Esther Benbassa interpelle Valérie Pécresse… qui lui répond

Le 11 juin 2009

Dans une lettre adressée à la ministre de la Recherche, Esther Benbassa, directrice d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, et un certain nombre d’intellectuels, soutiennent Vincent Geisser, chercheur au CNRS, qui doit passer devant le conseil de discipline après une opinion hostile exprimée dans un mail contre le fonctionnaire du même organisme chargé de la sécurité.
Par leur pétition, ils entendent défendre le principe de liberté d’expression de l’enseignant chercheur. La ministre leur a répondu.

#CNRS #Enseignant-chercheur #Esther Benbassa #Islam #Valérie Pécresse #Vincent Geisser
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Esther Benbassa (Darius pour L’Agence Idea)

Petit rappel des faits : depuis 1999, Vincent Geisser est chargé de recherche au CNRS (CR 1), affecté à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) à Aix-en-Provence. Il préside le Centre d’informations et d’études sur les migrations internationales (CIEMI). Son caractère bien trempé l’a mené à la publication en 2003 de La Nouvelle Islamophobie (La Decouverte), une thèse qui a rencontré près de 10 000 lecteurs, et lui a valu l’ire d’intellectuels comme Pierre-André Taguieff, et nombre de laïcs qui fustigent une trop grande proximité avec les musulmans fondamentalistes.

Depuis 2004, ses rapports professionnels se sont peu à peu envenimés avec le Fonctionnaire de Sécurité de Défense (FSD-Lire en rubrique Veille : « Joseph Illand a t-il harcelé Vincent Geisser ?), qui l’aurait empêché de mener à bien une étude ambitieuse sur l’apport des chercheurs maghrébins ou d’origine maghrébine dans la recherche française, guidé par une islamophobie.

A la faveur d’un mail de soutien à une allocataire de recherche du CNRS qui s’est vue licencier pour cause de port du voile, Vincent Geisser a comparé les méthodes du FSD à celles de ceux qui réprimaient les juifs et les Justes. Il est convoqué le 29 juin devant une commission de discipline de l’institution.

« L’un des motifs de cette convocation est le manquement à l’obligation de réserve qui s’impose aux fonctionnaires, explique Esther Benbassa, directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études, sur la chaire du judaïsme moderne, et par ailleurs responsable du Centre Alberto Benveniste d’études sépharades.

En tant que chercheurs, universitaires et intellectuels, nous n’avons évidemment pas à nous soumettre à une telle obligation. Cette entrave à notre liberté de pensée et d’expression pourrait être lourde de conséquences. »

Pour Esther Benbassa, le cas de Vincent Geisser est emblématique de la place instable faite à l’enseignant-chercheur ces derniers temps, notamment dans ces prises de parole et d’opinions, qu’elles soient circonscrites au lieu de travail, ou bien médiatisés dans des livres et des émissions publiques. « Ses collègues de laboratoire le soutiennent et ont fait une motion pour le faire savoir. Moi, en tant qu’enseignante-chercheur, je me sens directement touchée, poursuit Esther Benbassa.
L’annulation de ce conseil de discipline ferait jurisprudence en la matière.

J’ai réuni quelques collègues autour de moi et préparé un texte, pour le faire circuler, le faire signer par le plus grand nombre et le faire publier dans un quotidien. »
Les documents ci-dessous instruisent des conflits de mentalités à l’œuvre dans le monde de la recherche, notamment en sciences humaines, et dans son ministère de tutelle.



Repères :

texte-pétition : http://petition.liberteintellectuelle.net/

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Document posté par le Comité de soutien de Vincent Geisser

Lettre ouverte à Mme Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

L’influence des savants et des intellectuels est certes quelque peu en déclin dans notre nouveau modèle de société. Chercheurs, universitaires et intellectuels n’en continuent pas moins de creuser leur sillon, faisant fi du bruit et de la fureur extérieurs. Ce qui ne signifie pas qu’ils vivent dans des bulles hors du monde. Au contraire, ils sont plus investis que jamais dans la mission qui est la leur : contribuer avec d’autres à apporter à leurs concitoyens cet élément de pensée critique indispensable à la préservation de la démocratie.

Grâce aux réseaux qu’ils tissent par la circulation de leur pensée et de leur parole, au-delà des préjugés, des mythes ou des frayeurs en vogue et de leur instrumentalisation, ils n’ont de cesse d’agir au nom de la liberté et de l’impartialité, quelles que puissent être par ailleurs leurs éventuelles appartenances religieuses ou affinités politiques.

Nos sociétés, trop souvent soumises aux diktats des médias et de l’Internet, ont besoin de cette parole libre, au seul service des principes de la démocratie, évoluant sans entraves et produisant du savoir, de la connaissance et de la réflexion.

Il se trouve que dans notre pays la majorité des intellectuels appartient à la fonction publique, ce qui ne signifie pas qu’ils soient de quelque façon inféodés à des institutions ou au pouvoir politique, même s’il existe certes parmi eux des intellectuels organiques. Si la liberté est nécessaire pour penser et écrire, il va de soi que l’obligation de réserve qui s’applique en général à certaines catégories de fonctionnaires ne peut aucunement s’appliquer à leur cas, sauf à n’attendre d’eux que la reproduction d’une doctrine officielle et stérile.

Aujourd’hui, la convocation devant une commission disciplinaire, de notre collègue Vincent Geisser, chercheur au CNRS, accusé de n’avoir pas respecté cette " obligation ", constitue un signe supplémentaire et particulièrement alarmant de l’idée que les institutions de notre pays semblent désormais se faire de notre rôle.

Devrons-nous donc soumettre nos articles, nos livres, nos prises de position publiques à l’approbation de leur censure, alors qu’aucune consigne ne devrait émaner d’elles si ce n’est celle de la rigueur intellectuelle et de la créativité qui accompagne toute recherche ? Quels compromis honteux devrons-nous accepter pour échapper à l’humiliation d’un conseil de discipline ? La France, pays des droits de l’homme et de la liberté d’expression, est-elle en train de perdre son âme ? Comment continuer à faire notre travail, à assumer pleinement notre vocation, sous la menace constante de la sanction ? Que sommes-nous ? De simples courroies de transmission des idées qui ont l’agrément de nos dirigeants et des institutions qui nous emploient, ou des hommes et des femmes autonomes exerçant leur métier librement, en toute responsabilité, en toute honnêteté, et au service d’une recherche, d’une pensée et d’un savoir libres de tout carcan idéologique, n’ayant d’autre limite que la considération du bien commun ? L’obligation de réserve ne peut en aucun cas valoir pour les intellectuels, y compris lorsqu’ils sont fonctionnaires. Les y soumettre revient purement et simplement à les faire disparaître comme intellectuels, c’est ruiner la liberté dont ils ont besoin pour continuer leur œuvre salutaire, indispensable à la vie normale d’un pays politiquement sain, et qui a besoin d’eux pour son équilibre. Ce qui arrive à notre collègue Vincent Geisser, qui a le malheur de travailler sur l’islam, sujet brûlant s’il en est, est d’une extrême gravité et interpelle tous les citoyens de ce pays. Le traitement indigne auquel il est soumis est une honte pour la profession et pour la France. »

COMITÉ DE LANCEMENT. 1. Ghislaine ALLEAUME, directrice de recherches au CNRS, directrice de l’IREMAM 2. Jean-Christophe ATTIAS, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études 3. Etienne BALIBAR, professeur émérite à l’Université de Paris 10 Nanterre 4. Nicolas BANCEL, professeur à l’Université de Strasbourg, détaché à l’Université de Lausanne 5. Jean BAUBEROT, Professeur émérite de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études 6. Esther BENBASSA, directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études 7. Daniel BENSAÏD, professeur de philosophie à l’Université de Paris 8 8. Pascal BONIFACE, géopolitologue, Université de Paris 8 9. Marie-Françoise COUREL, directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études, présidente honoraire de l’EPHE, ancienne directrice scientifique du département SHS du CNRS 10. Denis CROUZET, professeur à l’Université Paris-Sorbonne (Paris 4) 11. Alain DE LIBERA, professeur d’histoire de la philosophie médiévale à l’Université de Genève, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études 12. Christine DELPHY, directrice de recherche émérite au CNRS 13. Éric FASSIN, enseignant-chercheur à l’École Normale Supérieure 14. Nacira GUENIF, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris Nord 15. Edgar MORIN, directeur de recherche émérite au CNRS 16. Laurent MUCCHIELLI, directeur de recherche au CNRS 17. Denis PESCHANSKI, directeur de recherche au CNRS, ancien directeur adjoint du département SHS du CNRS 18. Roshdi RASHED, directeur de recherche émérite au CNRS, professeur honoraire à l’Université de Tokyo 19. Olivier ROY, directeur de recherche au CNRS 20. Vincent TIBERJ, chercheur au Centre d’Etudes Européennes de Sciences Po et maître de conférence à Sciences Po 21. Tzvetan TODOROV, directeur de recherche honoraire au CNRS 22. Jérôme VALLUY, enseignant-chercheur, science politique, Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1, CRPS, TERRA)

PREMIERS SIGNATAIRES. 23. Frédéric ABECASSIS, maître de conférences en histoire contemporaine, Université de Lyon, École normale supérieure Lettres et Sciences humaines, En délégation au Centre Jacques Berque pour les Etudes en Sciences humaines et sociales, Rabat 24. Amin ALLAL, Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), Tunis 25. Maria AMARA, doctorante en sciences politiques à l’IEP d’Aix en Provence 26. Françoise ASSO, écrivain, maître de conférences de littérature française à l’Université de Lille 3, membre du collectif "UNIvers.Cité" 27. Francis BAILLEAU, sociologue, directeur de recherche au CNRS 28. Hélène BELLOSTA, directeur de recherche honoraire, CNRS 29. Maïté BOUYSSY, maître de conférences (HDR) en histoire contemporaine à l’Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne 30. Noëlle BURGI, chercheure CNRS 31. Hélène CLAUDOT-HAWAD, directrice de recherche au CNRS 32. Albano CORDEIRO, retraité, CNRS 33. Michèle CREMOUX, Toulouse 34. Catherine CURRAN VIGIER, maître de conférences d’anglais, Université de Rouen 35. Laurence DE COCK, professeur agrégée d’histoire, formatrice à l’IUFM de Versailles 36. François DESPLANQUES, maître assistant retraité de l’Université de Nice Sophia Antipolis 37. Fabrice DHUME, sociologue, chercheur à l’ISCRA 38. Maryse ESTERLE HEDIBEL, enseignante-chercheure à l’IUFM Nord Pas de Calais, Université d’Artois, chercheure CESDIP 39. Colin FALCONER, formateur d’anglais à la retraite, actuellement intervenant à l’université de Paris 3 (Département de la Formation Continue) 40. Vincent FOUCHER, CR1 CNRS - Centre d’étude d’Afrique noire 41. Yvan GASTAUT, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Nice 42. Charles GIRARD, allocataire-moniteur en philosophie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne 43. Denis GRIL, professeur à l’Université de Provence, rattaché à l’IREMAM 44. Jean-François HAVARD, maître de conférences en science politique, Université de Haute Alsace - Mulhouse 45. Béatrice HIBOU, directrice de recherche au CNRS, CERI-SciencesPo 46. Christine HUGUET, maître de conférences en littérature anglaise à l’Université Charles-de-Gaulle Lille 3 47. Florence HULAK, ATER en philosophie à l’Université Paris 1 48. Moritz HUNSMANN, doctorant en Recherches Comparatives sur le Développement, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Paris, Albert-Ludwigs-Universität Freiburg, Allemagne 49. Rada IVEKOVIC, professeure des universités, Université de Saint-Étienne & Collège international de philosophie, Paris 50. Stéphanie LATTE ABDALLAH, chercheur à l’IREMAM 51. Sylvain LAURENS, maître de conférences en sociologie à l’Université de Limoges 52. Christian LE BART, professeur de science politique, IEP de Rennes 53. Jean-François BAYART , DR1 au CNRS (SciencesPo-CERI) 54. Liêm-Khê LUGUERN, professeur d’histoire-géographie, doctorante EHESS-IRIS 55. Sami MAHBOULI, doctorant, Université Montpellier 1, CEPEL 56. Antoine MATH, chercheur à l’Institut de Recherches Economiques et Sociales (IRES) 57. Gilbert MEYNIER, professeur émérite à l’Université de Nancy 2 58. Soulé NGAIDE, Cimade 59. Olivier NOËL, sociologue, ISCRA-INED 60. Alexandre PIETTRE, doctorant "sociologie du pouvoir" - CSPRP, Université de Paris 7, Ater science politique - DCS, Université de Nantes 61. Gildas RENOU, Université Rennes-1 62. Alain RUSCIO, chercheur indépendant 63. Jean SALEM, philosophe, professeur à l’Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne) 64. Pierre SALY, maître de conférences honoraire en histoire contemporaine à l’Université de Paris 1 65. Aude SIGNOLES, maitre de conférences en science politique, Université de Galatasaray, ?stanbul (Turquie) 66. Patrick SIMON, directeur de recherche à l’INED 67. Bahram SOLTANI, Maître de conférences, directeur de recherche, Université de Paris 1 Sorbonne 68. Éric SORIANO, chercheur au CSU-CNRS (Paris 8) et à CRISES (Montpellier 3), maître de conférences en science politique, Université Paul Valéry 69. Sylvie THENAULT, chargée de recherche, CNRS (Centre d’histoire sociale du XXe siècle, UMR 80 58) 70. Claire VISIER, maître de conférences en science politique, Faculté de droit et de science politique, Université Rennes 1, membre du CRAPE.

Lire également en rubrique Figures, le portrait d’Esther Benbassa


Par lucle 7 juillet 2009

Bonjour. Il est question d’une commission administrative "paritaire", dans la réponse de la pécresse : est-ce que cela signifie, que les syndicats étaient associés à cette procédure disciplinaire ? Cordialement

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