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Du noir, du blanc : un chouette Noël américain

jeudi 22 décembre 2011, par Vanessa Postec

Un livre à s’acheter, à voler, et à offrir pour les fêtes.

Vous les entendez, les grelots accrochés au cul du traîneau ? Bien. La hotte n’est pas encore tout à fait pleine ? C’est encore mieux. Avec un peu de chance -car l’espèce, à défaut d’être protégée, n’assure plus le renouvellement des générations-, il devrait se trouver un libraire, de préférence indépendant, dans vos relations, un de ceux capables de vous procurer un exemplaire des Péchés de nos pères en un temps record. C’est le cadeau idéal, tout-en-un, pensé pour la frangine qui aime les histoires d’amour, pour le cousin qui ne jure que par les polars, pour le bon pote qui donne dans le document social, et pour grand-papa qui ne conçoit le roman qu’historique. Et puis au passage, vous en ajouterez un de plus pour la tata qui aime les bons bouquins, tout simplement…

Elu «  meilleur livre de l’année » (2008) par le Los Angeles Times, Les péchés de nos pères, troisième titre à paraître en France (après Fugues et En des cités désertes, tous deux chez Denoël) de Lewis Shiner, romancier américain au parcours qui colle à la fonction -ouvrier dans le bâtiment, musicien de rock et informaticien-, est une fresque qui emprunte à quasiment tous les genres connus, la réalité itou.

Voir. Dans les années 2000, lorsque Michael Cooper, un trentenaire dessinateur de bandes dessinées, débarque à Durham, Caroline du Nord, pour accompagner son père mourant, il sent bien que quelque chose cloche. De cette ville, où ses parents résidaient avant sa naissance, il ne connaît pas grand chose, ce qui ne tombe finalement pas si mal, puisqu’en quelques décennies elle bien changé : Hayti, son quartier noir, a été détruit, toute une culture a été étouffée, et une autoroute s’en est venue bétonner le paysage.

Michael pourrait s’en moquer. Il est blanc, sa mère est issue d’une famille ultra-conservatrice de la région, et son père, ingénieur, a participé à la destruction du « ghetto ». Mais Michael est intrigué : par le mutisme de son père, muré dans ses secrets, par le mystère qui entoure sa propre naissance, par des symboles vaudous entre-aperçus sur le clocher d’une église… Dans la vraie vie -celle de tous les jours de tout un chacun-, Michael aurait sans doute rangé ses questions dans son sac à dos et repris la planche à dessin, mais le jeune homme vit dans un roman, et dans un roman, on mène l’enquête.

Prétexte, mais pas seulement, puisque elle est parfaitement orchestrée, à une plongée (en apnée, l’oxygène n’est pas fournie) dans l’Amérique des années 1960, l’intrigue policière sert de cadre aux destins croisés de deux générations en butte au racisme, à leurs amours contrariées, et à leurs illusions perdues. On y croise, sur fond de jazz, Barrett Howard, un formidable personnage d’activiste : «  L’autre chose qu’on fait, quand on est noir et qu’on a un diplôme de sociologie, c’est qu’on a une opinion sur les choses. C’est le problème avec l’éducation. Vous finissez par estimer que votre opinion a plus de valeur que celle d’un pauvre imbécile ignorant.  »

« Il y a le mensonge sur lequel l’Amérique s’est bâtie, le mensonge qui dit que tous les hommes sont égaux. »

Mais aussi une poignée de politiciens (du genre à faire passer la famille Bush pour une lignée de dangereux communistes) prêts à beaucoup, sinon à presque tout en réaction à l’abolition des lois Jim Crow -qui instauraient la ségrégation dans la plupart des écoles et des services publics des Etats du Sud-, des lobbies, de la corruption, et puis des cérémonies vaudou, des rêves de grandeur, des rêves américains d’autoroutes qui quadrillent le pays-continent, des espoirs de développement économique express, et de biens enfin partagés.

«  D’un côté, il y a le mensonge sur lequel l’Amérique s’est bâtie, le mensonge qui dit que tous les hommes sont égaux, que l’individu est sacré, qu’on ne doit pas écraser les autres. Derrière ce mensonge, il y a l’homme riche, l’homme puissant, l’homme avide. Et de l’autre côté, il y a le fait que quand les pauvres, les Noirs, les parias s’unissent, aucune force sur Terre ne peut les arrêter. » Nous y sommes, la prédiction de Barrett Howard s’est réalisée : en 2011, Barack Obama fait lui-même ses achats (de Noël ?) en librairie…


Repères :

Les péchés de nos pères, de Lewis Shiner, Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fabrice Pointeau, Ed. Sonatine, 450 p., 21 € (parution : novembre 2011)
www.sonatine-editions.fr


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