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Dauphins, baleines et corruption : le Japon face à ses démons

jeudi 8 juillet 2010, par Arnaud Vojinovic

Tags : Corruption , Dauphin , Japon

La sortie dans quelques salles japonaises du film ayant remporté en 2010 l’Oscar du meilleur documentaire, The Cove, n’est pas sans créer des remous au pays du soleil levant. Avant de s’offusquer de l’horreur que ce documentaire dénonce, les patriotes japonais s’indignent de l’image négative qu’il donnerait du Japon.

The Cove (La Baie de la honte) oscarisé lors de la dernière cérémonie est un documentaire poignant tourné comme un film d’action sur les pratiques de pêche du village de Taiji. Chaque année y est organisé une pêche aux dauphins. Les plus beaux spécimens sont vendus à des parcs de loisirs, les autres sont sortis de l’eau et égorgés. La viande est ensuite vendue et parfois se retrouve servie dans des cantines scolaires.

Le but du documentaire est de dénoncer l’industrie des delphinariums, grande consommatrice de clowns aquatiques mais surtout d’alerter l’opinion sur le risque sanitaire encouru lorsque l’on consomme de la chair des dauphins. En effet, les dauphins sont au bout d’une chaine alimentaire où tout les maillions vivent dans une des mers les plus polluées au monde. Au final, la chair du mammifère concentre un taux de mercure 3500 fois plus élevé que la norme autorisée [1].

Le film qui devait sortir le 26 juin au Japon, n’a pu l’être. Programmé initialement dans 26 salles, sous la pression d’association y voyant un film de propagande anti-japonaise, seuls six cinémas ont accepté de le projeter (Hachinohe, Sendai, Tokyo, Yokohama, Kyoto et Osaka). Quatre d’entre-eux ont subi des manifestation d’ultra-nationalistes.

A Yokohoma malgré l’injonction du tribunal interdisant aux ultras de manifester contre le film, un groupe s’est déplacé chez la mère âgée du propriétaire du cinéma, interpellant sans ménagement la vieille dame, la harcelant avec un higyaphone.

Pour Richard O’Barry [2], personnage central du documentaire et qui supervise la campagne "Sauvez les dauphins du Japon" de Earth Island, ces groupes qui n’ont pas réellement d’opinion sur la question sont rémunérés pour protester contre la diffusion. Ils sont des agents de la corruption qui accompagne ce trafic de dauphins.

De leur côté, déjà connus pour leurs baleiniers, les habitants de Taiji défendent leur "culture" qu’ils disent ancestrale. Les abattages sont faits en toute légalité puisque en de ça des quotas fixés par le gouvernement japonais.

L’Ashahi Shimbun, un des grands quotidiens japonais de référence, au nom de la liberté d’expression a appelé ses lecteurs à soutenir les salles de cinéma menacées par les ultras. Le journal trouve inadmissible que dans un pays qui se veut libre, un film ne puisse être vu que lors de projections privées. Un film dont le contenu appelle avant tout au débat et suffisamment bien fait pour remporter un Oscar.


Repères :
La bande annonce

[1Ce n’est pas sans rappeler la catastrophe écologique de Minamata et l’empoisonnement au mercure des pêcheurs qui en résulta

[2Il a été le dresseur des dauphins de la série Flipper.


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