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De Gaulle : la guerre du Bac

dimanche 6 juin 2010, par Emmanuel Lemieux

Pour des professeurs de lettres du secondaire, mettre de Gaulle au programme littéraire du bac constitue une aberration et une manipulation politique. Faut-il se rabattre sur Winston Churchill, Nobel de littérature 1953 et dont Tallandier publie cette année, l’intégrale de ses mémoires ?

Revaloriser la filière L du baccalauréat ? Pas n’importe comment. Une fronde numérique s’est constituée petit à petit sur la Toile depuis février dernier, s’élèvant contre la sélection par l’Education nationale des Mémoires de guerre du Général de Gaulle dans la partie "littérature et idées" :

"Proposer de Gaulle aux élèves est tout bonnement une négation de notre discipline. Nul ne songe à discuter l’importance historique de l’écrit de de Gaulle : la valeur du témoignage est à proportion de celle du témoin. Mais enfin, de quoi parlons-nous ? De littérature ou d’histoire ? Nous sommes professeurs de lettres. Avons-nous les moyens, est-ce notre métier, de discuter une source historique ? d’en dégager le souffle de propagande mobilisateur de conscience nationale ? Car il s’agit bien de cela : aucun thuriféraire du général ne songerait à comparer l’écriture des Mémoires de guerre au style et à la portée de tout autre mémorialiste si l’on veut rester dans ce genre littéraire. Placer de Gaulle au panthéon des Lettres, lui qui a refusé le Panthéon tout court ? Allons donc."

Un article du Figaro a mis le feux aux poudres. Sur son site officiel, le SNES (Syndicat National des Enseignements du second degré), dans un communiqué signée Valérie Sultan, dément en bloc avoir produit la pétition épinglée notamment pas Bibliobs, Marianne 2 et le blog de Pierre Assouline. C’est exact, elle ne s’y trouve pas. C’est sur le site Les Lettres volées que l’on peut prendre connaissance du texte anonyme qui aurait recueilli l’approbation de 1500 signatures. La défausse syndicale semble de mise puisqu’en même temps, le SNES utilise les mêmes arguments que Les lettres volées pour s’insurger contre la sélection des Mémoires du Général.
Analyse : un misérable quarteron d’inspecteurs généraux félons aurait opté pour le texte gaullien afin de flatter le pouvoir sarkozyste en place.

Pourquoi le de Gaulle de 1944 et pas celui de 1940 ?

L’agrégée de lettres Claude Jaëcklé Plumian qui a mené cette fronde sur Internet apporte elle un autre argument, de plus de poids celui là, contre le choix sélectif de l’oeuvre de de Gaulle, celui de la pertinence du tome III des Mémoires de Guerre :

"On nous parle de devoir de mémoire et de commémoration du 18 juin… Mais alors ce n’était certainement pas le tome III des Mémoires de Guerre qu’il fallait choisir, puisqu’il est consacré aux années 1944-1946. De Gaulle y parle de de Gaulle et de son action dans un monde à reconstruire. Ce témoignage, de première main pour les historiens, est de bien moindre valeur pour nous, littéraires. A quoi allons-nous bien pouvoir faire réfléchir nos élèves ? Aux procédés rhétoriques par lesquels de Gaulle met en valeur son action politique ? ou bien aux sentiments que peut ressentir un géant de l’Histoire quand il se heurte à la médiocrité de ses concitoyens ? (oui, oui, nous voyons parfaitement à qui vous pensez en ce moment…) Voyons encore ceci, qui semble de la plus vive actualité : de Gaulle est-il un écrivain ?"

La Pléïade ou le Nobel de littérature ?

Claude Jaëcklé Plumian qui chipote le fait que de Gaulle ayant été publié dans La Pléïade ne constitue qu’"un argument d’autorité", peut relire ses classiques. De Gaulle est également un général des Lettres, lui a répondu par avance François Mauriac, Nobel de littérature 1952, dans son De Gaulle (1964, Grasset 2010) : "Qui l’eût cru ? De Gaulle m’interrogeait sur André Gide ! (...) J’étais un écrivain et, certes, cela comptait à ses yeux. S’il se glorifie de quelque chose au monde, c’est d’être lui-même un écrivain français."

On pourrait mettre tout le monde d’accord en suggérant la sélection conjointe des Mémoires de guerre du général et des Mémoires de guerre (Pour la France Tallandier, 2009) de Winston Churchill, Nobel de littérature 1953 pour l’ensemble de son oeuvre -mais jamais publié dans La Pléïade-, magnifique et prolifique écrivain politique. Deux monstres sacrés de la rhétorique, deux leaders incommodes et terriblement humains mais aussi deux prophètes de la guerre à venir et de la paix à construire, dont l’une des armes affûtées fut assurément l’écriture, et ce, par tous les moyens et tous les styles. Rien à dire et à transmettre, vraiment ?


Repères :

Comprendre la polémique :

www.lefigaro.fr/livres/2010/06/02/03005-20100602ARTFIG00596-de-gaulle-au-bac-la-polemique.php

www.bibliobs.nouvelobs.com/20100604/19869/un-bonnet-dane-pour-le-snes

www.marianne2.fr/Le-SNES,-antigaulliste-primaire-et-sarkozyste-secondaire_a193624.html

www.passouline.blog.lemonde.fr/2010/06/04/de-gaulle-nest-plus-un-ecrivain/

www.ipetitions.com/petition/lettresvolees/


Par Alexandrale 24 août 2010 : De Gaulle : la guerre du Bac

Je suis future élève de terminale L. Je trouve que mettre les Mémoires de guerre de Charles de Gaulle au programme peut être interessant par rapport aux connaissances que cela peut nous apporter sur le déroulement de la guerre mais comme certains le disent (mieux que moi), cela se rapporte plus à une étude historique plutôt que littéraire. De plus, cette lecture, malgré le style soigné de l’auteur, me paraît longue et ... ennuyeuse. :( J’attend de voir comment nous allons l’aborder en cours pour pouvoir oui ou non, mieux l’apprécier à son juste titre.

Alexandra, élève de terminale au lycée Claude Gellée, Épinal


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Par solkole 17 juin 2010 : De Gaulle : la guerre du Bac

Je suis professeur de lettres.
Je ne suis pas gaulliste
Je suis ravi de ce choix

- http://solko.hautetfort.com/

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le 17 juin 2010 : ralbol, les pompeuses-cornichonneries

bien d’accord avec la dernière phrase : "Rien à dire et à transmettre". Et cela paraît difficile de contester, que dans le genre vieux-con plus-chiant-tu-meurs : c’est à peu près ce qui se fait de mieux.


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