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Imprimer ses idées en 3D

vendredi 15 février 2013

Le phénomène de l’imprimante domestique qui permet d’obtenir des objets en 3D annonce la 3ème révolution industrielle et le mouvement des "makers"

Tags : Consumer Electronic Show, Chris Anderson, Makers, Pearson

GIF Eco-Social. Les imprimantes 3D ont fait les stars de l’édition 2013, en janvier, du Consumer Electronic Show (CES), le salon des biens de grande consommation à Las Vegas (Etats-Unis). La technologie : obtenir à l’instar d’une impression sortie de sa machine domestique, des objets en volume.
L’histoire des sciences et techniques appliquées retiendra peut être que la première démonstration grand public de ce type, ici en France, s’est tenue à Paris au Sénat en 2008, dans le cadre du Forum Nextplorateurs. Mais aux Etats-Unis, l’imprimante 3 D a déjà contaminé les esprits et les usages. Ainsi Chris Anderson, véritable star d’Internet, n’est plus rédacteur en chef guru du magazine Wired. Il l’a décidé après avoir enquêté sur un phénomène montant. Depuis novembre dernier, il préfère se consacrer entièrement à sa start-up 3D Robotics, qui vend des drones en kit. D’où lui est venu cette curieuse idée ? En testant de nouvelles technologies, celles des scanners et des imprimantes 3D, des machines à commande numérique, des découpeuses laser, des logiciels et autres matériels open source à la portée gratuite de n’importe qui. Disposant de ces outils, il est désormais possible de fabriquer des drones comme Anderson, ou ses propres objets, copiés ou originaux, chez soi ou au bureau.

" Les imprimantes 3D en sont aujourd’hui là où le MacIntosh et la LaserWriter de Jobs en étaient il y a 25 ans " (Chris Anderson in Makers )

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A partir de figures géométriques sur votre écran, une imprimante 3D ( à 1000 dollars pièce), pareille à une banale imprimante de bureau, matérialise des objets que l’on peut tenir en main et utiliser pour son propre usage, (ou produire, reproduire et vendre). Certaines imprimantes extrudent du plastique fondu en couches superposées, d’autres utilisent un laser qui durcit des couches de résine en poudre ou liquide et font émerger de cette soupe originelle, le produit imaginé. Enfin, d’autres imprimantes 3D, plus chères, ont la capacité de constituer des objets dans n’importe quel matériau tels que le verre, l’acier, le bronze et le titane… ou le glaçage pâtissier. Encore plus SF, mais pourtant bien réelles, des imprimantes des biotech peuvent même constituer des tissus de cellules vivantes. « Les imprimantes 3D en sont aujourd’hui là où le MacIntosh et la LaserWriter de Jobs en étaient il y a 25 ans, décrit Anderson. Nous pouvons photocopier la réalité, du moins aussi fidèlement qu’une reproduction hollywoodienne. Et la réalisation ne fera que s’améliorer. »

Faut-il prendre Chris Anderson au sérieux ? Il en est persuadé et l’affirme dans son nouvel essai : une 3e révolution industrielle est en marche et ce, de façon fulgurante. Mais là où de grandes puissances industrielles se constituèrent au XIXe siècle, celles qui s’annoncent relèvent de "l’industrialisation de la bidouille", c’est-à-dire un usage artisanal, diffus et innovant, high-tech et low-cost. Ce mouvement en vogue aux Etats-Unis, et qui ne devrait pas tarder à s’inviter en Europe, est celui des "makers". Le journaliste est sûr de son point de vue : l’esprit DIY (Do It Yourself) est en train de grignoter le monde de l’entreprise. La communauté des Makers ne peut que prospérer en suivant les préceptes du Web pour créer des produits, puis à leur tour des entreprises. La démocratisation des outils de production, la sobriété des ressources au regard des fabrications industrielles, l’amélioration des modèles via des communautés en ligne concourent à une « source significative de croissance pour l’avenir ».

Nous pouvons déjà fabriquer la tasse du thé Earl Grey. Combien de temps s’écoulera t-il avant que nous puissions aussi faire le thé ?

La révolution des makers va t-elle créer autant d’emplois qu’elle risque également d’en détruire ? La baisse des prix des imprimantes 3D est sensible, elles sont abordables au prix de 2000 euros. Au CES 2013, la société Cubify a fait sensation avec son imprimante à 1300 euros. L’entreprise se positionne résolument sur le marché grand public avec une offre de CAO (conception assistée par ordinateur) simplifiée et des modèles pré-établis. L’usager peut obtenir ses bagues, ses ronds de serviette customisés et des talons de chaussures. Il faudra attendre quelques années encore avant que la technologie se propage dans les foyers.

L’essai de l’ex éditorialiste de Wired souligne à sa façon, l’extraordinaire difficulté des politiques publiques et des entreprises à concevoir les impacts sur la croissance et les emplois lorsque ces applications et usages sont directement expérimentés et diffusés par la société civile. Le Peter Pan "geek" des nouvelles technologies qui cultive une vision très libérale libertaire du marché se montre prudent, ambivalent. Assisterons-nous à des révoltes de nouveaux luddites ou d’ouvriers aux emplois détruits par cette individualisation en 3D ? D’une part, les grandes industries stratégiques ne sont pas vraiment menacées : peu de monde a les moyens financiers et technologiques de se construire lui-même sur imprimante 3D un Airbus, un tank ou un immeuble... En revanche, des secteurs de l’artisanat, des services, de la restauration, du textile pourraient subir les contrecoups de ce mouvement. D’autre part, cette économie de la 3D, basée sur les puissants ressorts de la gratuité et de l’information accessible, autorise tous les pillages, toutes les prédations sans vraiment se soucier du droit d’auteur mais aussi toutes les inventivités et toutes les coopérations, comme par exemple fabriquer ses propres pièces si fragiles des appareils électroménagers sous l’influence de l’obsolescence programmée. Chris Anderson lui voit beaucoup plus loin : « La basse fidélité deviendra haute fidélité. La prochaine étape consistera à dépasser l’enveloppe extérieure, à dupliquer non seulement une forme mais aussi une fonction. Nous pouvons déjà fabriquer la tasse du thé Earl Grey. Combien de temps s’écoulera t-il avant que nous puissions aussi faire le thé ? » Hey Chris, tu peux m’extruder ton afghane en 3D, s’il te plaît ?


Repères :

- Makers, de Chris Anderson, Pearson France, 340 pages, 25 euros. Parution : 23 novembre 2012


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