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Euro2016 : des bleus dans la tête

Où il vaut mieux - et même souvent – laisser la parole footballistique au vestiaire.

vendredi 10 juin 2016, par Pierre Pelot

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Voici venir des jours heureux, camarades sportifs en joggings et mules-tongs au fond de vos canapés ikéa. Des jours de foot à la pelle et n’en plus finir, plein les yeux, plein les oreilles, sur les écrans, dans les radios, halléluia.
Pour qui aime ça, bien entendu, ce sera l’équivalent du paradis avec 72 vierges de certains autres sportifs, le même bonheur, la même extase chronique en continu pendant un mois, sans débander ou presque, non seulement le temps du spectacle et euphorie assortie, mais celui des commentaires de mi-temps et d’entre-matches. Aussi.
Un mois sans raccrocher les crampons ni les Birckenstocks, qui sont les crampons des tribunes à domicile.
On ne va plus entendre parler que de ça , sur quelque chaîne télévisée qu’on se connecte, quelque station radiophonique qu’on se branche, quelque journal qu’on feuillette. Des flopées de petits bonshommes en maillots diversement colorés vont évoluer pour notre plaisir et se casser le cul à vouloir à toute force taper dans un ballon et te vous le rentrer dans des filets adverses, en dépit des efforts contre déployés par les autres (les adverses) et d’un gardien atteint d’hypertrophies ambidextres – avez-vous remarqué ? Handicap majeur (ainsi qu’index, auriculaire…) qu’il tente, le pauvre, de camoufler pudiquement sous des gants monstrueux, mais il n’y parvient pas, personne n’est dupe, et lui, le malheureux, montre bien du mérite, dans son état, à sauter et courir partout pour défendre son abri, et même souvent réussir à attraper cette balle que les autres fous furieux n’hésitent pas à lui tirer dessus, au risque de l’atteindre. Ce qui arrive, aussi.

Un mois sans raccrocher les crampons ni les Birckenstocks, qui sont les crampons des tribunes à domicile.

Je ne suis pas, pour ma part, fanatique de la compétition sportive. Le foot, ses ligues, ses niveaux, ses clubs, je n’y connais rien ou peu s’en faut. Très peu. Je mélange, je confuse. Les noms des joueurs, j’oublie. A part le grand Zlatan et son humour haut de gamme. J’ai juste remarqué ( bien obligé, noyé par la starification hyper-médiatisée de nos héros ) que la plupart des effectifs, présentés sur le haut du panier, sont grosso modo taillés modèle loub de quartier, avec – quand ils ne sont pas en short anti-transpirant de conception permettant d’améliorer l’amplitude des mouvements (sic) – bijoux clinquants dorés à l’or lourd, discours style rap, même rythme même vocabulaire, pour la plupart même coupe de cheveux en calotte bouse de vache. Ah la coupe de cheveux des footeux… Et dès lors, quand ils s’y mettent, tenant des propos qui n’ont de profondeur qu’abyssale, font des éclats au sortir de boîtes de nuit, se filment sur leur smartphone en compagnie de baiseuses qui ne sont pas forcément leur copine mais également celles de leurs amis. Et sans leur short anti-transpirant…

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Éric Cantona vu par Patrick Swirc pour Telerama.fr

Les Karim, les Serge et les Yassine, sans oublier les Éric qui se tapent à l’occase des compléments de retraite, ni les Jamel qui s’essaie, descendu de scène, à la socio-politique. Sans oublier, certes. Mais j’en oublie.
Ce qui, d’en oublier, n’est pas plus mal.

Passé le virage de ce grand dommage, cela dit, je ne peux pas voir se pointer une coupe du monde de foot sans me taper un maximum de matchs. Et il m’arrive d’en voir de sacrément spectaculaires, qui me font déclarer ensuite avec tout l’enthousiasme et la sincérité dont je suis capable, que le football est carrément un fameux sport , les footballeurs carrément de sacrés sportifs. Je pourrais le dire mieux, mais l’admiration me fait trébucher et je me prendrais les pieds dans les qualificatifs. Je me connais.
Un mois à se faire plaisir, messieurs dames. Et admirer ces Gens du Cirque dans leur numéro, en oubliant que certains, hors l’arène, peuvent parfois se dévoiler en coulisse sous des dehors – et des dedans – un peu, voire beaucoup, imbéciles, en leurs actes et propos.
Mais ce sont leurs coulisses. Peut-être n’avons-nous pas, finalement, à nous y égarer. Ni, les artistes, à s’égarer dans mes vestiaires.


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