiques, Monnet, Schumann, Adenauer, Spaak ou Spinelli. Et de célébrer le drapeau aux douze étoiles.

" Appelons "green deal " un projet européen d’envergure pour la modernisation écologique de nos économies "

L’eurodéputé écolo estime que l’Europe fédérale est un rêve politique moteur. Il voit, par exemple, dans et de par la refondation de l’Union européenne, l’opportunité d’une véritable "green economy" qui bousculera et modernisera les économies moribondes des Etats-membres. " Appelons ’green deal’ un projet européen d’envergure pour la modernisation écologique de nos économies. Tous les secteurs seraient concernés : l’industrie, la construction et la rénovation des bâtiments tant privés que publics, les transports individuels et collectifs, les énergies renouvelables, l’agriculture, la protection de la biodiversité, les déchets, etc. Autant de domaines qui seront directement bénéficiaires de la création d’emplois non délocalisables, de l’autonomisation vis-à-vis des ressources et de l’innovation.", vibre celui qui défend également le multiculturalisme et le refus des replis nationaux.

Dans la seconde partie du livre, le manifeste est discuté avec les deux parlementaires par le journaliste de Libération, Jean Quatremer, influent blogueur communautaire avec son Coulisses de Bruxelles et europtimiste un poil agaçant. Certes, l’entretien se fait entre personnes de bonne compagnie, mais Quatremer n’hésite pas à les taquiner sur leur conversion au fédéralisme, notamment Verhofstadt, ex-Premier ministre qui n’oublia jamais de défendre mordicus les intérêts belges.
Objectif pour Dany le Vert assez solitaire : les élections européennes de 2014. Il assure qu’il ne se présentera pas, mais ce qui n’empêche pas le tacticien de cultiver une ambition : l’émergence d’élus pro-fédéralistes afin de proposer une union fédérale.

Selon le scénario politique de Daniel Cohn-Bendit, le Parlement européen s’autoproclamerait alors Constituante et rédigerait "un projet de constitution européenne qui ne serait pas la reprise des traités actuels comme cela a été le cas en 2004" . Ce texte définissant les principes d’une Europe fédérale serait ensuite soumis à référendum dans tous les pays à la double majorité (majorité des Etats et des citoyens). Les Etats qui voteraient "non" devraient ensuite décider, toujours par référendum, s’ils restent dans cette nouvelle Europe fédérale ou bien en sortent. Pour Dany Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt, cela sera le "Moment Philadelphie" similaire à la décision des Etats-Unis en 1875 de passer de la confédération à la fédération. A ce moment-là, les Britanniques devront faire le choix de rester dans l’Europe ou "essayer de devenir le 51e Etat des Etats-Unis", cingle le think-tanker post-nationaliste.


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