Accueil Influenceurs Idéathèque Couveuse Panorama



Hunter S. Thompson vous emmerde très amicalement

dimanche 20 juillet 2014, par Emmanuel Lemieux

Disparue durant quelques années des écrans radars, après son suicide en 2005, la mémoire du journaliste et écrivain Hunter Thompson revient en force avec la réédition de ses ouvrages mais aussi la publication d’une BD flamboyante

JPEG - 726 ko

Médias. En ces périodes de crise et mutation des médias, un drôle de zèbre vient de resurgir : le journaliste gonzo. Gonzo... En argot irlandais, le dernier buveur au comptoir, témoin privilégié et survivant de la cuite monstre à laquelle il a participé. Le gonzo est devenu une école de journalisme littéraire dans les années 60, portée haut par Tom Wolfe et surtout, Hunter S. Thompson (1937-2005).

Depuis un paquet d’années déjà, la maison d’édition auscitaine Tristram exhume les écrits de ce fou furieux du journalisme ultra-subjectif, (mais en immersion dans le sujet) à qui l’on doit le légendaire Las Vegas Parano (le rêve américain qui part en vrille). Que ce soit en compagnie des Hell’s Angels, ou dans le sillage de Nixon – dont il fut le meilleur fossoyeur suceur de cubitus-, ou encore à Saïgon, ou sur le ring de Mohammed Ali, on se replonge avec délice et jubilation dans ce travail littéraire et journalistique.

Ce dingue en chemise hawaïenne, meuglant ses scandales, s’enfarinant, se champignonnant au peyotl et se cuitant au Wild Turkey ou Rebel Yell, lâchant tout son surmoi sur le monde comme une bombe H, fut l’attraction-répulsion du personnel politique et médiatique des années 60. L’héritage de ses textes électriques est exceptionnel : la petite star de Rolling Stones a cette écriture captive et cette imagination foudroyante qui firent mieux comprendre le réel et l’air du temps que n’importe quel pisse-copie ou âne sociologisant. Parti avec le canon d’un colt .45 dans la bouche il y aura bientôt dix ans, Thompson aura eu ce talent qui fait que les écrits – même journalistiques — restent et même influencent encore. Pour s’en convaincre, on peut se reporter au livre Hunter S. Thompson journaliste & hors-la-loi (2008). Son biographe, William McKeen, ne s’est pas brûlé la cervelle lui au contact de l’homme volcan, et offre un récit à la fois captivant et détaché, brutal et élégant, et toujours d’une drôlerie sous tension.

Qui a pris la relève, qui a relevé le gant une fois que le génie gonzoïde a mis les pouces ? L’industrialisation, d’aucuns diront la professionnalisation, de la presse écrite française a raboté en un demi-siècle tout un savoir créatif ou transgressif, toute une mémoire expérimentale, alternative, free du journalisme. Le journalisme gonzo, après la période Actuel (1979-1994), n’est plus guère utilisé. À l’heure où l’info est conçue comme vue d’un drone, collectée de derrière un écran, coulée dans un moule à gaufres industriel, diffusée en flux ininterrompu (cf. ces gargouilles d’eau tiède que sont les chaînes d’info), comment raconter le monde ?

À l’heure où l’info est conçue comme vue d’un drone, collectée de derrière un écran, coulée dans un moule à gaufres industriel, diffusée en flux ininterrompu (cf. ces gargouilles d’eau tiède que sont les chaînes d’info), comment raconter le monde ?

Que ferait Thompson en 2014 ? Le reporter travailla longtemps en compagnie de l’illustrateur Ralf Steadman. C’est dans les parages de la pop culture, que l’on retrouve naturellement dix ans après sa mort, la silhouette influente du journaliste écrivain, devenue du coup un héros de bande dessinée.

Son écriture, son travail et sa personnalité metamphétaminée ont été canonisés par un comics signé du scénariste britannique Warren Ellis, sur des dessins et une animation très efficaces de Darrick Robertson. Transmetropolitan est comme un précipité d’ Hunter Tompson, un speed démoniaque et jubilatoire. Transformé en Spider Jerusalem, le journaliste gonzo chronique et brûle son verbe dans les veines d’une mégalopole décadente.Sa prise de parole publique fait reculer quelques turpitudes, malgré la puissance des médias haut-débit aux infos pasteurisées.

Transmetropolitan : un précipité d’ Hunter Tompson, un speed démoniaque et jubilatoire

En sa compagnie, on visite la psyché décalée d’une Amérique indéterminée, ultra-libérale, électronique et impériale. Warren Ellis met dans sa bouche de bouffon flamboyant, philosophe cynique de la nouvelle Rome, des discours incendiaires et de belles insultes transgressives. Autant de balles à cynisme enrichi qui viennent ridiculiser, bousculer, flageller politicards, gourous et dealers de toute drogue mais aussi fausse morale établie. Car, belle trouvaille d’Ellis, cette subversion du génial héros de la contre-culture n’est que l’exigence d’une morale sans faille.Les éditions Urban Comics ont la riche idée de publier l’intégrale des aventures de Spider Jerusalem. Le tome 2 est sorti le 11 juillet. Centré sur la vie politique de La Ville, il n’est pas sans évoquer les pages au vitriol d’Hunter Thompson sur la campagne de Nixon

.


Repères :

- A lire
la BD Spider Jerusalem alias Hunter S. Thompson
http://www.urban-comics.com/transmetropolitan-tome-2/

Les oeuvres d’Hunter S.Thompson par les Editions Tristram

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Parano-dans-le-Bunker.html


Poster un nouveau commentaire

idees numero 1

La revue papier.
Soutenez-nous, commandez-le
à votre libraire, faites-le connaître,
ou abonnez-vous en cliquant ici.

Nous ! | | CGU | Archives | Administration
Copyright © 2009 - 2016 Cicero| Tous droits réservés
La reproduction totale ou partielle sans permission est interdite.