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Embrouilles et carambouilles politiques, le Pays du Matin calme dans la tourmente

jeudi 19 septembre 2013, par Arnaud Vojinovic

Si de l’extérieur la Corée du Sud se veut triomphante, il en est tout autre au niveau national. Aujourd’hui l’appareil démocratique est grippé, gangréné par les scandales auxquels sont associés les services de renseignements coréens, le NIS.

A la mi-juin l’inculpation de l’ancien directeur des services de renseignements, NIS, met en lumière l’ingérence de ces derniers pendant l’élection présidentielle au profit du camp conservateur. En effet lors de la campagne électorale une unité de soixante dix agents est chargée de mener sur internet une campagne de dénigrements contre le candidat de l’opposition. Même si la police a essayé d’enterrer les enquêtes préliminaires, l’affaire est connue par le public. La justice ne confirme ainsi que les soupçons. S’en suit pendant l’été une bataille parlementaire peu orthodoxe afin de nommer une commission pour enquêter sur les actions du NIS [1]. Le NIS au lieu de faire amende honorable contre-attaque faisant fuiter par le Chosun Ilbo [2], un journal conservateur, des retranscriptions des échanges lors du sommet intercoréen de 2007. Les propos tenus par l’ancien président Roh Moo-hyun, le ferait passer pour un pro-Nord coréen. Dans l’imbroglio politique qui s’en suit, il apparait que les retranscriptions du sommet ont disparu des archives nationales. L’incident est clos pour l’instant et la commission parlementaire commence son travail. Elle auditionne l’ancien chef du NIS ainsi que le chef de la police qui a tenté d’enterrer l’affaire. Les auditions tournent à la pantalonnade. Il semble que les deux principaux acteurs impliqués dans le scandale ont l’appui de la présidence et du pouvoir pour se montrer si irrévérencieux face à la commission. Les associations civiques et religieuses ne s’y trompent pas et appellent les citoyens à descendre dans la rue pour manifester. A 12 reprises au cours de l’été, les coréens organisent des veillées aux chandelles à travers le pays. Celle de Séoul se tient sur la place de la Mairie et est bientôt rejoint par un campement de fortune du Parti Démocrate qui ne veut pas réintégrer l’assemblée tant que la présidente Park Geun-hye ne s’excuse pas des agissements du NIS et n’accepte pas une réunion avec le leader de l’opposition (Park Geun-hye face à sa première crise majeure).

La situation semble bloquée et la rentrée parlementaire prévue le 2 septembre s’annonce chaotique. Le Parti démocrate avec 127 sièges sur 300 refuse de siéger et continue à occuper la rue.

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Malgré une forte mobilisation lors des veillées, les médias traditionnels commencent à peine à parler des manifestations. (source : Ohmynews).

Le 28 août, coup de théâtre ! Le NIS annonce que des membres d’une formation politique de gauche, le Parti Progressiste Unifié qui a 6 députés, dont son leader Lee Seok-ki appartiennent à une organisation secrète, l’Organisation révolutionnaire. Leur but serait de détruire des installations vitales en Corée du Sud pour préparer une invasion par la Corée du Nord. Neuf personnes sont arrêtées, accusées de complot et de trahison. Le NIS demande la levée de l’immunité parlementaire de Lee Seok-ki. Ce qui sera fait une semaine plus tard. Trahison et complot contre l’Etat ; la ficelle semble un peu grosse. Beaucoup soupçonnent une diversion du NIS pour éviter que l’on regarde de trop près ses activités. Lors de deux réunions du PPU en mai dernier, des échanges entre les participants enregistrés lors de l’un des six ateliers de travail, montreraient clairement les intentions hostiles de cette Organisation révolutionnaire [3]. De son côté la Corée du Nord habituée aux coups tordus du NIS et aux rhétoriques des gouvernements sud coréens, annonce qu’elle n’a rien à voir dans cette histoire et que si la Corée du Sud persiste à vouloir l’impliquer, cela remettrait en cause tout processus de normalisation entre les deux pays, dont à la clef une réunion des familles séparées et la réouverture du complexe industriel de Kaesong. Lee Seok-ki clame son innocence, l’Organisation révolutionnaire et ses 130 membres seraient une invention du NIS. Ces révélations et les arrestations ont lieu deux jours après que la présidente Park ait annoncé la nécessité de réformer le NIS. Les commentateurs politiques y voient la tentative de torpiller toute possibilité de réforme menée par l’Assemblée nationale en s’attaquant au maillon faible de l’opposition, le PPU.

Alors que justice suit son cours sur les ingérences du NIS, c’est au parquet de Séoul de rentrer dans la tourmente la semaine suivante. Toujours le Chosun Ilbo qui a souvent la primeur des dossiers croustillants des services secrets lance une accusation contre le procureur général du parquet de Séoul, parquet qui mène activement l’enquête sur les agissements du NIS lors du scrutin de la dernière élection présidentielle. Selon le quotidien, Chae Dong-wook aurait un fils illégitime né en 2002. C’est le scandale, l’éthique du procureur est mise en doute. Bien qu’il nie avoir eu un enfant hors mariage et que la mère affirme qu’il n’est pas la père, le procureur général est poussé à la démission par le Ministre de la Justice qui réclame une enquête sur l’éthique du procureur. Une première en Corée du Sud. Le Parti Démocrate, principale force d’opposition, y voit une tentative du gouvernement de reprendre la main sur l’enquête concernant le NIS. En réaction un autre procureur du parquet démissionne dans la foulée pour protester. Quarante procureurs toujours de Séoul publient une lettre commune demandant à Chae Dong-wook de renoncer à sa démission. Le parquet est entrain de s’entredéchirer, Chae Dong-wook demandant au parquet d’enquêter sur un autre procureur soupçonné d’avoir reçu le dossier d’une enquête secrète sur Chae Dong-wook, enquête impliquant encore une fois le NIS, au profit d’un des Ministères. Sentant le vent du désastre politico-judiciaire venir, la présidente Park Geun-hye préfère temporiser et ne pas valider la démission tant que toute la lumière ne sera pas faite sur l’affaire ; Chae Dong-wook est donc officiellement en congé.

Le Parti Démocrate campe depuis maintenant deux mois devant la Mairie de Séoul se refusant à réintégrer le parlement dont la session a débuté le 02 septembre dernier. Pour essayer de débloquer la situation la présidente Park Geung-hye accepte enfin de rencontrer le leader de l’opposition. La réunion d’une heure trente se tient le 16 septembre dernier, le chef du parti au pouvoir, le Saenuri, est aussi présent.

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La veille des vacances, la réunion de conciliation entre la présidente et le leader de l’opposition débouche sur une impasse.

Beaucoup est attendu de cette rencontre, pourtant Park Geung-hye rejette toutes les demandes du Parti Démocrate leur enjoignant de reprendre leur place au parlement afin de sortir de la crise politique dans laquelle est plongée le pays. C’est l’impasse. Le leader du Parti Démocrate est donc retourné sous sa tente sur la place de la Mairie de Séoul. Ses demandes restent inchangées :

Aujourd’hui 19 septembre, c’est Chuseok, la fête des moissons. Elle est une des fêtes majeures du calendrier lunaire coréen. Bénéficiant de 4 jours de vacances, 35 millions de coréens [4] ont pris la route pour aller voir leurs proches et honorer leurs ancêtres. Si un calme apparent est revenu sur la vie politique le temps de Chuseok, les retrouvailles en famille donnent traditionnellement lieu à d’intenses discussions politiques. A la reprise lundi, avec des partisans des deux camps chauffés à blanc pendant ce long congé familial, la crise risque de s’aggraver. Le NIS n’a t-il pas annoncé début septembre qu’il présenterait son propre plan de réforme après Chuseok ?


Repères :

A lire sur lesinfluences.fr :


[1Le NIS a 10 000 employés et bénéficierait d’un budget d’un milliard de dollars par an.

[2Le Chosun Ilbo est au journalisme ce que la boue est à la gastronomie. Le journal est à l’origine de l’histoire de la sextape qui amena, selon lui, aux pelotons d’exécution deux troupes de chanteurs nord coréens. L’histoire n’est à ce jour toujours pas confirmée.

[3L’atelier a traité des difficultés de survivre en temps de guerre. Fût abordé les 100 000 militants de gauche tués par les Sud coréens lors de la guerre de Corée. Un des participants proposa de s’armer et d’agir préventivement. Une idée qui fut immédiatement rejetée par le reste du groupe.

[435 millions sur 50 millions d’habitants


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