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Entre loup et chien

(Part.VI) Où l’Ours décrit le combat des cousins des siècles ensevelis.

mercredi 16 novembre 2016, par Pierre Pelot

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La harde chassée
Le plus à craindre n’étaient pas les hommes et leurs sales odeurs, mais les chiens, avec eux. Un peu après le lever du jour, les chiens avaient trouvé la voie de la meute et ils s’étaient lancés à sa poursuite. Contrairement aux loups, les chiens ne pouvaient s’empêcher d’aboyer, de gueuler tout ce qu’ils savaient, quand ils pistaient une trace de gibier. C’était leur manière, pour renseigner les hommes… et du même coup prévenir aussi le gibier.

Après avoir couru sans trop se tracasser pendant un moment, en direction de la rivière, la horde s’immobilisa parmi les feuilles craquantes et brunes que les rouilles d’automne avaient détachées des branches. En vérité, ce n’était pas une harde au véritable sens du terme, juste une grande famille : deux couples, un vieux mâle, deux autres mâles de l’années précédente et quatre louveteaux du printemps passé. Les petits ne semblaient pas se rendre compte de ce qui se passait réellement. C’était pour eux comme un grand jeu.

Puis, de nouveaux, les abois des chiens. Ses cousins des âges ensevelis.

Puis, de nouveaux, les abois des chiens. Un couple remonta la berge, avec deux des petits et les deux jeunes mâles. Le solitaire s’éloigna de quelques foulées, en direction de la forêt proche, comme s’il retournait au devant des chasseurs. Il grimpa sur un tronc pourrissant d’arbre tombé couvert de mousse, s’y assis.
Il attendit que l’autre couple eût traversé la rivière, les jeunes dans la gueule, et se mit à hurler pour provoquer et attirer les chiens. Ses cousins des âges ensevelis.

Mise à mort
Les abois rageurs la saoulaient. C’était comme une peur brute et brûlante qui cascadait autour d’elle. La louve se taisait. Le grognement avait fini de rouler dans sa gorge. Elle découvrait simplement les crocs, terribles, acérés, gluants de salive et sur lesquels s’étaient collés des brindilles d’herbe.

Derrière elle, pressés l’un contre l’autre dans le trou du rocher, les deux petits copiaient sur elle leur attitude défensive et silencieuse. Jamais encore leurs dents minuscules, pointues et néanmoins tranchantes, n’avaient donné un véritable coup pour tuer, pas plus que leurs griffes n’avaient frappé dans ce but. Jusqu’alors ils s’étaient contenté de jouer, ils avaient avalé la viande prémâchée par le loup ou la louve.

Et voilà qu’au bout de la course folle, qui n’était pas un jeu, la terreur incompréhensible se déversait sur eux, dans les roulements d’abois abattus de partout, sur la mère et sur leurs propres oreilles aplaties, crachés par la troupe des chiens.

Un des petits sortit du trou quand la louve s’élança. Elle reçut le choc et le poids du chien jaunâtre, roula avec lui sur le pré. Alors elle laissa jaillir de nouveau le grondement de colère et de peur mêlées tandis que ses mâchoires se refermaient sur le garrot du chien.
Le petit poussa un jappement pointu d’agressivité joyeuse. Il s’élança derrière sa mère et c’est alors que les fusils des hommes surgis tonnèrent les crachats lumineux de la mort.


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