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Djokhar Tsarnaev : quand Marie-Claire Pissecopie devient Jean-Paul Sartre

vendredi 12 juillet 2013, par Philippe-Joseph Salazar

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Jadis, quand les intellectuels français avaient des cojones, et faisaient autre chose que de la prestation télé, ils prenaient la défense des faibles se battant contre les forts : Sartre annonçant, au dam de Fidel Castro, que les homos étaient les juifs de Cuba ; Genet prenant la défense des Black Panthers et des Palestiniens ; Michel Foucault montant au créneau pour les prisonniers. Mais désormais, comme Debray et Badiou pontifiant par polis poncifs telles deux vieilles dames jadis indignes et désormais servant leur thé incolore à la télé, ou BHL qui partage avec BHV de vendre tout et rien à des prix défiant toute concurrence, les intellectuels français sont silencieux devant le sort du jeune Djokhar Tsarnaev.

La bonne nouvelle pour les bacheliers qui viennent tous, ou presque, de réussir leur bac en pissant une copie de philo dont le seul objet est de défendre la profession et non pas la Philosophie qui est l’art d’ouvrir les questions et non pas de les claquemurer dans thèse-antithèse-foutaise, eh bien the breaking news est que Marie-Claire a pris le relais de Sartre. Marie-Claire ou le nouveau Discours de la Méthode.

Pour ceux qui pensent que je suis vulgaire en écrivant « pisser une copie » je leur rappelle que la première docteure Doctrix et Magistra en philosophie de Venise, et en Europe adonc, fut une dame Elena Piscopia qui reçu en 1678 l’anneau, le camail et les lauriers de Virgo Doctissima (dois-je traduire, les bacheliers ?). Marie-Claire est notre dame Piscopia.

De fait je ne vois que Marie-Claire pour poser la bonne question : « Pourquoi Djokhar Tsarnaev plaide-t-il non coupable » (Pourquoi Djokhar Tsarnaev plaide-t-il non coupable) ? Maria-Clara Piscopia ouvre la question (donc « philosophe ») mais la referme aussitôt en passant par un argument juridique et en consultant un avocat au nom prédestiné de Soffer (scribe, en hébreu, un procédurier donc). Toujours très dangereux un tel recours à la rhétorique judiciaire : un avocat raisonne dans les limites de la procédure, la philo elle questionne la procédure, voilà pourquoi il existe une erreur dite judiciaire (quand la procédure gêne l’extraction du vrai ou profit du vraisemblable). L’avocat-scribe explique ainsi que le jeune homme a plaidé non coupable pour les morts de l’attentat de Boston qu’il a commis avec son frère pour échapper à la peine de mort ; car (procédure, procédure…) par une plaidoirie de non-culpabilité il rejette sur le procureur la charge d’apporter les preuves de sa culpabilité – et là c’est la bonde procédurière américaine qui saute et les flots du soap télévisuel qui arriveront en déferlante. Je vous laisse réfléchir sur le système procédurier donc archaïque du colosse aux pieds d’argile alias les EUA dont Alexis de Tocqueville disait que la profession d’avocat était le plus efficace contrepoids contre les excès de la démocratie – dieux merci ! il n’est plus là pour raconter de telles sottises (lui, Lafayette, avec un jour Michel Polnareff, sont les deux vaches sacrées de l’Eternelle Amitié Franco-Américaine).

Maria-Clara Piscopia pose donc la bonne question, comme Sartre (par approbation du geste existentiel anti-Etat) et Genet (par désir envers les jeunes gens beaux et brutaux) et Foucault (fidèle à son idée que la politique est la guerre poursuivie par d’autres moyens), et pose immédiatement les scellés de la réponse de Monsieur Soffer le scribe new-yorkais.

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Le magazine des ados américains, Rolling Stones en fait une idole.

J’ai mentionné Genet et s’il faut citer une autre intervention médiatique en faveur de « poser la question de la culpabilité » on la trouvera sur les réseaux dits sociaux, en particulier sur Les nouvelles aujourd’hui (Support pours in for Dzhokhar Tsarnaev on social media) qui a recensé ce qu’on en dit. Le thème de fond est celui-ci (en français googletraduc) : « ‘Il s’agit de la fantaisie juvénile, et rien de plus’, a déclaré psychiatre légiste Dr. Park Dietz, un témoin expert dans un certain nombre d’affaires criminelles de grande envergure aux États-Unis. La probabilité d’un meurtrier présumé de devenir l’objet d’une telle attention “dépend de deux choses : comment est-il célèbre et comment est-il mignon … donc si il est célèbre et assez mignon, il peut attirer beaucoup d’imagination”, at-il dit ». Nous sommes là au niveau Genet facebook : célèbre + mignon = ???... égal quoi en fait ? En fait rien, sauf qu’on le trouve joli garçon. Je subodore que Maria-Clara Piscopia a été elle aussi charmée par les appas du bel assassin et a recouvert du voile pudique de la procédure un intérêt people. De fait, il a la beauté qui convient à ce geste qui, s’il était du bon côté, celui d’une Résistance par exemple, on eût nommé un « geste héroïque » (L’héroïsme de Djokhar Tsarnaev ?.

Reste donc la question posée par Marie-Claire, successeur de Sartre & Cie : est-il coupable ? Vous remarquerez qu’il se contente de répondre à chaque chef d’accusation, « non coupable ». Dans le relatif et dans l’absolu il est non-coupable. Dans le relatif : si les Etats-Unis sont en guerre avec le Terrorisme, et si sur ordre du Nobel de la Paix M. Obama, le président ventriloque, ils frappent à coups de drone, internent, capturent et torturent (ce qui est « de bonne guerre » dans le genre relatif), un terroriste est un combattant et donc il n’est coupable de rien, sauf d’avoir fait moins bien que prévu. Dans l’absolu : un Musulman n’a pas à reconnaître la validité d’une procédure et d’un code pénal for the people, by the people, par des infidèles pour des infidèles.

Pour conclure et expliquer cette double règle du relatif et de l’absolu, et prendre en philosophe sceptique le sort de Djokhar Tsarnaev au sérieux, je cite ce que le grand Al Ghazali nomme, dans son grand traité de rhétorique morale, La balance juste (ch. XVI), « la règle du Diable » : « Le vrai est dans l’un et le faux dans le multiple ; c’est la règle du diable. Le diable rend les règles équivoques en multipliant les paroles et en les embrouillant pour qu’on ne puisse pas le voir ».

En déclarant, laconiquement, « non coupable », Tsarnaev édicte la règle juste de l’un et abandonne au diable les centaines de témoins, les plaidoiries, les embrouillaminis qui caractérisent les paroles du diable. Si seulement la justice américaine comprenait cela … mais, depuis Tocqueville la procédure et son industrie, le veau d’or juridique, sont là à s’engraisser. Le procès promet. Les EUA ont perdu d’avance.


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