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De la souveraineté informationnelle d’un pays libre

lundi 17 juin 2013, par Christian Harbulot

Les Etats-Unis piégés une nouvelle fois par la faille humaine

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Au moment où est jugé Bradley Manning, le jeune militaire américain soupçonné d’être à l’origine de la publication de centaines de milliers de documents confidentiels américains sur le site Wikileaks, éclate l’affaire des fuites sur la surveillance d’Internet. Edward Snowden, ancien employé de la Central Intelligence Agency (renseignement humain) passé à la National Security Agency (renseignement technologique) a révélé aux deux médias anglo-saxons, Guardian et Washington Post, l’existence de deux programmes secrets qui permettent au gouvernement des Etats-Unis d’écouter les appels téléphoniques aux Etats-Unis et d’intercepter les communications des internautes américains et étrangers sur les grands réseaux sociaux dont Facebook, Google et Skype. L’un des secrets les mieux gardés de la première puissance mondiale est ainsi rendu public à cause des états d’âme d’un ancien serviteur de l’Etat américain.

Cette série de révélations officialise une rumeur pour ne pas dire le soupçon qui planait depuis des années sur la manière dont les Etats-Unis s’étaient donné les moyens de « maîtriser » le nouvel outil de puissance qu’était la société de l’information par le biais d’Internet. Les attentats du 11 septembre 2001 ont créé le cadre de légitimité, c’est-à-dire la détection du risque terroriste et traduit dans la légalité par le Patriot Act. Les déclarations du Président Obama pour justifier l’existence des deux programmes ne suffisent pas pour éluder une évidence : le mythe de la démocratie façonné par le secret de la correspondance et de la vie privée à vécu. La volonté de puissance est plus forte que la démocratie. Contrairement à ce que s’évertue de démontrer le politologue français Bertrand Badie, c’est la puissance qui a toujours le dernier mot.

L’un des secrets les mieux gardés de la première puissance mondiale est ainsi rendu public à cause des états d’âme d’un ancien serviteur de l’Etat américain

La publication des Pentagon Papers de Daniel Ellsberg a été la première faille humaine qui a déstabilisé l’administration américaine (7 000 pages top-secrètes du Pentagone sur la guerre du Vietnam). Les commissions d’enquête du Congrès américain (à l’image de la commission Church) qui se sont succédé par la suite ont abouti à des procès, des sanctions mais sans pour autant stopper la détermination du pouvoir exécutif à vouloir coûte que coûte contrôler l’information.

Les affaires Manning et Snowden soulèvent aujourd’hui deux problématiques vitales pour la survie des démocraties : la protection des données personnelles des citoyens et la souveraineté informationnelle d’un pays libre.

Si aucune réponse pertinente n’est apportée à cette faille structurelle par l’Union Européenne et ses Etats membres, le discours politique libéral made in USA aura désormais une résonance aussi cynique que les grandes déclarations de l’Union Soviétique sur la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.


Repères :

Retrouvez Christian Harbulot sur www.ege.fr


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