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François Hollande ou le mythe du bègue

vendredi 5 avril 2013, par Georges Lewi

Pour comprendre la pensée présidentielle, suggérons de remonter aux sources de Démosthène, un philosophe frappé de bégaiement

François Hollande, Démosthène des temps modernes ? Le mythe du bègue.
Tel Démosthène (mais aussi Moïse, Louis XIII, dit le juste, Darry Cowl, Francis Perrin, François Bayrou…) notre président de la République est « bègue » au premier degré. C’est-à-dire légèrement. La comparaison avec d’autres bègues célèbres, devenus des mythes, tel Démosthène, est intéressante. Avec Démosthène, en particulier les similitudes sont fortes. Y aurait-t-il un mythe du bègue ?
Voici comment Plutarque décrit Démosthène et son « type » de bégaiement (Plutarque. Vie de Démosthène. 6)
«  Il fut en butte aux clameurs et aux moqueries à cause de son style insolite, dont on jugeait les périodes tarabiscotées et les raisonnements poussés avec trop de rigueur et forcés à l’extrême. Il avait d’ailleurs, semble-t-il, une voix faible, une élocution confuse et un souffle court, qui rendait difficile à saisir le sens de ses paroles, obligé qu’il était de morceler ses périodes.  »

François Hollande « morcèle » ses phrases, un peu moins sans doute que l’orateur athénien mais suffisamment à l’instar d’un François Bayrou. Comme pour conjurer cette petite coquetterie de la nature, ces hommes voulurent devenir des tribuns, en particulier dans les moments les plus difficiles. On dit en effet que Napoléon, Winston Churchill étaient aussi bègues « au premier degré ».

La littérature a, sans cesse, vanté l’art oratoire des bègues et de Démosthène en particulier. Mais on admet que celui-ci n’était pas académique et qu’il faisait volontiers appel à la métaphore, à l’image, remettant en cause les règles de la rhétorique traditionnelle. Sans doute pour contrer sa tentation naturelle d’être trop exhaustif, de « pousser les raisonnements avec trop de rigueur », de détails, qui finissent par les rendre impénétrables.

François Hollande « morcèle » ses phrases, un peu moins sans doute que l’orateur athénien mais suffisamment à l’instar d’un François Bayrou

C’est d’ailleurs ce qui arriva à notre Démosthène, lorsque, à l’apogée de sa gloire, il fut envoyé comme négociateur auprès de son ennemi de toujours, Philippe de Macédoine, pour conclure une paix jugée introuvable et tenter malgré tout de sauver Athènes. Il bafouilla alors, dit-on, un discours incompréhensible.
Comme François Hollande sans doute pour la France, Démosthène avait pour Athènes une véritable vision (que nous dirions aujourd’hui européenne) : fédérer la Grèce (antique) pour contenir son puissant voisin du Nord (La Macédoine et Philippe II son souverain) de sa volonté d’hégémonie. On ne sait pourquoi mais, dans l’histoire, c’est la plupart du temps le Nord qui veut dicter sa loi au Sud.

Démosthène cherche, donc, d’autres alliances, plus au sud et se retrouve, une fois de plus, déçu par l’inconstance des nations grecques. Il échoue dans sa proposition d’un sursaut panhellénique et anti-macédonien. Condamné à l’exil, voyant ses ennemis arriver, il se donne la mort en mordant son « stylo » dans lequel il y avait préalablement déposé une dose de poison mortel.

Le mythe du bègue en politique est un mythe puissant, de celui qui n’est pas fait pour ce « job » mais qui persévère jusqu’à se hisser à la plus haute place

Les hommes politiques bègues enragent souvent de ne pas se faire comprendre. Ils mettent cela, sans doute, sur le dos de leur légère infirmité et finissent par accepter leur sort comme le prix à payer d’une démesure personnelle, celui d’avoir outrepassé une barrière naturelle en devenant hommes publiques et de ce fait orateurs.
Déjà, Démosthène critiquait, face à la mobilité des Macédoniens, la lenteur, les atermoiements du système démocratique athénien. Comme si la recherche de vitesse dans l’action pouvait être une réponse à la lenteur de l’élocution.
L’histoire retiendra que l’analyse de Démosthène fut la bonne mais que ses choix tactiques et ses engagements incertains ne furent pas judicieux. Et qu’Athènes fut vaincue.
Theodore Roosevelt, l’ancien président américain était également un homme politique atteint de bégaiement. Il se donna pour dessein de fédérer (également) le continent américain et dénonça, pour défendre les consommateurs, les « trusts » pétroliers, agro-alimentaires, et chemins de fer…Mais il laissa l’image de quelqu’un qui ne savait pas franchement s’engager.

La plupart des bègues célèbres engagés dans la vie politique, voulurent rassembler mais eurent le sentiment de quitter la vie publique incompris. A commencer par Louis II dit le faible mais aussi Napoléon…
Le mythe du bègue en politique est un mythe puissant, de celui qui n’est pas fait pour ce « job » mais qui persévère jusqu’à se hisser à la plus haute place. Leurs difficultés, plus ou moins fortes d’élocution leur ont fait perdre très vite la confiance de leurs concitoyens qui avaient apprécié l’ambition mais regrettent vite l’incompréhension.
Une autre profession paradoxale fait aussi appel aux « bègues d’exception », c’est celle d’acteur. Le plus grand sans doute au dire de ses disciples, Louis Jouvet fut bègue. Il masquera ce handicap par une diction volontairement syncopée à l’origine de son « style inimitable » et de sa réussite. Il abusait en effet du mode répétitif : « Moi j’ai dit "bizarre, bizarre" ? Comme c’est étrange… […] Moi, j’ai dit "bizarre", comme c’est bizarre. » Ou le fameux : « atmosphère, atmosphère »

On dit que la politique est l’art de la répétition, un art, donc, fait naturellement pour les bègues, sans doute…
Retenons de cette fable, le courage de tous ceux qui font volontairement un métier à contre-emploi, pour se prouver qu’il n’y a pas de fatalité non surmontable.


Repères :

- Georges Lewi est "mythologue", une profession toute personnelle qui met l’actualité à l’épreuve des mythes, des légendes et des influences. Retrouvez le également sur son blog-notes : www.mythologicorp.com

Il s’agit de sa première chronique pour Les Influences


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