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Grégoire Battin, complètement marteau

mercredi 3 juin 2015, par Jean-Luc Hinsinger

Si Pete Seeger, Trini Lopez ou Claude François ne figurent probablement pas dans la playlist du jeune homme, c’est à eux qu’il devra penser le 15 juin, aux côtés de l’officier muni du marteau, qui « tapera l’après-midi et y mettra tout son cœur »* !

N’en déplaise aux débatteurs de programmes scolaires, les professeurs, une fois dans leur antre, jouissent d’une indépendance qui, mâtinée d’enthousiasme, est susceptible d’éveiller des vocations.
L’aventure débute il y a une dizaine d’années, au collège, dans une de ces matières « mineures », les arts plastiques. Vaillant, l’enseignant débute ses cours par « un quart d’heure une œuvre », histoire de titiller la curiosité naturelle de son jeune public. Grégoire Battin y est accro. Le virus s’en empare. Au lycée, le stage d’une semaine chez un commissaire-priseur – inventaire, vente –, entérine la vocation !

Et il en faut de la volonté, de la passion ! Le chemin qui mène à ce métier est long et semé d’embûches…
La mise en bouche sera une licence en droit agrémentée d’une autre en histoire de l’art, prérequis pour l’examen d’entrée en stage de commissaire-priseur. Epreuves écrites et orales. Examen ou concours ?… Peu importe le faible nombre d’élus, l’obstacle est franchi avec succès !

S’enchaînent alors les stages, d’abord chez Artcurial, locomotive de la cotation de l’art urbain national et plus, pilotée par Arnaud Oliveux… Première année ponctuée par une validation intermédiaire pour passer la seconde marche chez FL Auction, maison de ventes aux enchères…
Des cours à l’école du Louvre complètent la mise en condition en vue de l’examen d’aptitude spécialisé, l’indispensable sésame ouvrant la porte des maisons de vente.
Cette épreuve finale, appelée « tour de salle » consiste, en une heure, à expertiser des objets aussi divers que tapis, meuble, faïences, argenterie, bijoux, et donnera accès au statut de « commissaire-priseur volontaire ».
Dans la foulée, un examen complémentaire, plus axé sur les aspects juridiques et économiques, sera en cas de succès, gratifié du statut d’officier ministériel dépendant du garde des Sceaux…
Cette dernière haie – équivalent du Gros Open-Ditch du Grand Steeple-Chase parisien ! – sera à franchir courant novembre prochain**. Grégoire Battin multiplie les galops d’entraînement pour être au sommet de sa forme le jour J.

¡Calmos ! Le commissaire-priseur n’est pas un homo-universalis, mais un généraliste qui fera appel aux experts idoines si nécessaire, quand il ne le devient pas lui-même par sa pratique et son expérience. Par contre, il est seul autorisé à conduire les ventes aux enchères.

A tout bon entendeur : il coûtera en salle de vente au vendeur des frais librement négociés, généralement entre 5 à 15 % et à l’acquéreur 25% de commissions en sus du prix « marteau », frais qui englobent l’expertise de l’objet, son transport, son stockage, sa prise de vue, son exposition au public, son catalogage, la location de la salle… tout en sachant que si la vente ne se réalise pas, le vendeur ne supportera aucun frais.
On comprend donc l’importance de l’expertise des objets ou des œuvres mises en vente, qui en réalité occupe l’essentiel du temps des maisons de ventes aux enchères, le moment des enchères n’étant que le point ultime et visible de l’iceberg.
Précisons qu’en France (contrairement à d’autres pays, comme la Belgique ou dans les pays anglo-saxons), la maison de vente est responsable pendant cinq ans de l’authenticité des objets vendus. En cas de faux, elle est passible d’un procès et doit en ce cas rembourser l’acheteur.
A souligner que dès l’énoncé du mot « adjugé », le transfert de propriété est instantané, l’acheteur devient « le propriétaire ». Aucune rétractation n’est possible.

Trop souvent quand on parle art avec les gens, ils comprennent « argent », conditionnés qu’ils sont par des médias se repaissant de chiffres records de ventes aux enchères, forgeant à celles-ci une image négative auprès du grand public.

Il n’y a pas si longtemps, les maisons de vente aux enchères ne proposaient que des œuvres d’« occasion » (on parle alors de « second marché »), mais depuis quelques années, elles ont le droit de vendre du « neuf » (« premier marché »), c’est-à-dire des œuvres jamais vendues auparavant, en provenance directe de galeries ou d’artistes.
Certaines galeries y ont vu une mise en concurrence et un nouveau coup porté à une activité qui nécessite investissements financiers et accompagnement d’artistes sur le long terme.
Grégoire Battin envisage le côté plus positif de faire découvrir de nouveaux artistes, de donner le coup de pouce en les mettant sous les projecteurs, d’établir la traçabilité, l’historique d’une œuvre.

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EZK, « Dans quel monstre Vuitton ? », bombe aérosol et pochoir sur palissade de chantier, 112x111 cm

La réalité du prix de vente établi en salle est « le mode le plus objectif de l’établissement d’un prix à un moment donné », il établit une cote, utile à l’ensemble de la profession dont les galeries, mais aussi aux artistes, aux amateurs d’art et collectionneurs.

Son stage de deuxième année offre à Grégoire Battin l’occasion de constituer le catalogue d’une vente d’art urbain regroupant des œuvres d’artistes émergents et de les mettre en scène le 15 juin prochain à l’hôtel Drouot.

Comme tout passionné, il est question de promouvoir des artistes dont il apprécie le travail et le talent. Parmi ceux-ci : Popay en tête de pont, artiste multimédia, avec sa palissade performée devant le siège de Google ; le jeune graffeur Renk, qui triture les lettres jusqu’ à l’abstraction ou le pochoiriste Ezk avec la palissade « Dans quel monde Vuitton » de la campagne Art Against Poverty ainsi que quelques membres du « team Cabinet d’amateur », les Levalet, Veroone, Ender et autre Codex Urbanus.

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Popay, « Jardin », 2014, peinture aérosol sur bois. Huit panneaux 250x67 cm.

Pour Grégoire Battin, il est surtout question d’échanges :
– aller à la rencontre des artistes dans leur atelier, découvrir leur travail et leurs projets ;
– échanger avec les vendeurs amateurs d’art à propos de leur collection, des émotions produites par les œuvres et leur positionnement dans des univers singuliers ;
– découvrir des œuvres rares, cloîtrées dans des espaces privés ;
– présenter les pièces en vente à l’attention d’un public trop souvent intimidé par les lieux, alors que les visites, présentations des pièces tout comme les séances de ventes sont publiques, gratuites et sans obligation aucune.

Amoureux de l’art et de son histoire, l’aspect financier dut-il être au cœur de son activité, il s’agit pour Grégoire Battin avant tout d’une passion et de coups de cœur à partager.


* If I Had a Hammer est une chanson populaire américaine écrite en 1949 par Pete Seeger et reprise par de nombreux autres chanteurs américains et français.

**
Décembre 2015, Gros Open-Ditch franchi. Grégoire est non seulement commissaire priseur, mais également commissaire priseur judiciaire !

« Adjugé ! »


Repères :

Commissaire-priseur habilité chez SCP Bérard-Péron
depuis juin 2016.


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