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Dico addict

jeudi 15 mars 2012, par Vanessa Postec

Il est interdit de consommer de la drogue, mais pas d’en parler : on en profite et on lit l’excellent Drogues Store du journaliste Arnaud Aubron

Une écrasante majorité d’hommes le reconnaît : il n’est pas besoin de savoir cuisiner pour aimer bien manger. En extrapolant, et à la condition de prendre le problème à rebrousse-poil, on affirmera sans grand risque d’erreur qu’il n’est pas nécessaire d’être consommateur de drogues pour s’intéresser au sujet. Ce qui tombe plutôt très bien : Drogues Store, « dico rock » signé Arnaud Aubron –un ancien de Libé, cofondateur du site Rue89, et désormais rédac’ chef des Inrocks-, paraît ces jours-ci chez Don Quichotte.

D’Abstinence à Zoo (on vous laisse découvrir pourquoi), de reportages en fouilles quasi archéologiques, d’anecdotes en témoignages, Arnaud Aubron tire le portrait (géo)politique, scientifique, historique, social et littéraire, de la drogue –ou des drogues, plutôt, tant cette notion est protéiforme et mouvante-, de ceux qui la consomment, de ceux qui en vivent et de ceux qui la combattent.
Bien évidemment, il y a là à boire, à manger et à fumer, du plus amusant –on apprend ainsi que hors le gratin dauphinois, la noix de muscade est un hallucinogène ultra-puissant-, au plus stupéfiant (sic), ainsi l’opération Midnight and Climax, menée entre 1954 et 1963 par la CIA, dans le cadre de recherches sur la manipulation mentale, et qui consistait à droguer à leur insu au LSD les clients de prostituées recrutées pour l’occasion. « Son but : « observer le comportement de personnes non volontaires questionnées après avoir pris une drogue. » » En passant, par exemple, par le plus exotique narcocorrido, « sorte de gangsta rap folklorique à la sauce mexicaine » qui loue les exploits des trafiquants du coin... avant qu’un membre d’une bande rivale ne vienne dézinguer le chanteur.

« Qui sait si l’abus du chocolat n’est pas entré pour quelque chose dans l’avilissement de la Nation espagnole »

Et encore, à découvrir en vrac : la délicate question des salles de shoot ; la mise en place de traitements de substitution ; l’enthousiasme de Freud (mais il n’est pas le seul) devant la cocaïne ; les cures de belladone pour traiter l’alcoolisme ; la pratique du plugging qui consiste, chose étrange, à s’introduire, façon lavement, de la drogue dans un orifice pas exactement prévu à cet effet ; le petit commerce hautement lucratif de la France qui, pendant des décennies, a vendu des tonnes d’opium dans ses colonies d’Asie ; et, à quelques semaines des cloches pascales, le chocolat, à propos duquel Balzac, dans son Traité des excitants modernes, s’interrogeait : « Qui sait si l’abus du chocolat n’est pas entré pour quelque chose dans l’avilissement de la Nation espagnole, qui, au moment de la découverte du chocolat, allait recommencer l’Empire romain ».

Les amateurs regrettent bien un peu qu’il ne soit pas imprimé sur papier bible, mais c’est à peu près le seul reproche que l’on peut faire à ce dictionnaire sous influence, ultra documenté, fouillé et bien foutu, complété par une dernière partie joliment intitulée « Pour la descente » et qui, entre autres choses, compile le meilleur du pire. Ainsi cette perle du Commandant Cousteau cité dans Libération du 8 avril 1996 : « Le cannabis est un des plus anciens stupéfiants utilisés par certains peuples, dont beaucoup présentent des signes évidents de dégénérescence. » Même les mérous sont hilares.


Repères :

Drogues Store d’Arnaud Aubron, Ed. Don Quichotte (Paris), 400 p., 19,90 € (parution : mars 2012)
www.donquichotte-editions.com


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