De l’avenir de l’édition et du savoir en 300 PPI

Le 11 juin 2018, par Les influences.fr

L’idée : Le numérique formate également les nouveaux usages de l’édition et de réception des savoirs.

Benoît Epron et Marcello Vitali-Rossi, L’édition à l’ère numérique, La Découverte-Repères, 128 p., 10 €. Publié : 31 mai 2018.

Société. L’éditeur La Découverte propose ce petit livre dans sa version papier, mais aussi e-book (seulement 8, 65% d’usagers en France contre plus de 33% aux États-Unis). Quoi de plus banal désormais. Quitte à faire tousser l’éditeur et les auteurs relevant de la convention de Berne, ils auraient pu également tester l’accès libre et gratuit de leur synthèse sur la Toile. À moins que précisément, les systèmes payants participent de la légitimation et de la crédibilité dudit texte qu’il soit imprimé ou numérisé, contrairement à l’open space libertaire des temps premiers sur Internet. Benoît Epron, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Enssib (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques) et Marcello Vitali-Rosati, professeur agrégé de littérature et culture numérique (université de Montréal) ont coproduit ce Repères qui fait l’état des lieux et des réflexions sur l’impact des mutations technologiques dans l’édition : production des contenus, diffusion, réception.
Ils y voient un profond bouleversement culturel. À l’épreuve des nouvelles technologies numériques, écrire a changé, tout comme nos façons de lire, consommer, diffuser. Le numérique formate les savoirs. Le 300 ppi (pixels per inch ) devient la norme d’un texte désormais scanné et l’algorithme le nouveau dieu indiscuté des influences.
La "remediation" (utilisation des caractéristiques d’un média par un autre média) fait lien entre l’ancien et le nouveau monde. L’article que vous lisez en ce moment pourrait tout aussi bien s’appeler un papier. Réciproquement, notre façon de lire sur un support papier et la mise en page même des journaux traditionnels sont profondément influencés par l’univers du Web. " Le papier participe dorénavant d’un environnement de circulation des contenus plus vaste, qui inclut nécessairement le Web, les applications mobiles, les écrans" résument Epron et Vitali-Rosati. La "désintermédiation", nouveau terme également, réduirait la médiation classique, entre la production et la publication des contenus. Mais les deux auteurs nuancent le phénomène : " La fonction éditoriale n’a jamais été aussi présente et aussi centrale qu’aujourd’hui. Il y a de l’édition partout."
L’éditorialisation au temps du numérique elle aussi a une autre signification : les oeuvres ne sont pas achevées. Dans cet univers nouveau, la production des savoirs est lui aussi complètement refondu.

De nouveaux termes et concepts apparaissent : éditorialisation, désintermédiation, remediation...

Toute la chaîne du livre, de sa production à sa diffusion en bibliothèque universitaire subit des transformations en chaîne justement. Des formes nouvelles d’autorité s’imposent (Gafam, Wikipédia) et les défis des acteurs traditionnels (éditeurs, universitaires, médias ) qui ont encore de beaux restes quoique on en dise, paraissent d’autant plus immenses à relever. L’enjeu n’est pas mince : qui a autorité et pouvoir sur le savoir ? Épron et Vitali-Rosati suggèrent des pistes, plus qu’ils ne les dessinent, et esquissent, à peine et avec peine, le modèle économique viable que tout le monde attend.
" Le métier d’éditeur devrait être de fournir une bonne API (application programment interface) pour les livres" avancent-ils. Autrement dit, les éditeurs papier doivent intégrer dans leur philosophie et leur stratégie, des nouvelles compétences d’agencement, de structuration et de diffusion des contenus. Les mots et le lexique techno-geek ont déjà colonisé l’édition traditionnelle.




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