Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama

Des conflits en croissance

mercredi 11 septembre 2013, par Thierry Jeantet

Tags : BRIC , ONU , PNUD , Syrie

Les guerres et les violences constituent un frein à la croissance. Ce n’est pas une découverte, mais le fait est trop souvent nié dans les analyses sur le développement des sociétés humaines

La brutalité de l’actualité rendrait t-elle impossible la poursuite d’un raisonnement ? Les massacres perpétrés, l’utilisation d’armes chimiques par la dictature syrienne sont tristement et terriblement présents. Mais bien d’autres conflits perdurent ailleurs dans le monde ; ils sont successivement dénoncés, oubliés,, redécouverts. La violence court la planète, toute la planète. La Guerre, pas si froide, fraie ces derniers temps tout le long des chemins escarpés, tortueux, compliqués de la diplomatie. La Paix : l’urgence de l’urgence .Mais comment agir dans cette période de très haute tensions ?
Une période qui révèle que même dans la mondialisation de l’économie et des technologies de la communication, des « mécanismes « de l’ONU semblent décidément grippés, vieillissants, fantomatiques d’un ancien monde de quelques décideurs pour tous. Que dire encore de cette résurgence conceptuelle de la notion de "blocs "alors que leur cartographie n’est plus la même. Que dire encore de la place occupée par les religions (prises souvent comme « couvertures » d’autres intérêts ) ? Ce ne sont que quelques questions parmi bien d’autres tout aussi épineuses et empoisonnées.
La Syrie nous rappelle le spectre de la guerre généralisée. Ce sujet n’est pas si éloigné de la raison de ce blog : "croissance-décroissance-a-croissance ". En paraphrasant le titre d’un livre de Joseph E.Sitiglitz, tous ces embrasements constituent pour une bonne part, le prix des inégalités.Ce n’est pas une découverte. Mais cette réalité-là est pourtant trop souvent masquée ou même niée dans les analyses sur le développement des sociétés. Malgré les progrès globaux constatés, les inégalités s’installent, stagnent sans-doute ici, se déplacent là, prolifèrent trop souvent. Elles nourrissent naturellement toutes sortes de violences et de conflits et non pas seulement des revendications et proclamations. La question sociale se pose aussi de cette façon. Fort brutale.

Des BRICS et des croissances

L’ironie de l’actualité oblige donc quand même à poursuivre le raisonnement . En particulier au moment où les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud) s’insurgent –à l’occasion du G20- contre les "anciens" pays développés accusés de vouloir garder les rênes de la mondialisation au détriment de leur recherche de croissance. Leur point de vue sur la croissance a déjà été évoqué ici. Ce qui conduit le PNUD de son côté à pointer le sujet qui divise : "le succès de ces pays remet en question la notion de bonnes "politiques"" et ajoute optimiste : "des moteurs et des principes essentiels du développement commencent à émerger de la diversité des voies empruntées dans ce domaine, notamment l’approfondissement du rôle des Etats dans le développement , l’accent étant mis sur le développement humain et la protection sociale.". La croissance recherchée par ces pays pressés de rattraper leur "retard" ne serait donc pas celle de la croissance pour la seule croissance économique mais bien celle d’une croissance favorisant le "développement humain". Ce n’est pas si évident lorsque l’on constate l’importance persistantes des inégalités existant encore à l’intérieur de ces pays convulsifs de tensions internes,et d’explosions citoyennes inattendues (cf à Rio malgré les réformes positives mises en œuvre précédemment par les gouvernements Lula). L’économiste Daniel Cohen dans son livre Homo Economicus rappelle notamment que "la nouvelle classe moyenne en Inde atteint peut être 300 millions de personnes .Elle côtoie 700 millions de villageois vivant dans la pauvreté"..

Les BRICS sauront-ils mieux que d’autres, demain, éloigner les violences et trouver un équilibre entre croissance sociale et croissance économique dans le respect de la nature ? Les pays dits développés qui ont entaillé les conquêtes sociales, sauront-ils injecter le progrès social dans leur recherche de nouvelle croissance ? Les pays en voie de développement vont-ils donner raison aux espoirs évoqués par le PNUD ? Autant d’interrogations qui soulignent combien la question sociale est plus que jamais centrale. La vraie modernité sera dans cette capacité des citoyens eux-mêmes et de leurs représentants, à y répondre. Le temps presse.


Poster un nouveau commentaire
Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.