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Gérard Fabre trompe ironiquement

mardi 22 mars 2011, par Jean-Louis Marcos

Les sculptures de ce plasticien marseillais sont de l’ironie dans l’espace, sous les mânes de l’éléphant Babar et du peintre Kasimir Malevitch.

Les sculptures de ce plasticien marseillais sont de l’ironie dans l’espace. Il s’agit d’objets qui se cachent derrière leurs éclatantes couleurs et leurs volumes imposants. Ce fort impact visuel se tient sur une crête entre deux gouffres : celui du grotesque et celui du sublime. De ce flirt avec le risque, cette présence plastique tire une étrange souveraineté. L’ironie se trouve alors dans son jardin : interroger en feignant l’ignorance, dans cette incessante mobilité de la conscience, aux antipodes du dogmatisme, dans une des ouvertures majeures de la liberté de percevoir. L’ironie de Gérard Fabre pratique le contre-oeil comme d’autres le contre-pied, la jonglerie dans la jungle et la couleur dans le chromatisme, toutes choses qui demandent souplesse, agilité et inspiration. Il y a aussi des fausses pistes, celle du design par exemple. Les petites sculptures de Gérard Fabre font semblant d’être cousines avec des objets de design. C’est une blague, le design est toujours étroitement lié au monde de la production, à la manufacture. Ici il s’agit d’objets célibataires et uniques, acceptant de se retrouver dans un groupe, pour une petite orgie métaphysique plausible, acceptant de se transformer éventuellement ; mais en aucun cas d’être clonés, d’être formatés pour le marché et d’envahir comme autant de métastases l’espace quotidien déjà saturé.

Les amours de Babar et de Malevitch

Les sculptures de Gérard Fabre portent toutes un titre générique : Babarevich soit le fruit des amours coupables de Babar et du peintre du suprématisme (courant de l’art abstrait) Kasimir Malevitch (1879-1935). Il y a ici à la fois la mémoire des aînés, ridicules et glorieux comme toujours, qui disaient par exemple : « J’ai délié les noeuds de la sagesse et libéré la conscience des couleurs  » (Malevitch) et celle de Babar, roi d’un pays qu’il invente en y mêlant les charmes de la ville et ceux de la jungle.

La modestie des matériaux (plâtre, papier mâché, peinture industrielle), relève aussi de l’ironie. Comme les vieux vêtements troués et sales de Socrate allaient de pair avec sa brillante dialectique.

Alors, à la fin, l’objet sculpture de Gérard Fabre est la matérialisation de l’ironie. Il s’agit bel et bien d’un irréel réalisé.


Repères :

Gérard Fabre. Plasticien. Né en 1955.

Nouvelle exposition : Sculptures, Passage de l’Art, Lycée du Rempart, Marseille.

www.lepassagedelart.fr
Jusqu’au 7 avril 2011.


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