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Algérie

Djamila Bouhired, l’icône oubliée de la Guerre d’Algérie

dimanche 14 février 2010, par Emmanuel Lemieux

Emblématique de la lutte du FLN dans la guerre d’indépendance de l’Algérie, elle est désormais tenue à distance par le gouvernement algérien, alors que celui-ci envisage un tribunal pénal pour les crimes de guerre de la colonisation française.

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Djamila Bouhired (source : El Watan, janvier 2009).

« Il ne m’est jamais venu à l’esprit de compléter mes revenus par des apports frauduleux qui, malheureusement, sont très fréquents dans mon pays », a écrit Djamila Bouhired, en décembre 2009, dans une lettre ouverte au président Abdelaziz Bouteflika, publiée par El Watan.

Dans les années 1950, la jeune combattante d’origine berbère faisait partie du "réseau bombes" du FLN (Front de Libération National). Elle fut capturée par les parachutistes français en 1957, puis torturée, jugée et condamnée à mort.
Avec "La Question" de Henri Alleg, le livre de son avocat anticolonialiste Jacques Vergès et de l’écrivain Georges Arnaud (1917-1987), "Pour Djamila Bouhired" (Minuit) fait partie des classiques désormais des livres militants de l’époque. Elle est même devenue une héroïne de cinéma, avec le film "Djamilah" (1958) du cinéaste égyptien Youssef Chahine. Une active campagne d’opinion en 1962, menée par J. Vergès, conduisit à la grâce et à la libération de la condamnée à mort.
Dans les années 1970, D. Bouhired, qui épousa son avocat et eût deux enfants avec lui, animait le magazine "Révolution africaine" créé par J. Vergès qui militait pour l’exportation de la révolution algérienne. Mais depuis une quarantaine d’années, les nouvelles élites du pays indépendant et de la rente pétrolière se sont détournées de cette iconographie là.

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L’avocat anticolonialiste Jacques Vergès a obtenu la grâce de Djamila Bouhired en 1962 et l’a épousé.

Un lâchage édifiant : La femme de fer qui va aujourd’hui sur ses 75 ans, fait désormais état publiquement de ses problèmes de santé et de ses dettes chez son boucher et à la supérette de son quartier. Même si elle s’en défend, D. Bouhired est devenue la porte-parole de nombreux anciens combattants du FLN, eux aussi, tombés dans une vieillesse très précarisée.
Depuis la publication de sa lettre en décembre, les ministères de la Solidarité nationale et de la Santé se renvoient la patate chaude, affirmant ne pas comprendre la colère de D. Bouhired.

Un tribunal pénal pour la colonisation française, 48 ans après l’indépendance de l’Algérie

Alors que le pays, où 60% de ses habitants ont moins de 30 ans, oublie ses icônes, 125 députés de la majorité du président Bouteflika réclament une loi criminalisant la colonisation française, et demandant les réparations morales et financières, au cas par cas, des victimes.
Quarante-huit ans après son indépendance, l’Algérie souhaiterait ainsi la création d’une cour pénale spécialisée dans les crimes de guerre. Le président Bouteflika, lui même, a déjà émis le souhait de créer un « front composé d’anciennes colonies françaises », mais pour l’instant n’a pas convaincu. En novembre 2007, le ministre des Anciens combattants, Mohamed-Chérif Abbas, avait attribué l’élection du président français « au lobby juif », et comparé la France « à l’Allemagne nazie ».

Coïncidence et rideau de fumée ? Ce durcissement jugé "incompréhensible" par le gouvernement français se fait alors que des affaires de corruption monstre atteignent depuis le début de l’année, des dirigeants de Sonatrach (gaz et pétrole algérien), ainsi que le secrétaire général du ministère des Travaux publics. Les fantômes de la guerre d’Algérie ne cessent de s’agiter dans un pays en "crise de lien national", selon l’expression de l’historien Benjamin Stora.


Repères :

Lettre publique de Djamila Bouhired

A Monsieur le Président d’une Algérie que j’ai voulue indépendante

Monsieur,

Je me permets d’attirer votre attention sur ma situation critique. Ma retraite et la petite pension de guerre que je perçois ne me permettent pas de vivre convenablement. D’ailleurs, mon épicier, mon boucher, ma supérette pourront témoigner des crédits qu’ils m’accordent. Il ne m’est jamais venu à l’esprit de compléter mes revenus par des apports frauduleux qui, malheureusement, sont très fréquents dans mon pays. Je sais que certains authentiques moudjahidine et moudjahidate sont dans la même situation, probablement plus critique. Je n’ai pas la prétention de les représenter ici, mais au poste où vous êtes, vous ne pouvez ni ne voulez connaître leur dénuement. Ces frères et soeurs, dont l’intégrité est connue, n’ont bénéficié d’aucun avantage. La somme qui leur serait allouée ne pourrait dépasser les honoraires généreux attribués aux députés et sénateurs, ainsi qu’à vous-même et à tous les alimentaires qui vous entourent. Ainsi, je vous demanderais de ne plus nous humilier et de revaloriser notre dérisoire pension de guerre afin de vivre dans un minimum de dignité le peu de temps qui nous reste à vivre. Avec mes sentiment patriotiques.

Djamila Bouhired

Le 9 décembre 2009


Par gummelle 13 décembre 2010 : Djamila Bouhired, l’icône oubliée de la Guerre d’Algérie

D´origine berbere ! C´est un peu vague, non ? vous ne trouvez pas ??? elle est originaire d´El Aouana(Jijel), plus exactement de beni sekfal sur les hauteurs de la commune.


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