Des économistes canadiens mettent le feu à Keynes

Le 27 mai 2009, par Emmanuel Lemieux

Depuis février dernier, des économistes libertariens font circuler une « pétition anti-stimulus », protestant contre les tentatives de relances keynésiennes des économies mondiales endommagées.

Qu’est ce qu’un anarcho-capitaliste ? Éléments de réponse avec le plus emblématique d’entre-eux, l’intellectuel québécois Pierre Lemieux.

#Arnacho-capitalisme #Pétition anti-stimulus #Pierre Lemieux #Port d’armes à feu
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Gérard Cambon pour L’Agence Idea

Détail croustillant : c’est Edith Cresson, ancienne première ministre de François Mitterrand, et présidente du jury, qui lui a remis le 22e prix Turgot au Sénat, le 5 mars dernier, honorant ainsi le meilleur essayiste francophone d’économie financière de l’année. Les théories de Pierre Lemieux séduisent les libéraux français, mais à la manière d’un glamour canaille qu’ils ne s’avisent jamais eux de franchir. Et pour cause. Sur le papier, c’est un aimable sexagénaire québecquois, chercheur au think tank californien « The Independent institute » et professeur associé à l’Université du Québec en Ouatais, chroniqueur et essayiste franco-anglais prolifique. Pierre Lemieux c’est le diable. Celui du souffre libertarien : l’Etat le moins possible, l’individu autonome. Les Français l’invitent volontiers pour des conférences, comme en octobre 2008, en plein marasme financier mondialisé, à l’Institut Turgot ou Molinari, ou le font écrire de temps à autre dans les pages du Figaro économie.

Même s’il se définit avant tout comme un « théoricien », il ne force pas sa nature pour passer à l’acte. Théoricien de la souveraineté de l’individu, Pierre Lemieux estime que les Etats-Unis, que ce soit sous Bush ou Obama, est une hyper-bureaucratie. Que le droit de porter des armes police mieux que tout la société. Qu’il faut lutter contre « le fascisme sanitaire » et l’interdiction de fumer.

A t-il mis son gilet pare-balles ? A t-il emporté son fusil avec lui en voyage ? Et ses cartouches de cigarettes, les fumera t-il malgré tout, dans un café et malgré la tyrannie des bien-pensants protectionnistes ? L’auteur du touffu Comprendre l’économie ou comment les économistes pensent (Les Belles Lettres), vous attend patelin au sous-sol de sa maison d’édition française. En ces temps de krach financier et de lézardes dans tout l’édifice mondial, cet économiste constitue une étrangeté théorique, voire une provocation vivante.

Le militant libéral du port d’armes

Il est l’un des plus brillants théoriciens mondiaux de « l’anarcho-capitalisme ». Son « Que sais-je ? » en France, bien dans les années 1980, constitua un petit best-seller et qu’il propose désormais en téléchargement libre. Son opuscule, aujourd’hui compliqué à trouver, même en ligne, Le droit de porter des armes (1993) déclencha son petit effet de scandale. Mais plus encore au Canada. Le 26 et 27 mai, le théoricien québecquois du port d’armes libre portera le fer lors d’un procès au palais de Justice de Saint-Laurier, près de son petit village de Lac-Sagay, face à l’hydre étatique incarné en l’espèce par le fonctionnaire contrôleur des armes à feu local. Au passage il s’en prend sur son blog aux bureaucrates de la poste qui n’ont pas daigné diffuser en temps et en heure auprès de ses concitoyens, une lettre expliquant le fond du procès d’un honnête « coureur des bois » comme il se désigne dans la tradition des ancêtres libres tireurs. Pierre Lemieux a refusé de répondre à des questions jugées intrusives, lors du renouvellement de son permis, et attaqué l’Etat en déclarant ce questionnaire anti-constitutionnel, et refusant de restituer son arsenal. Le procès promet d’être homérique, avec tout le gratin anglo-saxon des économistes libertariens à la barre.

« L’idée reçue par excellence veut que la simple disponibilité des armes – et, a fortiori, la reconnaissance du droit de porter des armes – soit un facteur causal, une condition nécessaire, de la criminalité violente. Or, cette corrélation entre crime et disponibilité des armes est bien difficile à trouver » martèle t-il depuis les années 1990. Bref, à écouter l’économiste, « la criminalité violente aux États-Unis était faible quand les armes étaient plus accessibles il y a un demi-siècle. » Les Colombine et les mass-murders des campus sont à mettre sur le compte d’un affaissement généralisé de la morale. Tout est de la même eau libertarienne avec Pierre Lemieux.

L’auto-régulateur anti-kéynésien

L’universitaire pamphlétaire est également en bisbille avec l’Etat canadien, et ses polices de la pensée pour ce qui concerne le droit de fûmer. Le reste n’a pas beaucoup d’importance pour un anarcho-capitaliste. La crise économique, et ses effets dominos sur les sociétés humaines, ne le bouleversent pas plus que ça.
Ce qui l’agacerait plutôt, c’est depuis le début du cataclysme, le comportement américain, à commencer par ce maudit plan Paulson « Chez vous, de Marianne au Figaro, on prétend que cette crise financière est une crise du capitalisme. Que Les USA arrêtent avec leur socialisme à visage humain ! », assène t-il. Que le système s’écroule et se refasse, voilà la clé pour un anarcho-capitaliste. Avec un groupe d’économistes canadiens, il a lancé une pétition en février, drôlement intitulée « pétition anti-stimulus », pestant contre les relances keynésiennes observées un peu partout dans le monde, et à leurs yeux, absolument contre-productives. « De toute façon, ne comptez pas sur moi pour donner une solution à ce qui a été rendu inextricable par des interventions étatistes massives avant, pendant et probablement après la crise », repousse t-il d’une main lasse. Il consent tout de même à détailler ce qui est pour lui une crise d’Etat : « C’est la crise d’un marché immobilier très réglementé par l’Etat qui a tout déclenché. Avant la crise, 50% des hypothèques résidentielles étaient détenus par deux sociétés d’Etat, créé par Roosevelt en 1938, puis le Congrès américain en1970, où les investisseurs privés pouvaient acheter des titres, garantis par l’Etat. Alors pourquoi se gêner ? Et d’ailleurs, pourquoi prêter à des ménages qui n’ont pas les moyens, mais qu’encouragent les politiques ?

Rendre facile l’accès à la propriété comme les retraites publiques et l’assurance maladie : On a fait miroiter de la sécurité, des biens et des maisons aux gens qui n’en avaient pas les moyens. Résultat : On a un marché mi-capitaliste mi-socialiste. Le qualificatif s’applique au capitalisme du monde entier. C’est loufoque. Il n’y a rien de néo-capitaliste ni de néo-libéralisme là dedans, quoique en dise les gauchistes du Gardian. Sarkozy, lui, a parlé de « réguler » le capitalisme mondial, il voulait dire réglementer. »

Dans son essai remarqué par les Français, Pierre Lemieux estime que l’économie n’a rien à voir avec l’argent, mais plutôt avec la stratégie individuelle reposant sur la recherche d’une satisfaction au maximum. « Toute chose, toute action comporte un coût parce qu’elle exige de sacrifier autre chose. L’individu pose des choix dans le but d’améliorer sa condition en fonction de ses propres références et des contraintes auxquelles il est confronté. », défend t-il. A cette aune, le professeur Lemieux adore se payer de provocation et de théorie iconoclaste.



Par Pierre Lemieuxle 31 mai 2009

Il y a, dans ce papier, des erreurs factuelles qu’il serait trop long de relever.

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    Par Arnaudle 2 juin 2009

    Bonjour,

    Quels sont les points sur lesquels nous devrions apporter des corrections ?

    Cordialement,

    Arnaud


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