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Élections à l’iranienne

Un simple silence de M. Ahamadinejad, une pause dans ses attaques verbales, sera considéré comme une amélioration des relations avec l’Occident.

dimanche 14 juin 2009, par Laurent Péters


Les résultats des élections iraniennes à l’heure où nous écrivons (13 juin, 19h30) donnent M. Ahmadinejad en tête des élections iraniennes avec 62,6% des voix selon le ministère de l’intérieur iranien (33,75% pour M Moussavi sont principal opposant — 38 millions de bulletins dépouillés, participation > 70% selon les estimations).

Surprise pour les lecteurs occidentaux des articles sur « la vague verte » de M. Moussavi. [toute ressemblance avec le scrutin européen en France serait purement fortuite].
Comment expliquer un tel décalage entre le ressenti de la presse et le résultat des urnes ? On peut supposer des fraudes, bien sûr, comme le clament M. Moussavi et ses soutiens. Un autre facteur est prépondérant : la structure de la République Islamique et les enseignements du passé.

Le régime inventé par M. Khomeyni est un outil de gouvernance puissant. Le système est verrouillé au service du successeur de l’Imam. Le Guide Suprême peut contrôler les politiques de ses présidents tel M. Khatami ou M. Ahmadinejad. Les qualificatifs « durs » ou « réformateurs » semblent être des produits réservés à l’export. Un exemple : M. Rafsandjani, élu en juillet 1989 et réélu ensuite, était qualifié de « pragmatique ». Il est aujourd’hui Président de L’assemblée des experts (86 religieux), seule habilitée à révoquer le Guide Suprême : l’assemblée n’a jamais fait ce choix.
Les élections iraniennes ne se déroulent pas seulement dans les quartiers Nord favorisés de Téhéran ni dans quelques villes. Au-delà de la fraude, en Iran ne se présentent que les « réformateurs » autorisés. Le Conseil des gardiens avait retenu quatre candidats sur les 475 postulants.

Outre les religieux au pouvoir, le Bazar, l’économie réelle de l’Iran par laquelle passe tout ce qui s’achète et se vend est un acteur puissant sur la scène politique intérieure. Un exemple, les banques parallèles permettant les transferts de devises étrangères vivent de l’isolement du pays, de l’absence d’une connexion au système bancaire international. Cette économie existe avec l’embargo et se révèle très prospère pour une partie de la population. Pour ces réseaux comme pour les tenants du pouvoirs politique — ils sont parfois très proche — l’ouverture de l’Iran vaudrait faillite ou perte lourde. Le sort est ironique car au milieu des difficultés économiques nationales, l’Iran isolé du marché mondial a été largement épargné par la crise financière.

Tensions afghano-pakistanaises

Les Iraniens ont vu leur pays s’imposer comme acteur incontournable en Irak face aux américains. Trois coups en un pour le régime : l’Irak de Saddam abattu — l’ancien ennemi de 8 années de guerre et de centaines de milliers de victimes —, une majorité chiite renforcée dans la région et des Américains belliqueux (sous Bush) ayant trop à faire pour envisager sérieusement d’ouvrir un nouveau front en Iran.

Notons tout de même la menace sunnite de l’Afpak (Afghanistan et Pakistan) sur l’Iran avec des tensions et une série d’attentats au Balouchistân ces dernières semaines.
Enfin, une République Islamique gouvernée par M. Moussavi aurait été encore plus attendue à la table des négociations pour parler du nucléaire. Sur le sujet, personne en Iran ne souhaite renoncer au projet, surtout pas le Guide Suprême. En ce qui concerne M. Ahmadinejad, un simple silence de sa part, une pause dans les attaques verbales, sera considéré comme une amélioration des relations avec l’occident.

Un système verrouillé, des intérêts bien compris et un art consommé de la propagande iranienne sont quelques unes des raisons de notre « surprise » occidentale devant le résultat de ces élections.


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