Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama



Modifier l’écologie

vendredi 9 juillet 2010, par Rémi Sussan

Le péril climatique nous guette ? Changeons de système terrestre !

JPEG - 14.5 ko
(Source DR-Le Figaro)

Et si la planète était encore plus menacée qu’on ne le pense ? Et si les mesures actuelles envisagées contre le réchauffement climatique (réduction des émissions, taxe carbone, green design…) n’étaient qu’emplâtres sur une jambe de bois ? Le fait est qu’il y a souvent une distance entre le discours volontiers alarmiste (et probablement avec raison) des penseurs écologistes et la relative modération des solutions proposées. Face à l’urgence de résoudre le problème climatique, une solution « taboue » commence à avoir de nouveau droit de cité : la géo-ingénierie.

Qu’envisagent donc les adeptes de cette discipline ? La modification voulue et systématique du système écologique terrestre, tout simplement. On comprend que cela fasse grincer des dents ! Car une erreur sur une entreprise de cette ampleur pourrait bien nous être fatale à tous. Imaginez les débats et les peurs liées aux OGM, au nucléaire, à la nanotechnologie, à la modification du vivant… mélangez-les et multipliez par 10 : vous aurez peut-être une légère approximation de l’inquiétude que suscite le débat qui s’amorce autour de la géo-ingénierie.

Dernier « converti » en date, non sans une certaine réticence : le futurologue Jamais Cascio convaincu par la cause écologiste et connu pour sa participation à des projets comme Worldchanging et auteur d’une collection d’essais sur le sujet baptisée Hacking the Earth.

Dans un récent article pour le Wall Street Journal, il explique : « Si nous voulons éviter un désastre climatique, il va falloir que nous adoptions une action plus directe. Nous devons commencer à penser à refroidir la planète. »
La géo-ingénierie est passée du statut d’idée marginale à celui de sujet de débats intenses dans les coulisses du pouvoir. « Soyons clairs : la géo-ingénierie ne résoudra pas le réchauffement global, soutient le futurologue. Ce n’est pas une “solution technique”. Elle pourrait s’avérer très risquée et amènerait certainement de nombreuses conséquences imprévues et problématiques. […] Mais la géo-ingénierie pourrait aussi ralentir la montée des températures, repousser l’avènement de points de non-retour comme la fonte catastrophique des glaces du pôle et nous donner du temps pour laisser à nos économies et nos sociétés le temps d’effectuer les transformations nécessaires pour mettre fin au désastre climatique. »

Cascio n’est pas le seul à se ranger aujourd’hui du côté des « géo-ingénieurs ». D’autres, comme James Lovelock, créateur de la fameuse hypothèse Gaïa et célèbre pour ses prédictions terrifiantes sur le futur du climat vont dans le même sens : « Je suis totalement d’accord avec l’idée que nous avons besoin d’un “plan B” dans lequel une stratégie de géo-ingénierie est mise en place parallèlement aux moyens de réduire le CO2 », explique Lovelock à The Independant. « Le changement climatique est un problème du système terrestre tout entier et je pense que l’ONU n’est pas une institution capable de l’organiser et le gérer. »

Le sujet est devenu encore plus sérieux en ce mois de septembre 2009, lorsque la Royal Society a publié son rapport sur les techniques de géo-ingénierie. Ce document, au contenu très complet, présente les avantages et inconvénients de manière glacialement neutre. Ce qui risque de le rendre plutôt impopulaire : « C’est un excellent rapport », écrit à son sujet Richard Jones, professeur de physique à l’université de Sheffied, sur son blog, « mais en jugeant la façon dont il a été reçu dans les médias, il court le danger de ne plaire à personne. Les environnementalistes qui considèrent toute discussion sur la géo-ingénierie comme un blasphème seront consternés de voir le concept gagner en popularité. […] Les techno-optimistes, au contraire, s’agaceront des réserves très sérieuses qu’émet le rapport. Le plus fort argument du rapport en faveur de la géo-ingénierie consiste à affirmer que nous pouvons le concevoir comme un plan B, une police d’assurance au cas où de véritables réductions du CO2 s’avéreraient impossibles. »

Le plan B pour sauver la terre

Plan B : c’est le terme fréquemment utilisé pour designer la géo-ingénierie. (c’est d’ailleurs le titre d’un article de Slate paru également dans sa version française).
Curieusement, la géo-ingénierie semble attirer les deux camps opposés sur l’échiquier écologique. Si des Cascio ou des Lovelock insistent sur l’urgence de la situation et la nécessité de tout faire pour arranger les choses au prix de gros risques, d’autres comme Bjorn Lomborg y voient plutôt une raison de ne pas trop s’en faire. Bjorn Lomborg est le très contesté auteur de L’Écologiste sceptique, préfacé par son alter ego Claude Allègre dans la version française.
Dans un article pour la revue économique Forbes, ce théoricien analyse : « Le coût estimé des actions permettant d’éviter une montée de deux degrés d’ici 2100 serait de 12,9 % du Produit national brut mondial, soit 40 mille milliards de dollars par an. En comparaison, gérer la montée globale de la température coûterait 3 mille milliards par an en 2100, ce qui est bien inférieur. » L’enthousiasme de Lomborg pour la géo-ingénierie tient au fait qu’il voit là un moyen d’éviter le coût et les efforts énormes nécessités par les stratégies actuellement envisagées pour réduire les émissions de CO2. Seulement 9 mille milliards de dollars, selon lui, pour mettre en œuvre la technologie des « gouttelettes »). C’est un point de vue très libéral qui, on l’a deviné, n’est pas du tout celui d’un Cascio, d’un Lovelock ou même celui des auteurs du rapport de la Royal Society.
Quand des gens qui se situent idéologiquement à 180° les uns des autres commencent à envisager la même solution, faut-il croire que son temps est venu ?


Poster un nouveau commentaire

idees numero 1

La revue papier.
Soutenez-nous, commandez-le
à votre libraire, faites-le connaître,
ou abonnez-vous en cliquant ici.

Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.