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Ikigami, une mort annoncée

lundi 4 janvier 2010, par Arnaud Vojinovic

Tags : Japon , Manga

Un citoyen sur mille doit mourir dans le but de motiver les autres et pour la prospérité du pays. Nominée au prestigieux prix du 37ème festival d’Angoulême, la manga Ikigami est une critique sombre d’un Etat totalitaire, Etat qui présente quelques similitudes avec le Japon moderne.

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4 tomes sont actuellement disponibles en français, le 5e est à venir le 28 janvier prochain.

« Ikigami, préavis de mort » est une manga déconcertante qui vous saisit et vous entraine dans un univers sombre mais qui s’avère aussi, étrangement, très proche de notre réalité. L’auteur Motoro Mase y décrit un pays imaginaire (mais très proche du Japon). A l’âge de 6 ans lors de leur entrée à l’école, tous les enfants se font injecter un cocktail de vaccins mais une seringue sur mille contient une capsule létale à retardement qui explosera et tuera son porteur lorsque celui-ci aura entre 18 et 24 ans. Choisi de façon aléatoire, il sera alors averti de l’inéluctabilité de sa mort par un fonctionnaire qui lui remettra à cette occasion et si possible en main propre un ikigami, un préavis de décès. C’est ainsi que le sacrifice d’une personne sur mille agit pour le bien tous.

Le jour de cette vaccination de masse se nomme « La vaccination pour la prospérité nationale » qui a été instauré par la « Loi pour la sauvegarde de la prospérité nationale ». L’objectif poursuivi est de faire « redécouvrir la valeur de la vie » à la population en y inoculant la peur de la mort même si pour cela l’Etat doit sacrifier un citoyen dans la masse. Pour compensation, la famille du défunt reçoit de la part de l’Etat une « pension de prospérité nationale ». La famille est éligible uniquement si le destinataire d’un ikagami n’a pas commis de crimes ou d’actes répréhensibles dans les dernières 24 heures qui lui reste à vivre. Dans le cas contraire, la famille sera astreinte à payer des réparations. Depuis l’entrée en vigueur de la loi, il a été noté une baisse sensible des suicides et actes de délinquance. Le PIB et la natalité, eux, ont augmenté.

Nous suivons le parcours d’un jeune fonctionnaire de 25 ans, Kengo Fujimoto, nouvellement formé qui vient d’être affecté au service d’état civil de sa mairie. Il a en charge de remettre dans son secteur les fameux ikigami. Chaque tome de la série se décline en deux descriptions de destins plutôt poignants de destinataires de préavis. En parallèle, au fil du temps, le héros s’interroge sur l’utilité de cette loi, la valeur de la vie et la notion de devoir. La première chose que ce jeune fonctionnaire apprendra est qu’il ne faut pas remettre en question ce système, sinon on court le risque d’être exécuté pour tentative de sédition. Même sort funeste pour ceux qui éprouveraient de la compassion pour ces jeunes voués à mourir prématurément.

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Dès la première semaine de sa sortie, le film s’est retrouvé à la 6ième place du box office.

C’est une manga sans violence. Pas de dépaysement mais de la réflexion. Au-delà de ces destins personnels et de l’émotion qu’ils suscitent l’auteur Motoro Mase s’intéresse plus particulièrement à un modèle de société, qui cache tous les ingrédients d’un système totalitaire sous une rhétorique de propagande et la complexité d’une machine administrative complexe. Chaque citoyen se trouve dégagé de toute responsabilité car il ne représente qu’un rouage du système et n’a aucune vision d’ensemble.

« Ikagami, préavis de mort » est une œuvre hors norme chargée émotionnellement et philosophiquement, mais surtout qui sait être critique vis-à-vis d’une bureaucratie administrative (un vice souvent dénoncé au Japon) qui met en œuvre un projet totalitaire et fascisant dans un total aveuglement ... pour le bien tous et la prospérité de la société.

La série qui compte actuellement 7 tomes (4 sont disponibles en français, le 5e à venir le 28 janvier prochain) vendue à plus d’un million d’exemplaires a été adaptée en film en avril 2008 par Tomoyuki Takimoto ; le film sera projeté en avant première lors du festival d’Angoulême en janvier.


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