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De l’art du complot dans les sociétés démocratiques

dimanche 6 janvier 2013, par Christian Harbulot

La théorie du complot est séduisante, mais masque également les vrais complots modernes : ceux les Etats et des groupes de presse

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La théorie du complot efface-t-elle le complot des tablettes de l’Histoire ? Dans son émission Répliques du 22 décembre, Alain Finkielkraut relance le débat sur la la paranoïa et la politique, et donc sur la théorie des complots. A juste titre pourrait-on dire si l’on en juge par la couverture médiatique des délires plus fantaisistes sur la fin du monde. L’idée du complot fait vendre (rappelons-nous le succès de librairie de l’ouvrage L’effroyable imposture que Thierry Meyssan a sorti après les attentats du 11 septembre) et peut aussi servir à légitimer des génocides comme l’a démontré l’écrivain Norman Cohn en démontant le mythe de la conspiration juive construit à partir de la désinformation sur le protocole des sages de Sion. Mais le danger de ce type de débat est la manière de le sérier.

La théorie des complots ne doit pas effacer la réalité des vrais complots. Et c’est aujourd’hui un travers dans lequel tombent beaucoup de commentateurs et de chercheurs qui se sont fait une spécialité du domaine. La guerre en Irak, et une guerre n’est pas un fait divers surtout si l’on en juge par ces conséquences au fil du temps, a été « légitimée » par le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique sous le prétexte d’empêcher Saddam Hussein de recourir à des armes de destruction massive. Or chacun sait aujourd’hui que ce prétexte est le fruit d’une campagne de désinformation orchestrée par de la plus grande démocratie du monde.
Elle fut précédée par une autre campagne de désinformation d’amplitude plus réduite lors du déclenchement de la guerre du Golfe en 1990. L’affaire des soldats irakiens tuant des nourrissons en les extirpant de leur couveuse dans une clinique du Koweït fut montée de toute pièce par une agence américaine pour faire pencher l’opinion publique américaine en faveur d’une intervention militaire contre l’Irak.

Plus récemment, l’affaire Murdoch a donné une dimension toute à fait inédite aux opérations de manipulation et de déstabilisation informationnelle auxquelles se sont livrés dans l’illégalité la plus absolue des journalistes britanniques du plus grand de presse au monde.

Ces complots d’Etat ou de groupes de presse émanant de régimes démocratiques sont l’autre versant indissociable de l’étude de la théorie des complots et de leur impact sur les sociétés humaines. Assimiler la théorie du complot à la paranoïa et à la politique est un moyen très « postmoderne » de réécrire l’Histoire en minimisant la responsabilité historique des vrais auteurs de complot, en particulier dans les régimes politiques qui par essence devraient les combattre, à savoir les démocraties.

- Ouvrages cités dans l’émission :
-  La société parano, de Véronique Campion-Vincent, Payot, 2005.
- Histoire d’un mythe : la conspiration juive et les Protocoles des sages de Sion, de Norman Cohn, (traduit de l’anglais par Léon Poliakov), Gallimard, 1992 Payot, 2007.
- Le style paranoïaque : théories du complot et droite radicale en Amérique, de Richard Hofstadter, François-Bourin Editeur (Paris), 2012.


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